Li Ka Shing, le milliardaire qui symbolise Hong Kong

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Aujourd'hui, Li Ka Shing (à droite) est sans conteste l'homme le plus puissant de Hong Kong.
Aujourd'hui, Li Ka Shing (à droite) est sans conteste l'homme le plus puissant de Hong Kong. (Crédits : Reuters)
Alors que Jack Ma, le propriétaire d’Alibaba est aujourd’hui la plus grande fortune d’Asie, l’homme qui le suit sur cette liste, Li Ka Shing, réoriente une partie de sa fortune dans le leasing d’avions aux compagnies aériennes.

Méconnu en Europe, Li Ka Shing est pourtant aujourd'hui la deuxième fortune d'Asie, la seconde de Chine et la première de Hong Kong. Sa vie est un roman, à l'image des belles success stories américaines.  Il commence à travailler dans une usine à 14 ans puis réunit, une dizaine d'années plus tard, suffisamment d'économies pour se lancer dans la production de fleurs artificielles.

L'homme le plus puissant de Hong Kong

Malgré des débuts hésitants, cette entreprise est un succès. Ce début de fortune lui permet alors, en 1967, de faire le pari qui changera son destin : tandis que les prix de l'immobilier à Hong Kong sont au plus bas, suite aux mouvements sociaux très durs orchestrés par les ouvriers du port - soutenus en sous-main par Mao -, Li Ka Shing commence à investir dans la pierre, puis dans la promotion immobilière.

Aujourd'hui, Li Ka Shing est sans conteste l'homme le plus puissant de Hong Kong. En plus de ses investissements immobiliers, réunis dans sa société Cheung Kong Holdings, il contrôle en effet depuis 1979 Hutchison Whampoa, un conglomérat diversifié qui réunit des activités portuaires, des supermarchés, des chaînes de grande distribution, un opérateur téléphonique et plusieurs sociétés de production d'énergie.

L'influence de « Mister Li » - comme on l'appelle à Hong Kong - est  telle que la Faculté de médecine de l'Université de Hong Kong a pris son nom suite à un don important. Dans la ville, on dit d'ailleurs que sur chaque dollar dépensé à Hong Kong, cinq cents finissent dans la poche de Li Ka Shing. Une légende urbaine, sans aucun doute, mais qui montre l'aura et l'influence du personnage.

Jack Ma, comme un symbole

Voir aujourd'hui Jack Ma supplanter Li Ka Shing en tête du classement des hommes les plus riches d'Asie est ici, à Hong Kong, perçu comme un symbole. Le symbole d'abord de l'émergence de la Chine continentale ; le symbole ensuite du fait que Hong Kong a peut-être en partie manqué le dernier virage technologique.

En effet, alors que les startups à succès se multiplient un peu partout et que certains pays de taille similaire (Suisse, Israël) ont réussi à développer un écosystème favorable à une nouvelle génération d'entrepreneurs, Hong Kong a dans ce domaine clairement pris du retard.

Le projet Cyberport, à l'ouest de l'île, lancé par le gouvernement à la fin des années 1990, est à ce titre révélateur. Alors qu'il devait accueillir un cluster d'entreprises innovantes, il s'est en effet surtout terminé en une gigantesque opération immobilière, pilotée d'ailleurs par le fils de Li Ka Shing. L'essentiel des bâtiments prévus dans le projet initial accueille donc aujourd'hui plutôt des résidences privées que des startups high-tech.

Dans cette nouvelle course à l'innovation, Hong Kong souffre en outre d'une évident manque d'ingénieurs. Les jeunes diplômés privilégient en effet les formations en finance, en droit ou en immobilier au détriment des études scientifiques. Une évidence soulignée  l'an dernier par Eric Schmidt, le Pdg de Google, invité à s'exprimer devant les étudiants de la Chinese University of Hong Kong : « Il vous faut plus d'ingénieurs pour aspirer à créer des entreprises comme la mienne. »

Les projets de Li Kha Shing

Malgré cela, la ville de Hong Kong dispose d'atouts fantastiques, notamment un système financier attractif et une sécurité juridique qui n'a pas d'équivalent en Chine. C'est d'ailleurs sur ces points forts que Li Ka Shing continue de miser. Après avoir vendu une partie de ses participations dans diverses sociétés, Mister Li a en effet investi dans le leasing d'avions. Il a ainsi acheté en août dernier près de 100 avions au loueur Awas pour une transaction estimée à 5 milliards de dollars.

Dans ce pari, Li Ka Shing mise clairement sur une double tendance de fond : la croissance du marché aérien intérieur chinois et l'envol du marché de la location d'avions, un marché encore confidentiel il y a à peine quinze ans mais qui représente aujourd'hui plus de 40% de la flotte mondiale.

En basant cette activité à Hong Kong, Li Ka Shing profite donc du meilleur des deux mondes : une Chine populaire qui a besoin d'avions et une ville de Hong Kong qui possède le système juridique nécessaire pour obtenir les financements importants que réclame cette nouvelle activité.

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(*) Charles-Henri Larreur est un banquier d'affaires. Il enseigne la finance à HEC et à la Chinese University of Hong Kong et contribue au "South China Morning Post". Il est l'auteur  de "Financements structurés. Innovations et révolutions financières", paru en octobre dernier aux Editions Ellipses.

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Commentaires
a écrit le 19/12/2014 à 8:17 :
Tres interessant!
a écrit le 17/12/2014 à 0:38 :
Les debuts de Li Ka Shing sont une legende ủbaine.
a écrit le 16/12/2014 à 16:38 :
La position de Mr Larreur lui permet elle de délivrer un article très pertinent ?

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