Nyse Euronext-Deutsche Börse : la fusion doit être jugée à l'aune de la stabilité financière

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Un rapport financé par Deutsche Börse appelle à la prise en compte d'autres critères que les seuls volets de la concurrence ou de la souveraineté nationale.

Professeur à la Hertie School of Governance de Berlin, Henrik Enderlein se dit surpris d'avoir constaté que la fusion Nyse Euronext-Deutsche Börse, n'était analysé, critiqué, que sur des aspects de concurrence et de souveraineté nationale. Dans une étude publiée ce matin, et financée par Deutsche Börse, il recommande aux régulateurs et parlementaires amenés à se pencher sur le dossier de prendre en compte d'autres critères. A commencer par celui de la stabilité financière et d'une meilleure régulation des marchés financiers. Un critère que les membres du G20 ont fait leur objectif au lendemain de la chute de Lehman Brothers en inscrivant dans leur agenda l'encadrement des produits dérivés échangés de gré à gré et dont ils n'avaient aucune idée de l'ampleur.

Ces dernières années, avec la mise en place de la directive Marchés d'instruments financiers qui a conduit à casser les derniers monopoles dont celui de la Bourse de Paris sur la confrontation des ordres, l'Europe a davantage privilégié la concurrence sur la stabilité financière, qui aurait dû être un objectif d'importance égal. Résultat, la liquidité a été fragmentée entre différents lieux d'exécution, et les dark pools (ces bassins de liquidité qui exécutent les ordres sans diffuser au marché les intérêts à l'achat et à la vente et donc sans participer à la formation des prix) ont gagné du terrain, rendant plus compliquée la surveillance par le régulateur.

"Les efforts en cours en matière de régulation ont appuyé le besoin de rendre l'infrastructure financière plus résistante face à la faillite d'une seule institution financière", souligne ainsi Henrik Enderlein. "La création d'une plate-forme européenne consolidée de trading et de compensation peut offrir cette réponse à l'instabilité", lui semble-t-il. Qui plus est en zone euro. Les chambres de compensation sont appelés à devenir le maillon incontournable du système, prenant en charge le risque de contrepartie en s'interposant entre tout acheteur et tout vendeur sur les marchés et évitant ainsi que le défaut d'un seul n'entraîne les autres. "La création de chambres sur les produits dérivés ayant de fortes capacités de gestion des risques sera un préalable", poursuit-il. Et de ce point de vue, la fusion va dans le bon sens et pourrait permettre l'harmonisation de régulation des deux côtés de l'Atlantique et éviter ainsi le risque d'arbitrage réglementaire. Sans compter qu'elle pourra offrir la plate-forme la plus liquide pour accueillir les échanges eux-mêmes.

Henrik Enderlein évoque par ailleurs l'objectif d'intégration et d'harmonisation des marchés financiers en Europe. Et de ce point de vue, la fusion est un pas de plus vers la consolidation de l'Europe boursière. L'économiste déplore notamment que les coûts de négociation transfrontières soient encore supérieurs au prix d'un ordre sur des valeurs nationales. Enfin, Nyse Euronext-Deutsche Börse pourrait repositionner l'Europe dans l'échiquier des centres financiers mondiaux, en terme de compétitivité.

Henrik Enderlein constate en effet que Paris, comme Francfort, ont vu leur rang au classement des grands centres financiers s'éroder. Leur compétitivité est en effet passée de 6 en 2007 à 14 en 2011 pour la place allemande et de 11 à 20 pour Paris (selon le Gobal Financial Centers Index). "C'est maintenant qu'il faut agir, maintenant que nous sommes encore en position de force. Dans deux ou trois ans, il sera peut-être déjà trop tard", souligne l'économiste, rappelant que l'Asie gagne tous les ans du terrain. "Le marché financier européen doit se considérer comme une unité. Mais si rien ne change, je me demande comment il pourra rester compétitif à l'avenir".

Reste à savoir si Bruxelles, dont la direction Concurrence est appelée à évaluer l'impact de la fusion Nyse Euronext-Deutsche Börse, acceptera d'élargir sa vision pour ne pas prendre en compte les seuls aspects de concurrence mais également ceux de régulation sur lesquels planche la direction Marché intérieur.

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Commentaires
a écrit le 13/09/2011 à 13:22 :
bla..bla..bla... La direction de la concurrence a le mandat que le législateur européen lui a donné, elle ne peut pas le changer au gré de rapports d'experts même pas indépendants....

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