Hollande, en arbitre du match CDU - SPD

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Hollande ne veut pas de Juncker à la présidence de la Commission européenne. / Reuters
Hollande ne veut pas de Juncker à la présidence de la Commission européenne. / Reuters (Crédits : reuters.com)
« Un jour c'est Juncker, un jour ce n'est plus lui... et ça va durer encore quelques semaines», disait l'autre jour le patron d'un important think tank bruxellois.

En principe, trois semaines, puisque les chefs d'État se retrouvent à Bruxelles le 27 juin pour proposer UN nom pour la présidence de la Commission européenne. Les candidats sont nombreux dans la course.

Mais depuis mercredi 4 juin, où l'on a appris qu'Angela Merkel avait demandé à François Hollande s'il soutiendrait Christine Lagarde, le maillot de la directrice générale du Fonds monétaire international a commencé à virer au jaune, ses chances étant sérieuses.

À présent, que va-t-il se passer ?

L'élection désignait Jean-Claude Juncker. Mais l'intéressé laisse courir le bruit qu'il n'a pas de goût pour le job. Et David Cameron, le Britannique, est prêt à réunir une minorité de blocage pour lui faire barrage. En théorie, le leader du deuxième plus important parti, le social-démocrate Martin Schulz, doit à son tour tenter de former une majorité. Mais les Anglais ne veulent pas de lui non plus. Quant au troisième, Guy Verhofstadt, il est seul à croire qu'il a une chance.

Comme en 2005, quand il fut le candidat de Chirac et Schröder, Cameron et Merkel lui barreront la route. D'où l'apparition probable d'un troisième homme (ou femme).

En s'alliant aux chefs des partis européens pour désigner des «Spitzenkandidaten» aux élections européennes, Schulz voulait transformer l'Union européenne en République fédérale. Il ne pouvait totalement y arriver, puisque le traité de Lisbonne partage le pouvoir de nomination à la tête de l'exécutif entre chefs d'État et eurodéputés, mais il a au moins réussi à se placer au centre du jeu. Car qui va décider ? Merkel, qui dispose de deux cartes dans son jeu : la chancellerie et le parti ayant gagné l'élection ? Hollande, que l'hypothèse Lagarde place face au dilemme de choisir entre son parti et son pays ?

Cameron, qui s'est doté de l'arme nucléaire d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (même si cette arme de dissuasion ne lui permet pas de proposer un nom) ?

Ou bien Martin Schulz, qui commande le bataillon de députés sociaux-démocrates dont le ralliement est indispensable au prochain président ?

C'est ce qui s'appelle faire son entrée dans la cour des grands, fût-ce par la petite porte. Si Juncker est donc écarté, Schulz acceptera sans trop se faire prier de passer son tour et usera de son droit de veto sur le nom du troisième homme (ou femme) pour demander le poste qu'il souhaite. Probablement une vice-présidence à la Commission européenne, ce qui désespère Günther Öttinger, l'actuel commissaire allemand (CDU) qui aurait aimé rester.

« Ce serait un grand sacrifice pour Merkel», explique une source bruxelloise.

Pas si sûr. Ce serait surtout le meilleur moyen pour elle de se sortir du guêpier sans faire perdre la face à qui que ce soit.

Le retour consensuel de Helle ?

Finalement, la seule hypothèse susceptible de faire descendre Martin Schulz du piédestal sur lequel il a réussi à se hisser serait que la candidature de la Premier ministre social-démocrate danoise Helle Thorning-Schmidt revienne en force.

Cela pourrait arriver si François Hollande se refusait à priver Pierre Moscovici ou Jean-Marc Ayrault d'un poste à la Commission pour faire la place à une ancienne ministre de Nicolas Sarkozy. Pour obtenir ce qu'il veut, le patron des sociaux-démocrates au Parlement devrait alors menacer de faire voter son groupe politique contre la Danoise (ce qui est doublement délicat, s'agissant d'une femme et d'une sociale-démocrate) et relancer sa propre candidature.

Cela n'a certainement pas échappé à Angela Merkel qui, pour garder la main, doit paradoxalement laisser ouverte la possibilité de sacrifier cette présidence revenant à son parti. Le moindre paradoxe de cette partie d'échecs n'est pas de placer finalement François Hollande en position d'arbitrer une bataille entre le SPD et la CDU... dans laquelle il n'a rien à gagner.

