Carmen à la Bastille : erreur de casting

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La dernière version de Carmen à l'Opéra de Paris pèche par le choix d'une chanteuse qui ne croit pas en son personnage. Dommage car l'orchestre de Philippe Jordan est parfait, tout à la fois sobre et brillant.

Le problème avec les oeuvres trop connues, c'est que chacun s'en fait une idée bien précise et que toute nouvelle version est souvent déceptive. La dernière production de Carmen à l'Opéra de Paris ne déroge pas à la règle. Que dire de ce projet emmené par le metteur en scène, Yves Beaunesne, sinon qu'il est passé à côté de cette oeuvre ô combien difficile à cerner. Le parti pris de limiter le décor à un seul plateau n'est pas gênant. Après tout on plonge ainsi dans ce qu'était le théâtre classique qui militait pour une intrigue dans un seul lieu. Mais sa volonté d'intellectualiser le personnage de Carmen et d'en faire une image désincarnée ne passe pas du tout. L'arrivée sur la scène de cette beauté blonde et froide interprétée par Anna Caterina Antonacci (remplacée du 16 au 29 décembre par Karine Deshayes), déroute au début sans irriter. Cette Marilyn aurait pu être emportée par ses sentiments, fière et insondable comme on imagine être ce personnage sorti de l'imagination de Prosper Mérimée et mise génialement en musique par Bizet. Elle aurait pu être l'archétype, y compris conceptuel, de la femme indépendante et sourde à la notion habituelle de l'amour. Mais la chanteuse ne parvient pourtant jamais à nous faire croire à son personnage quel qu'il soit. On reste en dehors de l'histoire, en dehors de l'intrigue tragique qui va lui coûter la vie. Et pourtant. La voix d'Anna Caterina n'a aucun défaut. Elle est claire et éloquente. Son phrasé est parfait et, chose rare, on comprend parfaitement toutes les paroles contrairement à certaines de ses camarades sur scène. En fait, on a tout simplement l'impression qu'il y a erreur de casting et que cette femme n'est pas faite pour chanter Carmen. Du coup, c'est l'opéra dans son ensemble qui nous met mal à l'aise et nous laisse sur notre faim. Et laisse manifestement de marbre, l'amant éconduit de Carmen, Don José incarné ici par un Nikolaï Schukoff fort peu convaincu et convaincant vocalement. Avec toutefois un beau moment visuel dans le dernier acte lors de la farandole de couleurs et de formes pour annoncer la corrida d'Escamillo.
Seul élément à trancher magistralement : l'orchestre de l'Opéra de Paris sous la baguette de Philippe Jordan. Pas facile en effet de dompter dans une sobre efficacité cette musique parfois un peu trop exubérante. Pas facile d'y tremper sa personnalité sans dénaturer une partition exigeante. Mais Philippe Jordan s'en accommode fort bien ici et nous livre une superbe interprétation tout en nuance et brio. La musique, elle, ne ment pas.

Carmen
Bizet
Opéra Bastille
Jusqu'au 29 décembre
Prix des places :de 5 à 180 euros
Réservations : www.operadeparis.fr
 

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Commentaires
a écrit le 26/12/2012 à 22:34 :
Carmen le soir de Noël : à recracher ses papillotes ! Mise en scène de patronage les moyens en plus (nos impôts)Le plus terrible dans tout cela c'est le gâchis car enlever
toute sensibilité aux personnages, nous distraire d'une si belle musique avec des "trouvailles bébêtes c'est impardonnable...J'ai quitté Bastille le sourire aux lèvres sans même l'envie de m'indigner.Assez de votre égo messieurs les metteurs en scène : de la sobriété.Merci.
a écrit le 21/12/2012 à 19:06 :
J'adore votre plume !

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