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OpinionsAux coeurs de l’innovation

Innover ne donne pas tous les droits

Photo de Francis Pisani

Francis Pisani

Publié le 17 décembre 2014 à 07:57 - Mis à jour le 18 décembre 2014 à 13:12

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Vouloir changer le monde ne fait plus partie des pré-requis de la Silicon Valley. Aujourd'hui, il faut faire de l'argent, quitte à brader l'éthique... Par Francis Pisani, chroniqueur indépendant.

Qu'en est-il de l'éthique siliconvallienne (un mot qui n'existe pas encore pour une qualité qui tend à disparaître)? Suscitée, entre autres, par les scandales qui entourent Uber, la "startup" qui fournit des voitures avec chauffeur à moindre prix que les taxis, la question commence à occuper bien des esprits.

Uber est une des entreprises à l'ascension la plus impressionnante de ces dernières années : créée il y a à peine 4 ans elle opère dans 230 villes dans 50 pays et pourrait, selon le Wall Street Journal, valoir bientôt 40 milliards de dollars.


Des pratiques agressives

Outre sa technologie qui lui permet de perturber l'univers fermé des taxis, ce qui nous enchante tous, Uber a pour qualité la rigoureuse mise en oeuvre de sa stratégie d'affaire.

Mais elle choque pour quatre raisons au moins : ses pratiques agressives face à ses concurrents (comme Lyft), son absence de politique sociale, son peu de respect des données de ses clients, et ses bagarres avec certains médias.

Il s'agit peut-être d'une dérive juvénile. Auquel cas il suffirait d'un Eric Schmidt (cet "ancien" engagé par les gamins de Google pour diriger la boîte pendant qu'ils faisaient leurs classes) pour faire rentrer Uber dans le droit chemin.

Mais cela tient plutôt à l'évolution de Silicon Valley. Les jeunes qu'elle attire ne sont plus de la même trempe que ceux qu'ont rencontrait il y a 15 ou 20 ans. Interviewé en 1996, Jerry Yang m'avait déclaré vouloir à la fois, "devenir milliardaire et changer le monde." L'immense majorité ne rêve plus que de faire fortune. Vite.

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Des investisseurs résignés

Et les "adultes" du dispositifs, les capital-risqueurs, toujours aussi moutonniers, suivent le mouvement comme le souligne ce dialogue entre deux partenaires d'une des boîtes les plus importantes.

« Pourquoi soutenons nous ce type? C'est un connard, " demande l'ancien.

" Il va falloir que tu t'y fasses, la question n'est plus de savoir si quelqu'un est un trou du cul, mais s'il peut faire de l'argent. " lui répond le jeune.

Commentaire de l'homme d'expérience : "Avant ça n'était pas comme ça." Ce qui permet à Sarah Lacy, qui rapporte l'anecdote sur son site PandoDaily d'en conclure que Silicon Valley est maintenant la proie d'une "culture de connards".

AppÂt du gain

Moins violent et plus impressionnant, le Wall Street Journal estime qu'Uber est "le point d'aboutissement logique de la transformation progressive du secteur TIC". Les entreprises d'hier se voulaient "une force permettant d'améliorer la vie et, peut-être, de changer le monde. "  Dans un jeu "à somme nulle, " celles d'aujourd'hui se demandent " Qui devons-nous détruire pour nous enrichir nous et nos investisseurs, et quel est le meilleur moyen de créer un besoin des consommateurs qui facilitera cette quête? "

Dans un billet publié par le New York Times le jour de Thanksgiving, Nick Bilton écrit : " Je ne crois pas que la plupart des start-ups essaient d'être malveillantes et mauvaises (evil). Mais je pense qu'elles ont tellement soif de gagner qu'elles sont parfois prêtes à contourner les règles éthiques et à oublier que de vraies personnes sont affectées par leurs actions. "

" Le secteur de la technologie a besoin de changer, de se adapter au fait que ça n'est plus une industrie de startups, " s'inquiète Dave Winer, un des pionniers du web. " Nos produits sont utilisés partout. Ils sont les infrastructures, la culture, une partie de nos vies professionnelles et familiales, de nos vies intellectuelles, financières et émotionnelles. " Pour créatifs qu'ils peuvent être, "Nous ne sommes pas des dieux. Nous ne l'avons jamais été. Mais nous aimions entendre que nous l'étions. "

Les discipliner ?

Marc Andreessen, inventeur du navigateur pour web, devenu l'un des investisseurs les plus importants de Silicon Valley affirme :le software est en train de manger le monde, de l'organiser. Ça donne à ceux qui l'écrivent quelques responsabilités dont l'innovation ne les absout pas et que nous sommes en droit d'exiger d'eux.

À lire également

  • « La France n'a pas de leçon à recevoir de la Silicon Valley » Axelle Lemaire
  • La "Jungle", plus grand bidonville des États-Unis, fait ses adieux forcés à la Silicon Valley
  • Interdiction d'UberPop en France: "Un mépris de l'innovation"
  • Pourquoi Uber vaut bien ses 40 milliards de dollars

S'ils ne l'acceptent pas il faudra bien, comme le suggèrent, à propos de la "sharing economy", Parag et Aisha Khanna, deux entrepreneurs américains installés à Singapour, les "discipliner".

Francis Pisani

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