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Commentaires
a écrit le 10/06/2014 à 7:43 :
On les comprend : être pris au piège d'une micro décision de François Hollande, ça va faire mal !
a écrit le 10/06/2014 à 5:51 :
Vive la démocratie !!!
Réponse de le 10/06/2014 à 7:58 :
En France, c'est plutôt la "démocrassie" que la "démocratie". Regardez nos politiques professionnels, notre président millionnaire, notre presse aux ordres et notre assemblée nationale non représentative. Mais tout n'est pas perdu : ça fait le bonheur des politiques professionnels UMP et du PS au pouvoir depuis 40 ans. Ils se partagent pouvoir, honneurs et argent des Français.
a écrit le 10/06/2014 à 5:18 :
Lagarde a déjà dit que le job ne l'intéressait pas
a écrit le 10/06/2014 à 5:09 :
Les électeurs encore et toujours bafoués ? On avait fait tapage du fait que : "Cette fois les électeurs vont choisir le president de la commission européenne" . De nombreux politiques incitaient les européens sceptiques à se rendre aux urnes avec cet argument. Eh bien ils n'en seront que plus sceptiques en voyant qu'il n'en est rien et qu'une fois encore on leur a menti pour ne pas tenir compte de leur choix.
a écrit le 09/06/2014 à 17:49 :
Moscovici? Pourquoi? Il faut un nul à la présidence de la commission ?
Réponse de le 09/06/2014 à 19:41 :
Moscovici serait commissaire, pas président!!
Réponse de le 10/06/2014 à 5:15 :
Hollande voudrait le faire nommer président.
a écrit le 09/06/2014 à 17:48 :
arbitre ?? donc si ca foire , les autres diront que c'est de sa faute ?

Meme bruxelles veut le voir exploser en plein ciel ?
a écrit le 09/06/2014 à 17:13 :
Les toilettes vont souffrir après la non décision.
a écrit le 09/06/2014 à 17:01 :
Il vient de laisser une trace dans les toilettes de l'Elysée.
a écrit le 09/06/2014 à 16:48 :
les électeurs ont choisi QUOI ?
Réponse de le 09/06/2014 à 17:49 :
En France, le Front National et le rejet de l'Europe probablement. Parlons de l'Europe, puisqu'il s'agit d'élections européennes, les voix sont certes très dispersées, mais les résultats sont moins extrêmes et moins haineux. Ok, j'admets, il n'y a pas de quoi penser que les gens sont capables de travailler avec les autres (les étrangers, eux qui ne comprennent jamais rien et ne peuvent pas prendre une bonne décision). D'autres pensent qu'on a besoin de tout le monde pour ne pas être trop faible.
Réponse de le 09/06/2014 à 18:36 :
J'ai un peu de mal à envoyer ma réponse.
En France, les électeurs ont surtout choisi le Front National et le rejet de l'Europe, probablement. Parlons de l'Europe, puisqu'il s'agit d'élections européennes, les voix sont certes très dispersées, mais les résultats sont moins extrêmes et moins haineux. Ok, j'admets, il n'y a malheureusement pas de quoi penser que les gens sont capables de travailler avec les autres (les étrangers, eux qui ne comprennent jamais rien et ne peuvent pas prendre une bonne décision, ce n'est pas ce que je pense). D'autres pensent qu'on a besoin de tout le monde pour ne pas être trop faible (c'est mon cas).
a écrit le 09/06/2014 à 16:41 :
"Hollande, que l'hypothèse Lagarde place face au dilemme de choisir entre son parti et son pays ?"
Quel dilemme ? On parle de présidence de la Commission européenne.
S'il donne de l'importance au résultats des urnes, il aidera Juncker. Pour ses idées, il peut soutenir Schultz. Pour sombrer dans le nationalisme stupide, il y a Lagarde avec sa carte d'identité française et sa proximité avec des affaires bien troubles.
Comme j'entends que les gens ont peur de "perdre leur identité" avec la fusion de simples régions, j'imagine bien à quel point ces quelques mots ont peu de chance de faire mouche. Pauvre de nous !
Réponse de le 09/06/2014 à 18:36 :
Merci pour ce commentaire
a écrit le 09/06/2014 à 15:40 :
Pas de soucis, comme au D-Day, c’est Angela qui aura le dernier mot. Hollande reste sur le banc.
Réponse de le 09/06/2014 à 20:21 :
ha bon? elle a fait quoi Merkel ? Je n'ai entendu aucune déclaration et elle ne s'est trouvé seule ni avec Obama, ni avec Poutine ...
a écrit le 09/06/2014 à 15:16 :
Ne tremblez pas vous n'avez qu'à botter en touche, c'est votre spécialisté.
a écrit le 09/06/2014 à 15:14 :
Cet article montre bien le grand problème d'une Europe dont les votants sont des élus...
Réponse de le 09/06/2014 à 16:02 :
ils font tout entre eux...point besoin de nous...

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