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Wild Code School, l'école de développeur qui casse les codes

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 06 juin 2016 à 06:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:48

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Pendant que Xavier Niel, le patron d’Illiad (Free), ouvre sa deuxième Ecole 42 en Californie, la Wild Code School, initiative également française, essaime dans l’Hexagone avec un modèle différent mais avec des points communs : la rupture par rapport aux enseignements dits “classiques” et le souci de répondre aux besoins énormes, en développeurs, de l’économie numérique.

En ouvrant, en Californie, la deuxième école 42 qui formera, gratuitement, mais à l'issue d'épreuves techniquement et physiquement éprouvantes, 2.500 codeurs dès septembre prochain, Xavier Niel, patron autodidacte du groupe Illiad (Free), tente d'imposer un modèle de formation totalement disruptif dans un pays où le coût astronomique des études le place sous la menace d'une potentielle crise financières liée aux prêts étudiants qui endettent certains jusqu'à 60 ans, voire plus...
Si elle est pour le moment uniquement présente en France, et pas gratuite, la Wild Code School a, elle aussi, été cofondée par un autodidacte, Romain Cœur (associé à Anna Stépanoff).
Elle aussi propose une solution alternative aux écoles d'informatique dites classiques :

"qui  forment d'excellents ingénieurs informaticiens, qui font de brillants chefs de projets, mais qui ne peuvent ou ne veulent répondre aux besoins massifs en codeurs et développeurs opérationnels dont ont besoin tous les secteurs de nos économies en pleine transition numérique", souligne sa cofondatrice biélorusse, passée par Harvard.

Un constat qui est à l'origine de la création, en octobre 2014, à La Loupe en Eure-et-Loir, loin, très loin de la Californie, de la première école Wild Code School.
Récemment labellisée Grande école du numérique, la Wild Code School  forme non pas en trois ans, comme l'Ecole 42 qui délivre une formation de niveau école d'ingénieur, mais en cinq mois, pour un équivalent bac +2.

École ouverte 24/24 h

"Nous organisons deux sessions par an. Elles sont ouvertes à tous les profils, tous les parcours à l'issue d'une présélection via un formulaire en ligne, qui permet de déterminer ou non des aptitudes à l'apprentissage du code, un exercice, lui aussi en ligne, qui propose déjà des notions de code et permet aussi au candidat de voir très vite s'il est vraiment attiré par le métier de développeur", souligne Anna Stépanoff.

Après une journée d'immersion ponctuée d'entretiens techniques et de motivation, c'est une formation (très) intensive qui démarre.
Une formation vendue 6.000 euros mais l'école est éligible aux bourses d'Etat, aux dispositifs de financement des formations professionnelles, et délivre le cas échéant une bourse pour aider quelques candidats à potentiel, mais sans moyens financiers, souligne la co-fondatrice de l'école.
Pendant cinq mois, la formation, pendant laquelle les "wilders" sont encadrés par trois formateurs, mixe les cours magistraux et travaux dirigés avec une plateforme pédagogique en ligne (baptisée Odyssey) accessible à tout moment. Ils y "réalisent des quêtes", comprendre : suivent des tutoriels.

"Nos outils permettent aux élèves de travailler, officiellement, entre 9 h et 18 h... mais en réalité, l'école est ouverte 24/24 h, les élèves peuvent travailler autant qu'ils veulent. Et comme ils ont choisi un métier où les amplitudes horaires de travail sont très larges..."

Un taux d'embauche de 80 % ?

Bref, ils sont correctement préparés au métier mais aussi à ce qui les attend dans les startups qui vont avoir besoin d'eux. Le code informatique n'est pas toujours exactement  compatible avec le code... du travail.
Ceci étant dit, depuis la création de la Wild Code School, 80 % des personnes formées ont un job... ou un stage. ¼ des étudiants de la Wild Code School ont une proposition d'emploi CDI ou CDD, avant la fin de la formation selon la direction de l'école qui se développe en même temps que ses développeurs. Des propositions souvent liées au fait que pendant le cursus, l'école propose des exercices à partir de besoins réels formulés par des entreprises partenaires. Besoins qu'elle facture sur le modèle junior school, donc à des prix ultra compétitifs. Si ces cas concrets permettent à des entreprises d'identifier des potentiels qu'elles souhaitent intégrer par la suite, ils permettent aussi de financer les bourses que la Wild Code School propose à quelques élèves ne pouvant supporter le financement, ou le reste à charge de leur formation.

Toulouse, Lyon, Orléans et Bordeaux à la rentrée 2016

La Wild Code School n'oublie pas de se développer elle-même. 18 mois après avoir été initiée, elle compte déjà trois écoles (La Loupe, Fontainebleau et Chartres) et, forte d'une levée de fonds récente de 600.000 euros, liée au fait d'avoir été désignée lauréate du programme investissements d'avenir, elle en comptera quatre nouvelles à la rentrée prochaine : Toulouse, Lyon, Orléans et Bordeaux (14 place Canteloup).
Pas question, à chaque fois, d'un copier-coller d'un modèle unique. "Chaque ville, chaque bassin d'emploi a ses spécificités économiques, ses besoins propres", notre la dirigeante.

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"Nous savons qu'à Bordeaux, il faudra mettre l'accent sur la formation au Javascript, et qu'à Orléans c'est le Php qui sera mis en avant dans la formation. Nous nous adaptons aux réels besoins des entreprises locales, à leurs spécificités", poursuit-elle.

La  première rentrée bordelaise accueillera 15 élèves, "Mais très vite, les promotions devraient comprendre entre 40 et 45 étudiants", assure Anna Stépanoff.

Des étudiants qui ont, en moyenne, 28 ans, qui sont généralement en reconversion professionnelle, passionnés d'informatique, c'est mieux, autodidactes, pour certains, mais surtout parfaitement au courant des chiffres qui circulent concernant les perspectives en termes d'emploi du métier qu'ils choisissent d'apprendre.

900.000 postes à prendre en Europe et... en chaussettes

En France, selon le Syntec numérique, qui est actuellement en train de réviser (à la hausse vraisemblablement) ses chiffres, il y aurait, d'ici à fin 2017, 36.000 postes à pourvoir.
En Europe, le besoin de développeurs pourrait atteindre 900.000 postes d'ici à 2020. Un potentiel qui n'échappe pas à la Wild Code School qui reconnaît que de nombreux pays voisins s'intéressent à son modèle, et, pourquoi pas à une ouverture de Wild Code School chez eux.

"Mais ce n'est pas, pour l'instant, dans nos priorités qui sont d'abord de poursuivre le maillage de la France en Wild Code School", explique Anna Stépanoff.

C'est donc en France, pour le moment, que les apprentis développeurs vont apprendre un métier très demandé partout dans le monde mais en prenant bien soin... de quitter leurs chaussures. Rituel imposé par la Wild Code School depuis sa création.

"Nous estimons qu'il est plus facile d'apprendre sans ses chaussures. Cela correspond à notre état d'esprit, c'est aussi une façon de casser les codes et le cadre scolaire classique", lâche en souriant Anna Stépanoff.

L'école du code nouvelle génération, qui casse les codes de l'enseignement, s'en reconnaît tout de même un : de préférence, les chaussettes doivent être colorées...

Pascal Rabiller

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