Santé et technologies : le patient au cœur de l'innovation

Céline Lanusse

Céline Lanusse
En ouvrant la deuxième table ronde consacrée aux bénéfices et dangers des évolutions technologiques en matière de santé, Lân Guichot, directeur de l'innovation et du business développement d'Agfa Healthcare France, rappelait aussi que le cluster TIC santé, qui compte 70 adhérents, est efficace parce qu'il évolue dans cet esprit : "On peut être fier, en Aquitaine, on a une ''medical valley''." Exemple de réussite parmi d'autres : le concours de l'innovation mondial dont le premier prix dans la catégorie silver économie a été attribué à un consortium de trois entreprises aquitaines, Robosoft, Radhius et Agfa Healthcare France, pour le projet "Kepa", qui développe des robots connectés de nouvelle génération auprès de personnes fragilisées, s'appuyant d'une part sur un réseau social de coordination des acteurs de la prise en charge, et d'autre part sur une plateforme de santé permettant l'aide à la décision. Vincent Dupourqué, PDG de Robosoft, qui a conçu les robots Kompaï 1 et 2, explique qu' "avec le robot d'assistance aux personnes, on a basculé vers les usages". Le projet primé associe aides physique, cognitive et sociale.
Expliquant que la robotique professionnelle est capable d'aider les personnes 24 h/24, il a été suivi en ce sens par Lân Guichot, d'Agfa Healthcare France (450 personnes, 61 M€ de CA), groupe qui, avec 100 ans d'expérience en radiologie médicale et 20 ans en système d'information de santé, veut transformer la data en décision et adresse désormais le continuum of care, de l'hôpital au domicile, avec des solutions de gestion de l'ambulatoire à travers des applications qui permettent le lien patient/hôpital.
"On parle beaucoup de technologie, mais c'est l'usage qui compte", rappelait Jérôme Leleu, PDG d'Interaction Healthcare, agence digitale en santé qui a formé plus 20.000 médecins dans le monde, précisant que la tendance numérique très forte dans la santé (robotique, impression 3D, mobiles, objets connectés...) pouvait être un vecteur de développement fort.
L'innovation par l'usage, Maryne Cotty-Eslous, en a témoigné en présentant son Projet Lucine, application web qui a vocation à identifier la douleur, la soigner et la surveiller. C'est parce qu'elle atteinte d'une maladie génétique rare et souffre chaque jour d'importantes douleurs qu'elle s'est lancée dans ce projet qui ambitionne d'évaluer la douleur en 5 questions, de proposer une solution non médicamenteuse (relaxation par exemple) et d'en assurer le suivi. La jeune femme vise le marché de la douleur chronique (14 millions de personnes atteintes aujourd'hui) mais aussi des douleurs aigües (52 % des Français ont mal chaque jour). Maryne Cotty-Eslous lance une collecte de fonds sur Happy Capital pour pouvoir réaliser le prototype et les premières études cliniques, avec l'objectif de créer sa société début 2017.
D'autres exemples d'applications numériques ont été donnés au cours de ces échanges comme le suivi du poids du patient, avec déclenchement d'alerte de seuil en cas de perte de poids. Le projet Nenuphar, lui, permet de suivre la taille et l'évolution des tumeurs. Ce logiciel de suivi personnalisé est actuellement testé sur une trentaine de patients de l'Institut Bergonié.
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Reste la question de la sécurisation des données et de tout ce que l'on va pouvoir en faire : où les mettre ? Comment les traiter ? Mathieu Le Treut, membre du comité de direction de CIS Valley (30 M€ de CA, 125 collaborateurs), rappelait qu'en 2020, les données numériques seraient 10 fois supérieures à ce qu'elles étaient en 2013. Cette entreprise de Bruges spécialisée dans le cloud computing et le développement d'applications a obtenu l'agrément d'hébergeur de données de santé à caractère personnel et intégré le "five nine" qui impose 99,999 % de taux de disponibilité du service informatique, ce qui lui permet de travailler avec des cliniques et éditeurs de logiciels.
Jérôme Leleu est finalement intervenu pour rappeler dans cet esprit que le smart data, ou données intelligentes, qui consiste à filtrer et exploiter les données, devait permettre de résoudre cette problématique de disposer de quantité de données dont on ne sait que faire : "Il faut qu'il y ait derrière un service rendu au patient." On y revient toujours.
Céline Lanusse
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