Hasnaâ, la nouvelle pépite du chocolat

Céline Lanusse

Céline Lanusse
Hasnaâ Ferreira cherchait sa voie. Après avoir testé sans joie le mannequinat, la pub puis la bijouterie, elle finira par s'intéresser à la cuisine, émerveillée par les nouvelles saveurs qu'elle découvre à son arrivée en France en 2009 après avoir quitté son Maroc natal. C'est en 2012 qu'elle décide de faire un CAP chocolaterie. Mais l'émission de téléréalité culinaire MasterChef va la rattraper.
Elle est alors loin d'être une experte mais n'hésite pas à improviser, passe avec succès les premières épreuves et sort 9e de l'atelier.
Elle a raté l'inscription au CAP de chocolatier confiseur et la session de formation qui commençait en janvier 2013, mais elle a trouvé sa voie. Hasnaâ frappe à la porte du chef Michel Portos au Saint-James, à Bouliac, auprès de qui elle fera son premier stage. Elle apprécie, se rassure, puis s'engage chez le chocolatier bordelais Saunion, pour achever de valider son choix : "Je voulais être sûre." Après un premier stage de 15 jours, elle y reste trois mois de plus pour préparer les fêtes de fin d'année. S'en suivent 6 mois de formation intensive à Rouen au détriment de Bayonne : celle qui, à 33 ans, est aujourd'hui maman de deux petites filles, venait alors d'avoir son premier enfant et ne voulait pas s'éloigner trop longtemps.
Elle finira par décrocher son diplôme avec les honneurs en terminant major de sa promotion. Elle fait alors appel au financement participatif pour se lancer, puis à la CSDL (Caisse sociale de développement local) et enfin au Réseau Entreprendre :
Elle se financera également auprès des banques, pour ouvrir sa première boutique, "Hasnaâ Chocolats Grands Crus", rue Fondaudège à Bordeaux, en novembre 2014.
"C'est difficile au début car la famille en prend un coup, avec des vrais moments de doute pour moi : on se dit "Je n'ai pas fait tout ça pour ça". Mais heureusement cela évolue, j'ai pu recruter." Hasnaâ emploie aujourd'hui 6 personnes, dont 2 apprentis.
A la perspective des travaux annoncés rue Fondaudège pour la construction de la nouvelle ligne du tramway bordelais, prévus pour durer jusqu'en 2019, - "trop d'inconnues pour rester sans rien faire", décide-t-elle - Hasnaâ se lance à la recherche d'un local pour ouvrir une deuxième boutique dans le centre de Bordeaux. Ce sera fait en août 2016. Et pas n'importe où : rue de la Vieille-Tour, choisie également par Les Dunes Blanches Chez Pascal ou le torréfacteur L'Alchimiste, avec une locomotive inespérée : Mollat, la plus grande librairie indépendante de France, qui ouvre là sa Station Ausone, dédiée aux conférences et expositions.
Après un premier chiffre d'affaires de 247.000 € en 2015, Hasnaâ table sur plus de 400.000 € cette année. Un seuil nécessaire pour atteindre l'équilibre. Elle vend aussi sur Internet, dans une épicerie fine à Paris, "Jeune Homme", puis dès le mois de décembre à l'Epicerie Fine Terra Gourma dans le 9e arrondissement, et vient d'être référencée par Laurent, à Caudéran. Son titre de "Jeune Espoir" au Salon du chocolat de Paris, décroché l'an dernier, s'est concrétisé cette année puisqu'elle a reçu l'Award de la chocolatière de l'année - même si elle déplore ce titre féminisé - après que le Club des croqueurs de chocolat, très sélect, qui réunit 20 dégustateurs décidant à l'aveugle, lui ait décerné la "Tablette d'or" assortie du coup de cœur du jury parce qu'elle a été élue à l'unanimité. Un salon parfait pour la visibilité de l'entreprise, grâce à ce prix et à... Gennifer Demey, Miss Aquitaine 2016, qui a bien voulu porter sa robe en chocolat imaginée avec la créatrice bordelaise de robes de mariées Elise Martimort.
Hasnaâ Ferreira a convaincu le jury avec quatre de ses multiples chocolats grands crus ou "pure origine" choisis pour leur richesse gustative et leur typicité, travaillés sans aucun conservateur ni arôme artificiel. Mais elle propose bien plus que cela dans ses boutiques : barres chocolatées en version artisanale avec 6 recettes différentes - "Ça cartonne", sourit-elle - carrés de dégustation, billes de chocolat et de beurre de cacao, pâtes à tartiner sans huile, sauf une à l'huile d'argan riche en vitamine E et antioxydants, venue du Maroc où elle est utilisée pour ses vertes culinaires, avec ce commentaire plein de bon sens :
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Elle ne se repose pas sur ses lauriers pour autant : "J'ai encore beaucoup de choses à apprendre techniquement, je le découvre au fur et à mesure."
D'autant que son projet ne s'arrête pas là, puisque son prochain objectif est d'ouvrir une manufacture pour travailler la fève.
Céline Lanusse
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