1 000 milliards de dollars pour motiver Elon Musk : le plan qui divise les actionnaires de Tesla

Elon Musk a menacé de quitter Tesla s’il n’obtenait pas de vote favorable au plan de rémunération proposé.
REUTERS - Daniel Cole

Elon Musk a menacé de quitter Tesla s’il n’obtenait pas de vote favorable au plan de rémunération proposé.
REUTERS - Daniel Cole
1 000 milliards de dollars (environ 868,6 milliards d’euros) : telle est la rémunération faramineuse promise à Elon Musk par le conseil d’administration de Tesla. Reste que, pour l’obtenir, les actionnaires du constructeur de voitures électriques doivent donner leur accord lors d’un vote, prévu ce jeudi après-midi aux Etats-Unis (dans la soirée en France).
L’issue du scrutin s’avère incertaine tant le « pay package » concocté est hors-normes. Établi sur une durée de dix ans, il se compose de douze tranches fixant à Elon Musk des seuils financiers et opérationnels à atteindre, sous conditions. Pour chaque palier validé, le milliardaire recevra de nouvelles actions de Tesla.
À terme, si tous les objectifs sont cochés dans les temps impartis, Elon Musk pourrait empocher jusqu'à 12 % du capital actuel supplémentaire du constructeur. Et détenir ainsi entre 25 % et 29 % du capital total de Tesla, contre quelque 15 % aujourd’hui.
Avec ce plan sans commune mesure, le but du conseil d’administration de Tesla est simple et assumé : retenir Elon Musk au sein du constructeur et le motiver à y consacrer son énergie. Car sa récente parenthèse politique – il a un temps dirigé le Département de l'efficacité gouvernementale (DOGE) de l'administration Trump avant de s’en retirer en mai dernier – et son implication dans ses autres entreprises ont montré qu’il pouvait mettre de côté sa marque de voitures électriques. Or, « le succès de Tesla et son avenir sont inséparables d'Elon », considère la société d'investissements Baron Capital.
Pour le groupe, c’est une évidence : « Tesla n'est pas dirigé par un patron ordinaire. Elon est un visionnaire (...), qui a accompli des révolutions industrielles et des transformations réussies de nombreuses entreprises pionnières à plusieurs milliards de dollars ». Raison pour laquelle, d'après ses partisans, il mérite ce plan de rémunération.
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Tous les actionnaires de Tesla ne sont néanmoins pas de cet avis. « Bien que nous reconnaissions la valeur considérable créée sous la direction visionnaire de M. Musk, nous sommes préoccupés par le montant total de la rémunération, la dilution et l'absence de mesures pour atténuer le risque lié à une personne clé », a indiqué mardi le fonds souverain de la Norvège, l’un des dix principaux actionnaires de Tesla, qui a d’ailleurs déjà indiqué qu’il voterait contre. Plusieurs cabinets de conseils aux actionnaires et trésoriers de différents États ont de leur côté déploré un manque de précisions sur les objectifs fixés dans le plan.
Une inconnue, non négligeable, demeure encore à ce stade : la position des deux plus importants investisseurs de Tesla, Vanguard (qui détenait 7,10 % du capital fin 2024) et BlackRock (5,9 %).
En filigrane de ce vote, une question se pose : proposer autant pour motiver un seul homme est-il vraiment nécessaire ? La réponse coule de source pour certains. « La participation qu'[Elon Musk] détient déjà (...) devrait normalement être une motivation suffisante pour susciter sa performance », considère Thomas DiNapoli, trésorier de l'État de New York et gestionnaire du fonds de pension des fonctionnaires de l'État.
Différentes études se sont justement penchées sur le poids des incitations financières dans l’implication des dirigeants d’entreprise. Dans l’une d’elle, sortie en mai 2025, il ressort qu’une rémunération fixe « ne présente aucun effet significatif sur la performance des entreprises », contrairement à une rémunération variable. Néanmoins seulement jusqu’à un certain niveau. « L'étude met en évidence la diminution des rendements marginaux liés aux rémunérations excessives, suggérant un seuil au-delà duquel toute compensation supplémentaire n'apporte aucun bénéfice en termes de performance ».
Un avis partagé par Dan Ariely, économiste comportemental à l'université américaine de Duke. « Imaginez une journée dans la vie d'Elon Musk, où il reçoit 1 000 milliards de dollars au lieu d'un milliard. Qu'est-ce qu'il fait différemment le matin ? Il boit plus de café, il dort moins, il dort plus, il fait moins d'exercice, il parle aux gens, il réfléchit davantage. Que ferait-il exactement ? », interroge-t-il dans un article du New York Times. « À ce niveau, je ne vois pas comment [ces milliards en plus] pourraient changer quoi que ce soit », ajoute l’expert.
L’argent ne semble de toute façon pas être une motivation pour Elon Musk. Il n’aurait reçu aucun salaire en tant que PDG de Tesla depuis plusieurs années, selon le New York Times, ce qui ne l’a pas empêché d’amener le constructeur là où il est aujourd’hui, malgré les difficultés qu’il traverse.
Le milliardaire lui-même a déclaré être plus intéressé par le pouvoir que par l’argent, souligne le quotidien américain. D’où la pertinence du plan de rémunération pour coller à ces aspirations, le système d’options d’achat d’actions fixé lui permettant d’avoir de plus en plus de poids dans Tesla.
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Elon Musk a d’ailleurs menacé de quitter le navire s’il n’obtenait pas de vote favorable, preuve que le plan élaboré ne le laisse pas indifférent. Bluff ou non, il a montré dans le passé qu’il est capable de tout et, qu’avec lui, il faut s’attendre à tout.