Municipales 2014 : à Lille, on bataille autour de l'emploi et des transports

Geneviève Hermann, à Lille

Geneviève Hermann, à Lille
Emblématiques de la stratégie de développement économique de la ville, les pôles Euralille, Eurasanté et Euratechnologies ont métamorphosé la capitale du Nord.
De fait, plus personne ne remet en cause la réussite de ces parcs d'activités dédiées et les emplois qu'ils ont générés. Frédéric Motte, président du Medef Nord-Pas-de-Calais va même jusqu'à saluer l'ambition et la ténacité de la politique économique de la communauté urbaine :
Il omet toutefois de citer le nom de Martine Aubry au profit de celui de Pierre Mauroy, son prédécesseur à la mairie, et de celui de Pierre de Saintignon, son premier adjoint à la mairie. Rien d'étonnant. En tant qu'ancien directeur de Darty, Pierre de Saintignon comprend bien les difficultés du monde de l'entreprise.
Oxylane monte à Lille ses vélos B'twin, Barrière y a installé un casino, les Galeries Lafayette un grand magasin et IBM son nouveau centre de service international. La ville du Nord a donc bien changé en quelques années. Le quartier d'affaires Euralille s'étend maintenant sur presque toute la périphérie Est de la ville, jusqu'à la Porte de Valenciennes où se finalise l'aménagement de 125.000 m2. Quatre ans après son ouverture, Euratechnologies abrite 136 entreprises et près de 2.000 salariés.
Après avoir séduit les Américains Microsoft et Cisco, l'Indien Tata, le vendeur britannique de vêtements en ligne Asos et tout dernièrement IBM, venu y créer 700 emplois, ce site dédié aux nouvelles technologies intéresserait une grande entreprise chinoise. Le fait que Martine Aubry mène pour le gouvernement une mission diplomatique en Chine doit y aider.
Situé dans les bâtiments rénovés d'une ancienne usine, Euratechnologies illustre ce que peut donner le volontarisme politique à la lilloise. Il n'aurait jamais vu le jour sans l'opiniâtreté de Pierre de Saintignon.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le chantier a duré trois ans et nécessité 36 millions d'euros financés par Lille Métropole.
Le label EcoQuartier attribué au projet des Rives de la Haute-Deûle sur les pourtours de ce parc vient en plus conforter la ville dans ces choix de transition urbaine. Une transition basée sur une mixité des quartiers chère à Martine Aubry.
Un quartier sensible en plein chantier avec la livraison d'un immense centre commercial, le Lillenium, attendu pour 2016. Avec un hypermarché de 5.000 m2, un hôtel 3 étoiles, une centaine de boutiques et l'académie des sciences de la Villette, le tout devrait générer 900 emplois au coeur d'une zone de chalandise de plus de 30.000 consommateurs dont les 12.000 salariés du CHRU, le plus grand campus hospitalo-universitaire d'Europe. Alors, quand son opposant Jean René Lecerf, candidat UMP-UDI, la critique sur l'emploi, Martine Aubry voit rouge.
Mais Lille ne serait-elle pas une ville à deux vitesses, avec des pôles d'excellence dynamiques dont ne profitent pas ses classes populaires ?
Pour l'éviter et alors que ce n'est pas dans ses attributions, la mairie a lancé il y a deux ans le dispositif emploi « circuit court » qui met en relation directe une centaine de dirigeants d'entreprises et des jeunes « de quartier » à l'occasion de réunions organisées sur place. Cette initiative a déjà généré, selon Pierre de Saintignon, 790 contrats de travail dans 26 filières d'activités différentes. ERDF a pris 20 jeunes en contrat d'alternance et vient d'en sélectionner 10 de plus.
Pour l'équipe en place, les retombées économiques sont là et les quartiers difficiles commencent à en profiter. Aussi, Martine Aubry n'envisage-t-elle pas de changer de cap pour son prochain mandat, si elle est élue. Ce serait la troisième fois et, au vu des sondages, elle devrait l'être.
En dix ans, 1,7 milliard d'euros a été investi sur la métropole dans les transports en commun avec un fort développement des lignes de bus à haut niveau de service et la mise à disposition de 2.150 vélos en libre-service.
Le chantier du doublement des rames de métro sur la ligne 1 a démarré. Mais le projet de tram-train a été repoussé. Rien n'est envisagé au niveau du contournement routier sud-est de la ville, ni sur la connexion de la RN 58 belge à l'A25 qui soulagerait la rocade nord-ouest.
_____
Si Jean-René Lecerf, le candidat UMP-UDI, n'arrive pas à prendre la mairie, il compte bien marginaliser Éric Dillies, le candidat FN.
Il veut aussi doubler le nombre de policiers municipaux et développer la vidéosurveillance. Enfin, il souhaite étendre Lille à la totalité de ses communes limitrophes. Ce qui monterait à plus de 420.000 le nombre de ses habitants, contre moins de 230.000 en l'état, alors que la communauté urbaine en compte plus de un million.
Geneviève Hermann, à Lille