Compétitivité : les trompettes de Jericho

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Un rapport de plus destiné aux archives ? Ou bien l'amorce d'un consensus national droite-gauche ? Ce qui compte dans le rapport de Louis Gallois, ce n'est pas tant ce qu'il dit- bien connu des nombreux travaux qui l'ont précédé- mais que le gouvernement l'ai commandé ; maintenant ; et à lui. Il aura fallu deux ans en 1981, et trois dévaluations, pour faire prendre à la France le tournant de la « rigueur » et du « franc fort » - au nom de l'Europe, d'où naquit l'euro. Choc ou pacte, qu'importe : le mot fatal de compétitivité est désormais accrédité dans le langage courant : c'est la fonction des ballons d'essai que de changer les mentalités collectives.

Marcher sur deux jambes : un consensus se forme, autour de trois idées, squelette d'une politique économique et sociale : pour l'emploi, la stabilité et la paix civile en Europe, pour notre capacité même à décider de notre sort démocratiquement et non sous la tutelle brutale de marchés financiers : maîtriser la dépense, accroître la compétitivité, urgence.

A ce triple impératif répondent de triples prises de positions, politiques, patronales, syndicales, et une longue liste de rapports, 33 en 20 ans, plus d'une dizaine récents, enfin Louis Gallois sur la compétitivité, et le haut conseil du financement de la protection sociale, peu après.

Faut-il hausser dédaigneusement les épaules et les déclarer enterrés avant même que d'être parus ? Penser que les positions des trois principaux acteurs sont irréconciliables ? Ou au contraire, n'y a-t-il pas un progrès lent mais sûr dans la prise de conscience qu'il faut, face à un monde en mutation profonde, mener des réformes, refonder un contrat social ? Et, à côté d'un diagnostic de plus en plus partagé, des propositions de plus en plus concrètes et affinées ?

Après tout, il a fallu à la Suède, au Canada, à l'Allemagne, plusieurs années pour conduire des réformes qui fondent leur prospérité. Et si l'Italie et l'Espagne ont dû réagir, plus tardivement et dans l'urgence, de façon plus brutale, leurs soldes commerciaux à leur tour remontent, pour l'Italie, de 40 Mds? en moins de deux ans, pour l'Espagne un peu plus lentement.

Quels sont ces rapports, parmi les plus notables ? Le rapport Camdessus, le premier rapport de la commission pour la libération de la croissance française (dont on a dit à tort qu'il n'avait pas été mis en ?uvre, alors qu'une grande part de ses recommandations l'ont été), plusieurs travaux du conseil d'analyse économique, les Etats généraux de l'Industrie, le rapport sur la compétitivité de COE Rexecode de janvier 2011, celui de la Cour des Comptes de mars 2011 prônant la convergence fiscale franco-allemande, celui du Sénat en juin 2011, celui cosigné du MEDEF et de plusieurs organisations syndicales en juin 2011, le rapport Hirtzman Jurgensen pour la CNI, le livre de Jean-Louis Beffa, le rapport adopté par la CNI en juillet 2012, en présence du premier ministre. Qu'ont-ils de commun ?

Leur diagnostic : l'industrie importe : source de croissance, car de productivité, bien plus élevée que les services ; 80% des exportations, 85% de la R&D privée et d'innovations irriguant toute l'économie. Elle est de moins en moins dissociable des services, vers qui elle a externalisé une partie de ses effectifs. Ses coûts dépendent aussi de ceux des services. Elle a besoin de temps long, de vision stratégique, de stabilité des règles, de simplifications. Malgré des points forts, elle va mal : perte de 36% de ses effectifs en 30 ans, et 750.000 en dix ans, et un solde commercial de -71.2 milliards d'euros, mais aussi un écart de soldes avec l'Allemagne qui était de 20 milliards d'euros en 2000 et de plus de 200 en 2011. L'opposition quasi théologique entre compétitivité coût et hors coût est vaine, il faut traiter les deux simultanément : la baisse des marges (à un niveau historiquement bas, alors qu'il est haut outre Rhin), induit un moindre investissement dans la compétitivité hors coût (R&D, design, qualité, marques et de façon générale propriété intellectuelle, formation, organisation, etc), et a contrario, un cercle vertueux peut être enclenché, résultant de la négociation sociale, où la maîtrise des coûts soit échangée contre des engagements d'investissements puis d'emplois, qui réconcilie la nation avec son industrie.

D'autres aspects importent : structuration géographique, avec les pôles de compétitivité. Structuration par métiers, avec les filières, pour un meilleur dialogue interentreprises. Grands enjeux sociétaux : l'énergie (triplement de la facture d'énergie, de 20 à 60 milliards d'euros depuis la guerre d'Irak, qui impose plus d'autonomie via des économies d'énergie, des énergies renouvelables, l'usage de tous nos atouts, nucléaire compris) ; les TIC (nanotechnologies, logiciel, réseaux, multimédia, usages par les PME, sécurisation...), la santé. Gains d'efficacité dans les services où nous avons beaucoup d'entreprises, mais trop petites. Amélioration de l'environnement des entreprises de taille intermédiaire. Simplifications administratives, et recherche de productivité des services publics.

Les craintes plus récentes : que si chaque pays en Europe prend les mêmes mesures simultanément, on aggrave la récession : cela plaide pour des éléments de relance européenne, comme ceux décidés en juin, mais aussi pour une politique volontaire de meilleure réponse à la demande hors UE plutôt que surtout interne, et donc, de ciblage vers les métiers exposés à cette concurrence.

En bref une politique d'offre est possible, nécessaire, et urgente : il faut la mener.
 

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