Arbia Smiti, l'étoffe d'une grande de la mode sur Internet

Perrine Créquy

Perrine Créquy
Des dizaines de couvertures de Vogue, Grazia, Elle ou encore Madame Figaro accrochées aux murs dans de sobres cadres noirs. Les locaux de Carnet de mode sont raffinés, sans exubérance, à l'image de la maîtresse des lieux, Arbia Smiti.
À 30 ans, ce petit bout de femme au doux minois s'apprête à donner une nouvelle envergure à la société qu'elle a créée il y a trois ans pour dénicher et promouvoir les jeunes créateurs de talent à travers le monde.
Elle entend bien séduire de nouveaux investisseurs pour lever 3 millions d'euros, un an après avoir convaincu Elaia Partners, le fonds de capital-risque qui a notamment soutenu Criteo, le-français-qui-est-entré-au-Nasdaq, de miser 1 million d'euros sur son entreprise.
Pascal Chevalier, entrepreneur, investisseur et membre du directoire de 50 Partners, a été le premier à croire dans le potentiel d'Arbia Smiti, alors qu'elle débutait avec son parcours atypique.
Pressentant dès 2011 que l'essor du crowdfunding aux États-Unis finirait par toucher l'Europe, elle fonde son business model sur le financement participatif pour permettre la production des futures collections de jeunes créateurs de mode.
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Elle entend recenser, d'ici à la fin de l'année, plus de 1.000 créateurs sur sa plate-forme, qui en compte aujourd'hui 250 dans 36 pays. D'ici là, cette militante de la démocratisation du luxe aura également lancé la version chinoise du site, qui génère 70 % de son chiffre d'affaires à l'étranger. Tout cela depuis Paris, où s'affaire une dizaine de collaborateurs, qu'elle encourage à prendre des initiatives sans validation préalable, désirant n'être informée que du résultat, « pour ne pas perdre de temps ».
Dès le lancement de la version bêta de Carnet de mode, en janvier 2011, elle envisageait de sortir du projet au bout de cinq ans, après avoir suffisamment développé l'activité pour l'adosser à un grand groupe, et de fonder alors une nouvelle start-up, dans les médias ou la culture.
Mais avant de lâcher les rênes de Carnet de mode, elle veut hisser sa start-up au rang de référence internationale. Elle ne cache pas son ambition, car c'est au fil de ses rêves qu'elle s'est tissé un parcours d'exception.
Douée dans ses études, la brillante Arbia Smiti entre au très élitiste lycée pilote de Tunis pour se préparer à intégrer une école d'ingénieurs en France. Ce sera l'École supérieure du Bois, à Nantes.
Cette formation lui ouvrira les portes d'un monde plus féminin : le luxe et la cosmétique, chez L'Oréal et Fashionshopping.com. Elle lui permettra aussi de rencontrer Ronan Pelloux, le fondateur de Creads.
Pour gagner en efficacité, valeur cardinale d'Arbia Smiti, le couple enchaîne en duo les soirées de networking dans l'écosystème parisien.
Elle fréquente également les réseaux réservés aux entrepreneuses, intervenant chez Girls in Tech, et une fois par mois elle déjeune avec le groupe informel des entrepreneuses de l'e-commerce parisien qu'elle a initié. Intégrée au très sélectif réseau Sandbox, qui réunit sur tous les continents un millier de jeunes de moins de 30 ans à haut potentiel, « elle s'est toujours distinguée comme un membre très actif », confie Rand Hindi, fondateur de Snips et créateur du hub parisien de Sandbox.
Elle noue ainsi des contacts entrepreneuriaux au gré de ses voyages.
Alors, si des investisseurs américains potentiels lui demandent d'ouvrir des bureaux à San Francisco, elle ne laissera pas filer l'occasion.
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>>> MODE D'EMPLOI
Où le rencontrer ? : « A l'occasion d'un déjeuner, dans le quartier Montorgueil. 99 % de mes déjeuners sont consacrés au networking et au partage d'expériences entrepreneuriales. »
Comment l'aborder : « Straight to the point ! Soyez direct et efficace. Je le serai également dans mes réponses, que ce soit un "oui" ou un "non". »
À éviter ! « N'en faites pas trop. Et oubliez ce formalisme très français qui veut qu'un exposé débute par une introduction en trois paragraphes... Ce n'est pas mon style. »
>>> TIMELINE
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