Alice Zagury, la marraine républicaine des entrepreneurs

Perrine Créquy

Perrine Créquy
Elle a la langue bien pendue et ignore la langue de bois. Alice Zagury, cofondatrice et PDG de l'accélérateur The Family, a des convictions arrêtées qu'elle partage volontiers, en se moquant pas mal d'y mettre les formes. « N'hésitez pas à citer mes propos tels quels. Ma mère va m'engueuler, mais bon... » Depuis bientôt deux ans qu'elle dirige The Family, la jeune femme bientôt trentenaire endosse désormais sans complexe son costume de femme de tête, pilotant une équipe de 15 salariés.
The Family propose de la formation, des tarifs négociés auprès d'une soixantaine de partenaires (comme Amazon Web Services, PayPal, Uber, Gandi, etc.) et des mises en relation, mais pas d'hébergement. Elle accompagne les négociations de levées de fonds de ses membres auprès de Partech International, Elaia Partners, ID Invest, XAnge, ainsi qu'Index Ventures qui a investi en mai dernier 750000 euros dans The Family aux côtés d'un panel d'entrepreneurs. Un premier tour de table de 250000 euros avait été opéré auprès de business angels par l'accélérateur à son lancement.
En un an et demi, plus de 3500 entrepreneurs ont tenté de séduire l'un des quatre « partners » de The Family : Oussama Ammar, Jean de la Rochebrochard, Gilles Barbier et Balthazar de Lavergne, pour rejoindre le clan, qui prend 3 % de leur capital pour officialiser l'union.
Pour elle, il allait de « sa responsabilité » d'agir pour changer les choses, en créant The Family.
Aguerrie à la communication pendant ces études à l'EM Lyon, c'est elle qui invente les noms des événements organisés par The Family : « Koudétat » pour le programme de formation à l'entrepreneuriat ; « Les Barbares attaquent » pour éclairer les grands groupes sur les disruptions numériques en vue secteur par secteur ; ou encore « Unchain my art », consacré aux artistes qui utilisent le numérique dans leurs créations. C'est elle aussi qui trouve des slogans entrepreneuriaux pour illustrer les valeurs de The Family. Elle a même dessiné des affiches pour les placarder aux murs de l'accélérateur, dont elle a confié la décoration à sa soeur Nelly, artiste à New York. Car Alice Zagury se passionne pour l'art. D'ailleurs, avant de tomber dans le numérique, elle s'était plu à travailler comme stagiaire dans une galerie.
Jusqu'à ce qu'une ancienne collègue de l'agence numérique Elegangz, Stéphanie Bacquere, lui propose de s'atteler à la création d'un incubateur de projets artistiques et numériques au sein du 104, le lieu culturel à la mode au nord de Paris. Le projet est visé par Silicon Sentier, dont elle est membre du conseil d'administration.
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Pour définir les bases du projet, Alice Zagury a observé ce qui se faisait dans l'art numérique à New York, dans la Silicon Valley, ou encore au festival Ars Electronica en Autriche.
Mais Alice Zagury ne verra pas l'incubateur ouvrir ses portes :
Elle se laisse néanmoins convaincre par Marie-Vorgan Le Barzic de se pencher sur un autre projet d'incubateur, qui sera uniquement consacré au lancement de nouvelles entreprises. Elle accepte et se donne pour ambition de dépoussiérer le modèle des incubateurs, en s'inspirant de ce qui se fait ailleurs en Europe. Avec une autre entrepreneure de Silicon Sentier, Nirina Thibault, elle parcourt ainsi l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne, les Pays-Bas...
Le Camping est né de cette réflexion, en janvier 2011, avec Alice Zagury aux commandes. Elle y restera deux ans.
Il n'aura ainsi pas fallu plus d'un mois pour préparer les locaux - travaux compris - avant l'ouverture de The Family en janvier 2013. « Ici, je suis la reine de l'exécution, et il faut que ça file droit. », avertit Alice Zagury.
Malgré ses prises de position clivantes, elle est une rassembleuse hors pair. C'est ainsi à son initiative que les directeurs des incubateurs et accélérateurs parisiens se réunissent chaque mois, lors d'un déjeuner informel, pour prendre le pouls de l'écosystème. Et dans son combat pour aider les générations frustrées à prendre leur place dans la société, elle voit grand : de premiers contacts ont été pris pour développer The Family dans les pays d'Afrique francophone.
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MODE D'EMPLOI
Où la rencontrer ? : Chez The Family, à Bastille, dans le XIe arrondissement de Paris. « Vous pourrez me rencontrer lors d'un de nos événements : il suffit de "liker" la page Facebook de The Family pour être tenu au courant du programme. »
Comment l'aborder ? Se montrer débrouillard. « Un entrepreneur peut venir de n'importe où, mais tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur. Affichez votre état d'esprit. Dans un mail, il suffit de lire trois lignes pour savoir si on partage les mêmes valeurs ou non. Et si le feeling n'est pas là, on ne prendra pas rendez-vous. Autant être direct. »
À éviter ! À éviter ! Les crises d'ego. « J'ai beaucoup de mal avec les gens qui ne savent pas se relever après un échec, ceux qui ont un ego trop fragile. »
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