Municipales 2014 : à Lille, on bataille autour de l'emploi et des transports

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La maire de Lille, Martine Aubry, et le ministre de l’Écologie, Philippe Martin, font visiter le quartier Euratechnologies à Li Hongzhong, secrétaire du Comité du parti de la province chinoise du Hubei, le 25 octobre 2013./ DR
La maire de Lille, Martine Aubry, et le ministre de l’Écologie, Philippe Martin, font visiter le quartier Euratechnologies à Li Hongzhong, secrétaire du Comité du parti de la province chinoise du Hubei, le 25 octobre 2013./ DR (Crédits : DR)
Jusqu'aux élections municipales des 23 et 30 mars prochains, La Tribune analysera les enjeux du scrutin dans une vingtaine des principales villes françaises. Cinquième volet : Lille. Si Martine Aubry a su la rendre attractive pour les entreprises, l’opposition lui reproche un manque d’investissement dans les infrastructures routières et une montée du chômage.

Emblématiques de la stratégie de développement économique de la ville, les pôles Euralille, Eurasanté et Euratechnologies ont métamorphosé la capitale du Nord.

« C'est un champ de betteraves et ça le restera. Voilà ce qu'ont dit nos opposants quand nous avons lancé Eurasanté [en 1996, ndlr].

Depuis, plus de 100 entreprises dédiées aux métiers de la santé s'y sont implantées et 2.700 personnes y travaillent », aime rappeler Martine Aubry, maire de Lille et présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine.

De fait, plus personne ne remet en cause la réussite de ces parcs d'activités dédiées et les emplois qu'ils ont générés. Frédéric Motte, président du Medef Nord-Pas-de-Calais va même jusqu'à saluer l'ambition et la ténacité de la politique économique de la communauté urbaine :

« Les pôles d'excellence lillois améliorent incontestablement l'attractivité de la ville. »

Il omet toutefois de citer le nom de Martine Aubry au profit de celui de Pierre Mauroy, son prédécesseur à la mairie, et de celui de Pierre de Saintignon, son premier adjoint à la mairie. Rien d'étonnant. En tant qu'ancien directeur de Darty, Pierre de Saintignon comprend bien les difficultés du monde de l'entreprise.

« Bien mieux que Martine Aubry qui garde toujours une certaine distance vis-à-vis des gros patrons », regrette un chef de PME lilloise, avant d'ajouter qu'ensemble ils forment un bon binôme et réussissent à faire venir les entreprises.

Oxylane monte à Lille ses vélos B'twin, Barrière y a installé un casino, les Galeries Lafayette un grand magasin et IBM son nouveau centre de service international. La ville du Nord a donc bien changé en quelques années. Le quartier d'affaires Euralille s'étend maintenant sur presque toute la périphérie Est de la ville, jusqu'à la Porte de Valenciennes où se finalise l'aménagement de 125.000 m2. Quatre ans après son ouverture, Euratechnologies abrite 136 entreprises et près de 2.000 salariés.

Après avoir séduit les Américains Microsoft et Cisco, l'Indien Tata, le vendeur britannique de vêtements en ligne Asos et tout dernièrement IBM, venu y créer 700 emplois, ce site dédié aux nouvelles technologies intéresserait une grande entreprise chinoise. Le fait que Martine Aubry mène pour le gouvernement une mission diplomatique en Chine doit y aider.

« Je veux une ville du vivre ensemble »

Situé dans les bâtiments rénovés d'une ancienne usine, Euratechnologies illustre ce que peut donner le volontarisme politique à la lilloise. Il n'aurait jamais vu le jour sans l'opiniâtreté de Pierre de Saintignon.

« Moi-même, j'étais assez critique au départ », reconnaît Martine Aubry.

Le chantier a duré trois ans et nécessité 36 millions d'euros financés par Lille Métropole.

« Depuis, nous n'y avons plus investi d'argent public. Le privé a pris le relais et nous attirons les entreprises sans avoir à les subventionner », se félicite Pierre de Saintignon.

Le label EcoQuartier attribué au projet des Rives de la Haute-Deûle sur les pourtours de ce parc vient en plus conforter la ville dans ces choix de transition urbaine. Une transition basée sur une mixité des quartiers chère à Martine Aubry.

« Je veux une ville du vivre ensemble où se côtoient entreprises, commerces, habitations et services », a-t-elle encore rappelé à la presse à l'occasion de la cérémonie des voeux organisée cette année au Grand Sud, un lieu culturel situé à Lille Sud.

Un quartier sensible en plein chantier avec la livraison d'un immense centre commercial, le Lillenium, attendu pour 2016. Avec un hypermarché de 5.000 m2, un hôtel 3 étoiles, une centaine de boutiques et l'académie des sciences de la Villette, le tout devrait générer 900 emplois au coeur d'une zone de chalandise de plus de 30.000 consommateurs dont les 12.000 salariés du CHRU, le plus grand campus hospitalo-universitaire d'Europe. Alors, quand son opposant Jean René Lecerf, candidat UMP-UDI, la critique sur l'emploi, Martine Aubry voit rouge.

