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OpinionsMieux dans mon job

L'esprit positif : mode d'emploi du Docteur André

Photo de Sophie Peters

Sophie Peters

Publié le 03 décembre 2014 à 05:56 - Mis à jour le 18 décembre 2014 à 13:13

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Dans une France vouée à la morosité, le psychiatre Christophe André a fait salle comble devant un parterre de 600 jeunes dirigeants venus écouter comment introduire en eux et dans leur entreprise les principes de la psychologie positive. Au final une "standing ovation" qui en dit long sur notre besoin d'aller bien, voire mieux. Explications de ce qu'est, ou n'est pas, la psychologie positive.

Chef de file des Thérapies comportementales et cognitives et psychiatre à l'Hôpital Saint-Anne, Christophe André a été invité par le Centre des jeunes Dirigeants 92 à venir exposer devant les adhérents "le pouvoir de la psychologie positive en entreprise". Il arrive, tel une star de la chanson sur scène, applaudi par ses nombreux fans. Il n'en jouera pas. Tout au plus relève-t-il avec humour que ce parterre en délire témoigne du besoin d'enclencher une dynamique plus positive. D'ailleurs il acquiesce volontiers qu'on sait depuis 2000 ans ce qui rend les humains heureux : de grandes platitudes, telles que "vivre au présent", "être en contact avec la nature", etc. "Le problème c'est que l'on ne met pas ces préceptes en pratique", regrette le bon docteur André, auteur d'innombrables ouvrages sur les tenants et les aboutissants du "bien aller".

"La différence avec la psychologie positive, c'est ce que je fais et non ce que je pense. Au total une somme d'efforts minimes, qui, quand on les associe tous, représentent les brins d'une corde solide". De fait, le courant de la psychologie positive n'est pas un concept de plus à la mode. Et ce professionnel de la médecine de rappeler qu'il s'agit bien d'une démarche scientifique. Démarche qui ne se situe pas dans une approche de réduction du stress, mais qui vise à développer des capacités plutôt que réduire des difficultés. Donc inutile de se plonger dans des livres et des théories, encore faut-il être prêt à pratiquer. Car contrairement à ce que son nom indique la psychologie positive ne consiste pas à recycler des pensées positives ou à mettre en avant des émotions positives.

Les 5 règles d'or du bonheur

"Elle n'est pas là pour nous faire oublier les problèmes mais pour nous apprendre à mieux les affronter", insiste Christophe André. Un pragmatisme qui enchante l'auditoire du monde de l'entreprise et qui repose sur cinq points :

1 - On peut influencer notre niveau de bien être subjectif selon les efforts que nous faisons ou que nous ne faisons pas.

2 - Cela nécessite un entraînement régulier comme n'importe quel apprentissage : en bref il faut faire des exercices pour s'entraîner au bonheur sinon ce serait comme décider de courir sans jamais courir.

3 - Cet entraînement modifie progressivement et à long terme nos câblages donc nos automatismes cérébraux. C'est prouvé désormais par les recherches sur la neuro-plasticité du cerveau.

4 - Il ne s'agit pas de toujours positiver mais d'équilibrer les émotions positives et négatives avec plus de fréquence dans les émotions positives.

5 - Bonheur et bien-être sont aussi affaire de conscience et de présence. D'où l'importance d'être là avec notre corps et pas seulement avec notre esprit.

Rééquilibrer les données de notre cerveau

Pourquoi ces émotions positives sont-elles alors si importantes ? Réponse de l'expert : "elles permettent une vision globale. Au contact des émotions négatives, le cerveau est en danger et se focalise sur les détails, tout comme quand un mammifère est en danger il surveille et réduit sa focale attentionnelle. D'où une difficulté à contextualiser". Le fait est qu'on a été formaté par un monde animal où si on rate un danger notre vie tient à un fil. Notre cerveau a donc gardé la mémoire du danger et rumine volontiers les échecs et les risques pour y faire face.  Pour des raisons évolutionnistes notre cerveau d'humain n'est donc pas bien équipé à ruminer le bonheur et les heureux événements.  D'où l'importance de la psychologie positive pour nous apprendre à rééquilibrer les données de notre cerveau.

