Big data/marketing : NP6, le Français qui veut bousculer Oracle et Adobe

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
De son expérience d'ex (très) jeune joueur professionnel de tarot et en passionné de poker qu'il est, l'autodidacte Stéphane Zittoun, président de NP6 (115 salariés, 11 M€ de chiffre d'affaires cette année), a tiré un enseignement basique, voire simpliste, mais qui s'est jusque-là montré utile dans sa construction d'acteur majeur de l'email marketing : avoir un coup d'avance, c'est toujours mieux que de rattraper son retard.
Dans un environnement ultra mouvant, Stéphane Zittoun avait déjà tiré le meilleur profit de cette règle en quittant un employeur au faîte de l'informatique, mais en passe de rater le virage de l'Internet en 1999 pour créer NP6, acteur de l'architecture réseau dédié à un e-commerce balbutiant.
Un coup d'avance que lui et son associé vont accentuer quand le hasard va leur apporter un client "accélérateur".
Il s'agit des trois frères Charle qui, à Bordeaux, décident de lancer un site de commerce à l'architecture informatique initialement dimensionnée pour 150 transactions/semaine. Ce site : Cdiscount et son développement fulgurant va porter l'activité de NP6 pendant quatre ans.
Associé à l'image et à la réussite de Cdiscount, NP6 voit venir à lui de nombreux clients, dont une startup qui a levé 130 M€ et qui, après avoir fait le bonheur économique de NP6, se crashe en 2001 faute d'avoir pu trouver des clients.
Une avance décisive qui fait s'affoler les compteurs de la PME bordelaise. En 2006, son CA atteint 6 M€, pour 40 % de bénéfices avant intérêts et impôts.
Performance qui affole aussi les investisseurs dont la société IPT, cotée en Bourse à Londres, qui met 10 M€ sur la table pour en faire l'acquisition.
8 mois plus tard, à la faveur d'un remaniement du management d'IPT, des maladresses d'un fonds prédateur de trésorerie et de l'effondrement du cours de l'action du groupe conjugué à une habile négociation des conditions de vente, Stéphane Zittoun se retrouve à la tête de 52 % des parts du groupe incluant NP6.
Avec l'aide d'un fonds d'investissement (Turenne Capital) il rachète donc sa société dont le développement va connaître une nouvelle accélération avec le mode Html qui permet de tracer les emails. L'activité de NP6 explose en même temps que son portefeuille client (15 des entreprises du CAC40 en font partie).
Un LBO plus tard (2013), NP6 finalise une acquisition majeure : Socio Logiciel, société experte en intelligence des données statistiques, moyennant 5 M€ d'investissement.
L'acquisition, l'été dernier, d'Ezakus, une startup bordelaise de 21 salariés, pionnière du DMP (Data Management Platform) et experte de la qualification et du ciblage d'audience, capable de prédire ce que les consommateurs vont acheter demain via ses outils de gestion et d'analyse de grandes masses de données, complète la palette de compétences du groupe NP6 et lui donne les armes nécessaires pour rattraper son retard sur certains acteurs du marché de l'activation marketing, ou pour faire simple, la méthode d'exploitation des données multicanal qui permettent, au mieux, de transformer en adhésion des consommateurs une campagne marketing.
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