Trois destins possibles pour l'Europe : le sursaut, ou la communauté de l'euro (2/3)

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Poussée des eurosceptiques confirmée ? Gauche sanctionnée, comme aux municipales ? Président (e) de la Commission européenne vraiment issu (e) du choix des électeurs ? L'élection des députés européens, dimanche 25 mai, apportera son lot de surprises. Notre sort ne sera pas tranché pour autant. Du sursaut au lent déclin en passant par la résurgence de la crise, La Tribune vous propose trois scénarios sur l'avenir de l'Europe en 2017.

Où va l'Europe ? Trois destins possibles...

LA FICTION - Avril 2017. Le deal historique

Dans le décor somptueux du palais présidentiel de La Valette, une foule de journalistes attend la conférence de presse du président du Conseil européen. Le sommet des chefs d'État et de gouvernement des Dix-Neuf qui vient de se tenir a finalisé le mandat de la conférence intergouvernementale qui se tiendra jusqu'à la fin de l'été.

C'est la conclusion heureuse d'une initiative lancée en 2015 par un groupe de conseillers politiques et de députés issus d'une dizaine de pays de la zone euro et emmené par l'ancien ministre des Finances polonais Jacek Rostowski, dont le pays a rejoint la zone euro au 1er janvier.

Les grandes lignes de ce deal historique : un budget propre à la zone euro de l'ordre de 1% du PIB, financé par la mise en commun d'une partie des recettes de l'impôt sur les sociétés, la création d'un parlement des Dix-Neuf chargé de gérer cette manne et de contrôler le futur ministre des Finances de l'euro, qui sera désigné par eux.

À l'avenir, les pays de la future « communauté de l'euro » ne pourront plus se porter secours entre eux par des prêts, comme ils l'ont fait depuis 2010, leur mise en faillite deviendra possible. En revanche, ils pourront bénéficier d'une vraie politique de transferts. Mais avec 1% de PIB disponible, le nouveau Trésor de ce premier cercle sera capable de lever sur les marchés de quoi absorber les chocs asymétriques et financer des politiques de croissance dans les pays qui en ont besoin.

Le futur traité réaffirmera donc la souveraineté des pays de la communauté en matière économique, en même temps que le principe du no bailout cher aux Allemands - principe qui interdit aux États membres de prendre en charge les engagements financiers d'un gouvernement national. Aux vraies recommandations tatillonnes de la Commission européenne sur l'âge de la retraite ou l'organisation de leur marché du travail, il substituera une politique économique commune. Voilà qui coupe l'herbe sous les pieds des souverainistes de tout poil. Quant à la remise en selle du principe du no bailout, elle comble le Bundestag.

Lors de sa conférence de presse commune avec le président français, Angela Merkel confirme que les trois grands partis du centre, CDU, CSU et SPD, alliés au sein de sa coalition, se sont engagés à faire campagne de concert en vue du référendum qui se tiendra en 2018 pour la réforme de la Constitution fédérale.

François Hollande annonce, radieux, qu'il a obtenu que ce nouveau budget de la zone euro finance un socle commun d'assurance chômage... dont la France serait le premier bénéficiaire. Les jurisconsultes des chancelleries s'attendent à de longues nuits blanches, car inscrire ce « premier cercle » dans celui, plus large, de l'Union européenne sera délicat. D'autant plus qu'à Londres Ed Miliband, le leader travailliste devenu Premier ministre, a obtenu, en contrepartie de la suspension du projet de référendum britannique, une redéfinition des compétences de l'Union européenne. Demande que les autres dirigeants ont accueillie avec soulagement. Parallèlement, le Royaume-Uni a pris la tête d'un vaste projet d'anneaux éoliens en mer du Nord qui garantira d'ici quinze ans l'indépendance énergétique de l'Europe.

À Francfort, la fermeté de la Française Danièle Nouy, nommée en 2013 à la tête du conseil de supervision bancaire de la BCE, fait merveille. Depuis 2015, l'économie a redémarré, notamment grâce au nettoyage sans complaisance des bilans bancaires et à la fermeture de plusieurs dizaines de banques zombies.

