Le Crédit agricole d'Aquitaine joue sur le physique et le numérique

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Rémi Garüz et Jack Bouin, respectivement président et directeur général du Crédit agricole d'Aquitaine, qui couvre les départements de Gironde, Landes et Lot-et-Garonne, ainsi que plusieurs cantons du Gers, ont présenté ce lundi matin le bilan 2016 de la caisse régionale. Le nombre de clients du Crédit agricole d'Aquitaine a progressé de +2 %, à 910.587 personnes au cours du dernier exercice, tandis que son encours de crédit grimpait de +6,7 %, à 17,03 Md€, et sa collecte de +4,8 %, à 23,51 Md€. Présentée de façon plus percutante l'activité de la caisse régionale s'est traduit l'an dernier par 3,7 Md€ de financements sur son territoire et 1,2 Md€ d'épargne collectée. Des chiffres qui témoignent d'un poids économique indéniable et d'un dynamisme certain mais qui ne poussent pas au triomphalisme les dirigeants de la caisse régionale.
Et pour le directeur général du Crédit agricole d'Aquitaine le bilan 2016 de la banque régionale rend compte aussi de l'impact de dynamiques largement internationales, avec en tout premier lieu la baisse historique des taux d'intérêts.
"Nos marges se réduisent à cause des taux bas. L'écart entre les taux courts et les taux longs, qui est l'espace où nous faisons notre marge, n'a cessé de s'aplatir. C'est ainsi que notre marge d'intermédiation est passée à moins de 40 % de notre produit net bancaire (PNB équivalent du chiffre d'affaires, Ndlr)", observe Jack Bouin. Cette marge d'intermédiation, qui se nourrit de l'écart entre les taux d'intérêts auxquels la banque emprunte et ceux auxquels elle prête à ses clients finaux, qu'il s'agisse de particuliers ou d'entreprises, peut représenter jusqu'à 60 % du PNB.
Pose de la première pierre (du premier arbre) du futur siège social du Crédit agricole d'Aquitaine aux Bassins à flot, avec Jack Bouin, deuxième en partant de la gauche, et Rémi Garüz, à droite (photo Appa) .
Le montant des fonds propres des banques a été revu à la hausse en particulier dans le cadre des accords internationaux dits de Bâle II et Bâle III pour prévenir toute nouvelle crise financière internationale. Ce qui fait que le Crédit agricole d'Aquitaine, qui a réalisé un produit net bancaire de 536,7 M€ l'an dernier, soit une progression limitée à +0,5 %, dispose de près de 2,7 Md€ de fonds propres (en hausse de +4,3 % sur un an) qu'il place sur les marchés pour se rémunérer. L'an dernier la banque régionale a vu son résultat net progresser de +1 %, à 124,4 M€.
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Pour gagner en efficacité sur le terrain Crédit agricole d'Aquitaine, qui déploie 200 agences sur son territoire plus une trentaine d'antennes, reconfigure son organisation depuis le 15 septembre dernier. C'est ainsi que la banque régionale dispose désormais de 18 espaces professionnels et de banque privée et de 4 espaces entreprises (un dans chaque département plus un pour Bordeaux Métropole), qui couvrent la clientèle des PME (moins de 5 M€ de chiffre d'affaires). A ce dispositif s'ajoute 5 espaces grandes entreprises spécialisées (5 M€ de CA et plus) : 1 pour les ETI (entreprises de taille intermédiaire), 1 pour les collectivités et institutionnels, 1 pour les grandes entreprises agricoles, 2 pour les grandes entreprises vitivinicoles, à Bordeaux et Libourne.
L'inauguration du "Village" ne saurait plus tarder (Appa).
Face à l'offensive des entreprises de la Fintech (finance numérique) et surtout d'Orange Bank, établissement avec lequel le géant des télécoms Orange compte s'installer sur le marché bancaire, avec une offre 100 % mobile, Crédit agricole d'Aquitaine développe une offre mixte, à la fois physique et digitale. Six nouvelles agences développant ce potentiel (100 % physique, 100 % digital) ont été ouvertes l'an dernier, dont quatre en Gironde (Ambarès, Bordeaux, Gujan), une dans les Landes (Dax) et une en Lot-et-Garonne (Agen). La banque régionale emploie 2.600 salariés et ne compte par réduire la voilure.
Ce positionnement régional s'intègre dans la stratégie nationale du groupe Crédit agricole qui consiste à offrir à sa clientèle toute la palette possible des services : du plus dématérialisé au plus classique.
Avec l'inauguration dans quelques jours, près de la place des Quinconces, à Bordeaux, de "Le Village by CA Aquitaine", qui va accueillir une douzaine de startups de la région, la caisse régionale va intensifier sa présence dans la sphère des jeunes entreprises innovantes avec l'appui d'une grosse équipe de partenaires, parmi lesquels Microsoft, H&A Location, Mazars, Pichet ou encore GT Location.
L'application à partir de ce lundi de la loi Macron en faveur de la mobilité bancaire, qui va faciliter le changement de banque, n'est pas officiellement un enjeu pour Rémi Garüz et Jack Bouin.
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"Il faut d'abord éviter de perdre des clients et toutes les régions ne sont pas égales dans ce domaine. Avec son attractivité l'Aquitaine est plutôt receveuse de nouveaux comptes que donneuse", commente Rémi Garüz. La bataille entre les banques historiques et Orange Bank devrait alimenter l'actualité des prochaines semaines. Mais ce ne sera pas le seul élément à surveiller. Les questions posées par les choix politiques faits à Londres, Washington, peut-être Paris, et Berlin, avec les élections de septembre, pourraient peser encore bien plus lourd.
Jean-Philippe Déjean