Résultat : un dirigeant a besoin des deux : on ne peut ni vivre ni manager en ayant toujours à se focaliser sur les émotions négatives ni sur les émotions positives. Car dans ce dernier cas, difficile voire impossible de distinguer les dangers. Quant au premier cas, celui des émotions négatives, il nous incite à ne voir volontiers que des problèmes là où une lecture plus positive aiderait à distinguer des solutions. Sous l'effet du stress et de l'inquiétude, on est moins créatif contrairement à ce qu'on a longtemps pensé.  Quand il reçoit des émotions positives, le cerveau associe alors très vite les idées et alimente la créativité.

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Les messages positifs parfois toxiques

Mais c'est aussi dans le domaine blessé du lien social, que ces démarches sont dignes d'intérêt. Des recherches scientifiques en laboratoires montrent aujourd'hui que des personnes de bonne humeur et bien dans leur peau, sont plus coop

ératives et altruistes. Car lorsque l'être humain souffre, il se replie sur lui-même et de ce fait est moins attentif à son prochain. Ainsi lorsque des émotions positives circulent entre les gens, les individus sont amenés à s'entre-aider volontiers. "Créativité, tolérance, altruisme et coopération : autant d'éléments utiles qu'apportent la psychologie positive aux entreprises", en conclut Christophe André.

Reste que tout n'est pas rose au pays de la psychologie positive. Le scientifique est formel dans ses mises en garde : veiller à l'équilibre émotionnel reste essentiel. Ainsi, positiver face à des gens en dépression aggrave leur cas. Il faut attendre que l'équilibre soit revenu. Ce qui interroge sur tous ses messages de "positive attitude" qui prolifèrent aujourd'hui dans la société comme autant d'injonctions toxiques. Ensuite, être trop dans les émotions positives entraîne une perte du réel, mais aussi un manque de culpabilité et de mauvaise conscience, qui en évacuant l'inconfort, aboutit à de la violence sociale. Conséquence : aussi inconfortable soit-elle, la culpabilité garantit un ajustement du comportement. Là encore, on ne saurait être trop méfiant sur le passage en force d'une positivité à tous crins.

Fabriquer du bonheur

La bonne nouvelle dans tout ça, que ce soit du côté de l'individu ou/et de l'organisation, c'est qu'il s'agit encore et toujours du juste équilibre à trouver. Nous avons besoin des deux registres émotionnels. Et ce que nous apprend la psychologie positive c'est la proportion la plus favorable. Les trois quarts des gens qui vont bien et qui sont équilibrés ont deux tiers d'émotions positives contre un tiers de négatives. Les anxieux, moitié/moitié. Quant aux dépressifs, ils éprouvent deux tiers de négatif contre un tiers de positif. Et des expériences menées en entreprises montrent que parmi les équipes les plus performantes, on relève au cours de leurs réunions, cinq interactions positives contre une négative.

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Au final, on retiendra de l'exposé du Docteur André qu'avec leur attention les êtres humains peuvent fabriquer du bonheur : "malgré des sociétés qui nous offrent du bonheur, la plupart des individus ne sont pas heureux car pas attentifs à ce qui va bien". Et le docteur de délivrer à l'assemblée toute ouïe une ordonnance peu sévère : s'endormir le soir en pensant à trois bons moments vécus dans la journée ."Car quand on s'endort notre esprit va vers le problème de la journée.  Extraire du flot de sa journée, quelques petits moments heureux. Ce qui, encore une fois, ne veut pas dire ignorer les problèmes mais rééquilibrer, au risque sinon de voir, comme à son habitude, le négatif prendre le pas sur notre psyché". A faire pendant quinze jours, le temps pour le cerveau d'ancrer un nouveau comportement.

Sophie Peters

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