LA SITUATION ACTUELLE - Vers un fédéralisme à l'américaine ?

Ce scénario euphorique repose sur les propositions des groupes Glienecke et Eiffel, qui ont planché ces derniers mois sur deux versions assez proches de la « communauté de l'euro ». Pour eux, les arrangements trouvés jusqu'à présent pour calmer la crise de l'euro apportent une accalmie temporaire, mais au prix de redoutables compromis politiques. Ils ont entraîné la corrosion du système européen où la Commission est à la fois sur-puissante sur le papier (à la suite des réformes de la gouvernance économique qui l'autorisent à faire des recommandations très détaillées), faible en pratique et vue comme de plus en plus illégitime.

Leur idée est d'inverser la logique de gestion de crise qui a prévalu depuis 2009, de rétablir le principe du no bailout inscrit dans le traité et de passer d'un régime de prêts entre États à la création d'un vrai budget pour la zone euro capable d'absorber les chocs asymétriques, de rétablir la pleine souveraineté des États, au lieu de glisser vers une mise sous tutelle, tout en acceptant de créer des instruments de transfert placés sous l'autorité d'un parlement souverain. Un arrangement qui ressemble finalement assez au fédéralisme américain.

Pour que les dirigeants européens prennent l'initiative d'un tel bond en avant, encore faudrait-il qu'ils agissent moins sous la double menace des poussées populistes et de la détérioration de la situation économique. Et pourquoi ne pas confier à une Pologne de plus en plus consciente de ses responsabilités européennes un rôle clé dans cet arrangement, alors que Paris et Berlin ne parviennent pas à sortir d'un face-à-face stérile ?

Rien n'interdit d'être optimiste. D'abord, l'Union bancaire, si elle reste faible en cas de crise majeure, va certainement améliorer la situation en régime de croisière et libérer le crédit. Ensuite, le marché européen recèle un énorme potentiel d'économies et de synergies laissées inexploitées à cause de concessions faites aux clientèles nationales.

Dans le seul domaine de l'énergie, l'amélioration de la concurrence et des infrastructures de transport transfrontalières pourrait réduire la facture d'approvisionnement de plusieurs dizaines de milliards par an. Le projet d'« Airbus franco-allemand » de l'énergie, quoique très nébuleux encore, manifeste au moins la volonté de trouver un chemin. Et la crise ukrainienne agit comme une alerte.

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Lire aussi : Les trois destins possibles pour l'Europe

>>> L'effondrement ou le krach italien (1/3)

>>> Le sursaut, ou la communauté de l'euro (2/3)

>>> Le statu quo, ou le lent déclin (3/3)

