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"L'absence d'harmonisation européenne pousse certaines pépites à partir" (Carlo d'Asaro Biondo, Google)

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 31 octobre 2016 à 21:41 - Mis à jour le 02 novembre 2016 à 09:50

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Président de Google Europe, en charge des partenariats stratégiques, Carlo d'Asaro Biondo se prononce sur l'avancement de la transformation digitale des entreprises françaises. Dans cet entretien exclusif accordé à La Tribune, il évoque notamment les freins qui empêchent l'éclosion de champions mondiaux.

Vous êtes présent à Bordeaux aujourd'hui pour lancer un partenariat entre l'Institut culturel de Google et la Cité du vin. Justement, la Cité s'appuie beaucoup sur la technologie pour donner à voir aux visiteurs. Ces thèmes vous parlent ?

"La France est un pays où la culture est un support essentiel de l'économie. Que l'on évoque le luxe, le textile, l'art de vivre... mais aussi le vin, la France est une marque. Parallèlement, j'ai été frappé en 2012 par les apports de la technologie dans les domaines de l'agriculture et du vin. La Cité du vin, qui lie patrimoine, technologie et agriculture, est un parfait symbole."

Google peut apparaître comme un mastodonte avec qui il est difficile voire impossible de travailler. Quel est votre apport dans l'économie et qui est susceptible de nouer des partenariats avec vous ?

"Il faut avoir en tête qu'avec le numérique, les barrières entre les secteurs s'estompent. Comme le sel, on en met un peu partout ! C'est vrai dans la santé, et c'est ce qu'illustrenotre partenariat avec Sanofi dans la lutte contre le diabètepar exemple. C'est vrai dans l'agriculture, où les exploitants peuvent s'appuyer sur les données pour mieux piloter leur exploitation. Et ainsi de suite. Nous croyons fermement que le futur est partenarial et que seul, on ne vaut pas grand-chose. C'est pourquoi nous mettons nos technologies à disposition de petites entreprises,nous accompagnons les startups lors de nos Launchpads, etc. Des boîtes telles que Google et Apple sont critiquées sur plein de sujets mais on oublie parfois qu'elles sont d'énormes redistributeurs, sans quoi elles n'auraient pas atteint cette taille."

Quel regard portez-vous sur l'état d'avancement de la transformation digitale des entreprises françaises ?

"Il faut toujours faire attention lorsque l'on parle de moyennes et je m'en méfie. Mais je dirais que les PME françaises sont moins engagées dans la transformation digitale que celles d'Angleterre ou des Etats-Unis. Leur problème est souvent qu'elles ne savent pas pourquoi s'appuyer sur le numérique, quels seraient leurs nouveaux atouts. C'est d'ailleurs paradoxal car si les entreprises sont en retard, les Français sont eux en avance par rapport à beaucoup d'autres sur le plan des usages numériques ! Mais ces usages de la technologie restent à la porte de l'entreprise."

Lire aussi : Google et la Cité du vin s'associent à Bordeaux

Comprenez-vous que le numérique soit vu par certains chefs d'entreprise comme un phénomène destructeur d'emploi ?

"Vous avez raison, le numérique est souvent vu par ce prisme de la destruction d'emploi. C'est une crainte très française et ça m'a toujours frappé : le numérique, ce n'est pas quelque chose de tragique ! Il en créait aussi. Rappelons par exemple que si on parle des applicatifs, les systèmes Android et iOS (respectivement systèmes d'exploitation de Google et d'Apple, NDLR) ont permis la création de 3 millions d'emplois en Europe en cinq ans. Qui pourrait dire mieux ? Dans 20 ans, beaucoup d'emplois tourneront autour du digital. L'un des premiers leviers à activer pour préparer l'avenir, c'est l'éducation. J'estime qu'il est criminel de ne pas enseigner les bases du code aux enfants !"

Carlo d'Asaro Biondo (crédit photo Agence Appa)

"Partons de l'utilisateur et pas du produit"

Puisque l'on parle de retard français, beaucoup se lamentent sur l'absence de champions mondiaux du numérique tels que Google, et la difficulté à y faire émerger les pépites. Qu'en pensez-vous ?

"Déjà, que le but n'est pas de créer le prochain Google mais l'entreprise numérique qui relance l'économie (sourire). Je suis assez d'accord avec Xavier Niel, le fondateur de Free : la France a de véritables atouts avec des ingénieurs et des entrepreneurs exceptionnels.Beaucoup évoquent le manque de fonds propres qui freinent les startups mais on ne peut pas aborder la croissance des entreprises si l'on ne réfléchit pas à l'échelle qui est la leur. Aux USA, vous avez plus de 300 millions de personnes qui parlent la même langue. En France, c'est 66 millions. L'Europe, c'est 28 pays, 32 langues. 32 ! La vraie raison, c'est que les marchés européens sont plus petits et multiples et qu'ils sont donc plus durs à conquérir. Quand j'en parle avec les dirigeants de Nest par exemple (entreprise spécialisée dans la domotique, rachetée par Google en 2014, NDLR), ils me disent que l'Europe, c'est une trentaine de normes différentes ! L'absence d'harmonisation pousse certaines entreprises à partir s'installer aux Etats-Unis où elles peuvent croître plus vite. Mais n'oublions pas non plus que Sigfox, Criteo, Blablacar et beaucoup d'autres, c'est en France que ça se passe."

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L'économiste Alain Minc disait en début d'année qu'il croyait plus à la blablacarisation qu'à l'ubérisation. Etes-vous d'accord ?

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"Il faut bien s'entendre sur les termes. Au sens d'Alain Minc, l'ubérisation, c'est l'attaque d'un monopole par la mise en ligne de quelque chose qui ne l'était pas. Pour Uber, c'est par exemple le parcours du véhicule jusqu'au client. L'ubérisation répond à des problématiques particulières et touche à des éléments fondamentaux. La blablacarisation, toujours au sens d'Alain Minc, c'est fabriquer de la valeur à partir d'actifs dormants : sa voiture, sa maison, pourquoi pas demain ses vêtements. Même s'il faut y aller prudemment, c'est intéressant d'écouter Elon Musk dire que vous serez plus riche après avoir acheté une de ses voitures Tesla : grâce à son système Autopilot, le véhicule repartira et ira travailler pour vous après vous avoir déposé devant votre entreprise, dit-il.Ma position est la suivante : gardons-nous des effets de mode et partons de l'utilisateur et de ses besoins, pas du produit. S'oublier pour son prochain : dit comme ça, ça sonne très catholique, mais c'est ça ! (rires)"

Mikaël Lozano

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