« Entre 2008 et 2012, nous sommes passés de 103.004 à 107.605 emplois. Le nombre de chômeurs de catégorie A a crû de 13.000 à 19.000 entre 2008 et 2013 selon les chiffres de Pôle emploi. Ce qui correspond à une progression de 41%, contre 68% au niveau national. C'est mieux que dans bien d'autres grandes villes. D'autant qu'on a six quartiers (sur dix) dits en difficulté. Lille a gardé ses catégories populaires. Ici, ce sont nos banlieues qui sont les plus riches. »

Mais Lille ne serait-elle pas une ville à deux vitesses, avec des pôles d'excellence dynamiques dont ne profitent pas ses classes populaires ?

Pour l'éviter et alors que ce n'est pas dans ses attributions, la mairie a lancé il y a deux ans le dispositif emploi « circuit court » qui met en relation directe une centaine de dirigeants d'entreprises et des jeunes « de quartier » à l'occasion de réunions organisées sur place. Cette initiative a déjà généré, selon Pierre de Saintignon, 790 contrats de travail dans 26 filières d'activités différentes. ERDF a pris 20 jeunes en contrat d'alternance et vient d'en sélectionner 10 de plus.

« Chacun apporte ses compétences dans le processus de recrutement. Qu'il soit élu, de la mission locale, du Pôle emploi ou de l'entreprise », souligne la direction d'ERDF qui souhaite voir se dupliquer cette initiative ailleurs en France.

Un contournement au niveau... d'Arras ?

Pour l'équipe en place, les retombées économiques sont là et les quartiers difficiles commencent à en profiter. Aussi, Martine Aubry n'envisage-t-elle pas de changer de cap pour son prochain mandat, si elle est élue. Ce serait la troisième fois et, au vu des sondages, elle devrait l'être.

« L'engorgement à Lille risque alors de continuer à croître, craint Philippe Hourdain, président de la CCI Grand Lille. On n'a pas avancé d'un centimètre depuis plus d'une mandature sur cette question. »

Pour Frédéric Motte, encore plus virulent sur cette question, « faire un pôle d'échanges multimodal à Armentières ou à La Bassée, c'est bien, mais guère compliqué politiquement. Il nous faut des axes de contournement routiers et ferroviaires. Sinon, on va droit dans le mur ».

En dix ans, 1,7 milliard d'euros a été investi sur la métropole dans les transports en commun avec un fort développement des lignes de bus à haut niveau de service et la mise à disposition de 2.150 vélos en libre-service.

Le chantier du doublement des rames de métro sur la ligne 1 a démarré. Mais le projet de tram-train a été repoussé. Rien n'est envisagé au niveau du contournement routier sud-est de la ville, ni sur la connexion de la RN 58 belge à l'A25 qui soulagerait la rocade nord-ouest.

« Plus de la moitié des véhicules qui vont vers Lille ne s'y arrêtent pas. Il faut un contournement au niveau d'Arras. Ce n'est pas du ressort de la ville », rétorque la maire.

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L'UMP-UDI pour un grand Lille désenclavé

Si Jean-René Lecerf, le candidat UMP-UDI, n'arrive pas à prendre la mairie, il compte bien marginaliser Éric Dillies, le candidat FN.

« Martine Aubry avance un taux de chômage de 14 % sur Lille. J'affirme qu'il avoisine plutôt les 20%. Trop de Lillois sont sans emploi et cela engendre des problèmes d'insécurité. Il faut créer des postes qui leur conviennent. Faire comme Jean-Louis Borloo à Valenciennes avec Toyota, ou comme Christian Poiret dans le Douaisis, avec Amazone.

Aider aussi les commerçants, pourquoi pas en leur donnant accès à des locaux à loyer fixe, ou en créant des villages d'artisans. Et surtout désenclaver la métropole. Si on attend que l'État débloque 10 milliards d'euros pour aller du sud au nord de Lille, on sera mort avant. »

Il veut aussi doubler le nombre de policiers municipaux et développer la vidéosurveillance. Enfin, il souhaite étendre Lille à la totalité de ses communes limitrophes. Ce qui monterait à plus de 420.000 le nombre de ses habitants, contre moins de 230.000 en l'état, alors que la communauté urbaine en compte plus de un million.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2015 à 17:14 :
La MEL est chaque jour en situation de thrombose routière. C’est un critère rebutant au niveau de l’emploi. Il faut se poser des questions notamment au niveau du contournement autoroutier.
Il est inutile de geler des terrains pour un tram-train « que nous ne pourrons pas financer avant 2050 », a dit M. Daubresse.
Cherchez l'erreur. Nous sommes en quelle année M. Daubresse ? Vous ne seriez pas l'Hibernatus du Nord ? Quand les élus vont ils grandir un peu ?
a écrit le 07/02/2014 à 21:52 :
Pierre de Saintignon n'a jamais été le directeur de Darty mais un directeur chez Darty et donc jamais le "patron" ce n'est pas du tout la même chose !
a écrit le 07/02/2014 à 14:10 :
les politiques veulent donner l'impression que c'est eux qui donnent les emplois pour attirer les bulletins de votes des gens en galère franchement ceux qui s'en remettent à eux, ont tout faux ! l'espoir est ailleurs surtout pas se laisser aller aux diseurs de bonnes aventures car les réveils seront brutaux.
Réponse de le 07/02/2014 à 19:32 :
que la TRIBUNE etait un journal de la finance ?

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