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Commentaires
a écrit le 15/04/2014 à 11:05 :
Si le pire n'est jamais sûr, le meilleur ne se réalise jamais, donc inutile d'envisager ce cas de figure : quand le bateau coule, les jeunes rats s'en vont, les vieux se noient.
C'est triste de voir un si beau projet coulé par des politiciens sans conviction
Est-ce que le Titanic va éviter l'iceberg ? On peut rêver
a écrit le 13/04/2014 à 12:58 :
Il n'y a pas de démocratie dans l'Europe, il faut que cela change très vite car bientôt nous allons faire entendre notre mécontentement par l'intermédiaire du vote ..... Ensuite il est faut probable que notre future président soit euroceptique.... Et bientôt cela sera le début de la fin..... Il y a plusieurs moyen de faire entendre sont mécontentement.....
a écrit le 12/04/2014 à 13:27 :
l'europe, on en veut PLUS! POINT !!! elle va se prendre une dérouillée dans peu de temps, et ce sera très , très bien !
a écrit le 11/04/2014 à 23:09 :
Les commentateurs-dictateurs du dimanche, qui savent mieux que tout le monde, ont parlé!
a écrit le 11/04/2014 à 14:24 :
Faisons confiance aux politiques pour que cela n'arrive pas
a écrit le 11/04/2014 à 13:17 :
Nous , FN , nous pouvons LE faire...sortir la France du Chômage... Parce que nous sommes les seuls à raisonner au-delà des lorgnons de la politique traditionnelle et mal-voyante.
Maintenant , le reste , c'est à dire les états-d'âmes , hésitations , incertitudes , nous les laissons aux autres.
Mais nous ajoutons qu'un parti à qui il faut 10 ans de chômage pour comprendre ce que nous nous avons compris tout de suite...ce parti-là , ce gouvernement-là n'est pas apte à gouverner la France.
Réponse de le 11/04/2014 à 18:02 :
+++++++++++++++ !!
Réponse de le 11/04/2014 à 20:32 :
Ils connaissent quoi les Lepen du monde du travail et du chômage?
Réponse de le 12/04/2014 à 2:13 :
Marine le Pen n'avait plus aucun argument l'autre jour à Antenne 2 devant les avantages de l'Europe et de l'euro qui lui étaient avancés par des entrepreneurs, syndicalistes, économistes réalistes. Le FN est a fond dans le populisme et ses arguments ne tiennent pas devant la réalité. On attend bien mieux d'un parti d'opposition.
Réponse de le 12/04/2014 à 13:25 :
ouais, mais à part la paupérisation, le chômage, la désespérance, que nous apporte VRAIMENT cette europe? franchement! vous faites exprès de ne rien voir, les "pro-europe"? pendant que nos politiques , technocrates s'enrichissent, nous, nous nous délitons petit à petit, cet état de fait vous convient apparemment! NOUS, NON !!!
a écrit le 11/04/2014 à 12:59 :
La création du fédéralisme étasunien est basé sur un néant antérieur mais surement pas pour l'Europe qui a une histoire avant l' UE, On ne fait pas une omelette avec des oeufs "durs" disait déjà le Grand Charles!
Réponse de le 12/04/2014 à 2:18 :
On n'est pas obligé de faire une Fédération, çà peut être une Confédération comme la Suisse qui marche très bien, ou des stades intermédiares selon les aspects à traiter. Quand à faire référence à Charles de Gaulle c'est bien mais lui savait évoluer et il n'aurait pas forcément eu le même point de vue maintenant qu'à l'époque où le monde n'était pas globalisé et où ses choix se comprenaient dans le contexte de l'époque. Sinon on peut aussi se référer à Charlemagne, Charles Quint, Napoléon ou Jules César.
Réponse de le 14/04/2014 à 1:09 :
la suisse a de confédération que le nom
a écrit le 11/04/2014 à 9:55 :
Tant que les peuples ne parleront pas la même langue, ils ne pourront pas se comprendre...
Réponse de le 11/04/2014 à 13:20 :
Et les partis qui ne travaillent que pour les riches continueront à exempter les riches d'impôts pour les reporter sur les pauvres...En effet...vous êtes chhérent , vous , au moins , hein ???

La voilà la mollesse complice de chômage !!!
Réponse de le 12/04/2014 à 2:27 :
La technologie évolue et désormais on a des traducteurs automatiques au téléphone comme pour la lecture et ils sont de plus en plus performants. Mais le FN est encore à l'âge de pierre et veut faire croire que les Le Pen dont la forture de millionnaires vient d'un héritage contesté des ciments Lambert, sont des gens proches du peuple alors qu'il sont populistes et démagos comme Bepé Grillo en Italie et une fois au pouvoir ils se comporteront de façon encore pire que les pouvoirs actuels, comme tous les dictateurs. On ne veut pas de la dynastie le Pen ou du FN qui dès qu'on leur oppose des arguments précis et réaliste n'ont plus aucun argument valable et se défilent. Comme Marine le Pen l'autre jour à Antenne 2 face à des entrepreneurs réalistes ou en refusant le débat sur l'Europe avec Martin Shultz. Ou comme les gens ici qui font de la pub pour le FN sans aucun argument, jute de la propagande prenant les gens pour des abrutis.
Réponse de le 14/04/2014 à 1:11 :
madame le pen n'aime pas l'europe, mais elle est bien contante de touché son chèque d'eurodéputé
Réponse de le 14/04/2014 à 13:54 :
Je me demande si les commentateurs pro FN sont payés pour ça.
Ils devraient car c'est un vrai boulot à plein temps qu'ils nous font.

En tout cas, un bon sujet d’enquête pour un journaliste qui cherche un papier.....

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