Moscovici "à Canossa" !

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Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR
Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR (Crédits : DR)
Il sera devant le Parlement européen le 17 avril. Et probablement très bien préparé. Pierre Moscovici joue potentiellement gros.

Retour un mois plus tôt, le 18 mars. Ce jour-là, le ministre français de l'Économie est attendu devant la commission des Affaires économiques et monétaires (Econ) du Parlement européen pour un de ces échanges de vues réguliers. La veille, lundi 17 mars, Pierre Moscovici se décommande.

Rendez-vous reporté pour la troisième fois. La présidente de la commission Econ, Sharon Bowles, réagit à sa lettre d'excuse polie par un communiqué cinglant où se lisent le dépit et la menace. Premièrement, un rendez-vous avec les députés, ne fussent-ils qu'européens, ne doit pas être une variable d'ajustement même dans un agenda ministériel. Deuxièmement, vu la situation économique de la France et son art de jouer aux limites du penalty sur le terrain du pacte de stabilité, cette nouvelle annulation est une manoeuvre pour le moins déplacée, explique la Britannique.

Officiellement, le ministre français était pris par les négociations sur l'Union bancaire qui, à ce moment-là, semblaient dans une impasse. Mais la comparaison avec son homologue allemand est cruelle. Wolfgang Schäuble, très assidu aux auditions parlementaires, avait carrément fait un déplacement « extra » à Bruxelles quelques jours plus tôt pour, précisément, parler union bancaire avec les députés, de manière informelle... L'affaire est d'autant plus délicate que le locataire de Bercy vise un « grand portefeuille économique » au sein de la prochaine Commission européenne.

Or, tout commissaire européen doit recevoir l'investiture... des députés, qui ne se privent pas de passer les candidats sur le gril. En 2009, ils avaient ainsi eu la tête de l'Italien Rocco Buttiglione, accusé d'avoir formulé une vision un peu trop catholique de l'homosexualité à la tribune du Parlement.

« Se faire » un candidat commissaire, ancien ministre français des Finances, sous prétexte qu'il s'est montré insuffisamment respectueux de la règle économique bruxelloise serait une belle occasion pour les députés de manifester leur pouvoir face à des gouvernements nationaux qui leur ont infligé bien des humiliations pendant la crise de l'euro. Aussi cédons à notre tour à la tentation... celle d'aider Mosco avant son voyage à Canossa* le 17 avril.

Son désir de « grand portefeuille » a aiguisé la curiosité des députés

Ils risquent de lui demander ce qu'il a en tête. Et la réponse ne va pas de soi. Depuis des semaines, l'idée d'une réorganisation de la Commission européenne est dans toutes les têtes.

L'actuelle organisation « en râteau » où chaque pays - désormais 28 - a « son » homme (ou sa femme) est notoirement dysfonctionnelle. Que le Croate Neven Mimica, en charge de la Protection des consommateurs, se situe de jure sur un pied d'égalité avec le Finlandais Olli Rehn, auquel la crise de l'euro a procuré de facto une position comparable à celle d'un ministre des Finances d'un grand pays, n'a pas de sens. « Resserrer [l'organigramme] est nécessaire », reconnaît une source européenne haut placée. À défaut de pouvoir priver un pays de son siège, l'idée serait de créer des postes de « supercommissaires ».

Mais qui dit supercommissaire, dit « sous-commissaires »

Or « l'ADN de la Commission, c'est la collégialité, donc l'égalité entre ses membres », admet cette source. José Manuel Barroso, l'actuel président de la Commission, avait bien tenté de créer des « groupes de commissaires », sept au total. Mais l'exercice, s'il a permis de désarmer certaines guerres entre services, est resté informel. Pour réellement rationaliser les choses, il faudrait par exemple réserver le pouvoir de proposer des règlements ou des directives aux commissaires chefs de file.

L'exécutif européen jouera sa crédibilité sur cette réorganisation. En expliquant comment surmonter le dilemme de la collégialité et de l'efficacité, en explicitant sa vision de ce « grand Bercy européen » auquel il rêve, Pierre Moscovici donnerait un gage de respect au Parlement européen et rendrait service au futur président de la Commission européenne.

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* Pour mémoire : en janvier 1077, le roi des Romains Henri IV dut s'agenouiller à Canossa (Italie) devant le pape Grégoire VII avec lequel il était en conflit, afin que celui-ci lève l'excommunication prononcée contre lui.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2014 à 20:34 :
Qu'il retourne dans les backgrounds avec DSK
a écrit le 31/03/2014 à 17:29 :
On comprend mieux le naufrage économique français, la principale préoccupation de notre ministre de l'Économie, des Finances et du Commerce extérieur étant son "grand Bercy européen"; il ferait mieux de s'occuper de notre Bercy national qui est en faillite! Il a le culot de penser à prendre les commandes d'un "Bercy européen"! Ce pays est décidément dirigé par des ambitieux qui ne pensent qu'à leur "grande" carrière, pour ne pas dire qu'à leur petite personne! La France et les Français ils n'en ont rien à cirer!
Réponse de le 03/04/2014 à 11:49 :
Pourquoi vous aviez un doute, bien pas eux !!!!
a écrit le 31/03/2014 à 17:13 :
Encore Autret !!! Mais quel crédit lui donner ? Personne ne veut plus lui parler à Bruxelles depuis les exploits de Philae !!!

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