Terrorisme : économiquement, la sécurité privée n’a pas gagné

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
On pouvait penser que le secteur de la sécurité allait connaître un avant et un après actes et menaces terroristes, et tout particulièrement après les attentats de 2015 (janvier : Charlie Hebdo, Hyper Casher. Novembre : attaques des terrasses parisiennes du Canal Saint-Martin et de la salle du Bataclan). Au lendemain des attaques et au moment de la mise en place de l'état d'urgence, la demande de prestations explosait. Ultra sollicitées à l'époque, les entreprises de sécurité qui ne pouvaient recruter dans l'urgence sans former, se devaient de faire des choix. Privilégier les sites accueillant du public, les sites sensibles également, aux dépens de certaines usines ou sociétés. Privilégier aussi leurs clients habituels susceptibles de vouloir renforcer la sécurité de leurs personnels avant de répondre à de nouvelles demandes...
Ce dernier relève même un relâchement de la vigilance dans de nombreux centres commerciaux. L'absence de contrôle notée aux entrées des centres commerciaux comme Promenade Saint-Catherine ou encore Rives d'Arcin et Mériadeck au sein de la métropole bordelaise semblent lui donner raison...
La demande de missions a baissé par rapport à la fin 2015 et au début 2016, mais le secteur de la sécurité est quand même un peu plus sollicité qu'avant les grands attentats récents.
Une progression qui ne s'accompagne d'ailleurs pas forcément d'une croissance fulgurante du nombre de salariés dans un secteur qui emploie plus de 152.000 personnes en France pour un chiffre d'affaires (2015) d'environ 6 Md€.
"La formation obligatoire du personnel permet d'éviter de faire n'importe quoi en termes de recrutement et c'est tant mieux, explique Harold Heredia. Mais pour répondre plus rapidement aux besoins qui ont fait suite aux attentats et qui étaient prévisibles à l'approche de l'Euro de foot, la profession, via le syndicat SNES, avait proposé la mise en place d'un CQP, certificat de qualification, allégé, avec 35 heures de formation. Mais les institutions ont souhaité imposer un CQP plutôt alourdi qui n'a pas attiré les candidats susceptibles de réaliser des missions ponctuelles..."
Des missions ponctuelles comme celle de la surveillance des sites sensibles pendant l'Euro de Football, "qui, il faut le noter, ont été bien rémunérées par l'UEFA", précise Harold Heredia... comme pour mieux souligner la faiblesse financière des contrats habituellement proposés aux entreprises de sécurité.
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Celui-ci ajoute :
Le secteur s'est réorganisé autour de quatre ou cinq gros acteurs mais aussi d'une pléiade d'entreprises de taille PME ou intermédiaire comme Lynx par exemple. Sur 3.437 entreprises recensées en 2015, 200 de plus de 100 à 499 salariés réalisaient 25,3 % du CA total. 2.457 entreprises de 1 à 19 salariés réalisaient 9,2 % du CA de la profession.... Tout indique que le secteur de la surveillance humaine n'est pas, comme on aurait pu cyniquement le penser en pleine tension sécuritaire, le gagnant économique de l'état d'urgence.
Pascal Rabiller