Cour des comptes : la fusion des écoles de commerce est un exercice dangereux

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
"Une fois n'est pas coutume" comme le précise son président, Jean-François Monteils, la Chambre régionale des comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine a contribué au très riche rapport public annuel que vient de dévoiler la Cour des comptes. Si la sortie de route de l'écotaxe spécial poids lourds, avec son manque à gagner de 10 Md€ pour les finances publiques, est un sujet politique fracassant, le dossier présenté par la CRC de Nouvelle-Aquitaine, qui traite de l'échec d'un ambitieux projet de fusion entre six écoles supérieures de commerce et de management, est emblématique des dérives possibles dans l'enseignement privé supérieur. Comptabilité hors de contrôle, démission des commissaires aux comptes, perte des accréditations internationales, étudiants inscrits à un master (entre 9.000 et 10.000 € par an) impossible à avoir, suppressions de postes...
L'extension de l'Escem s'est négocié via une fusion opérée par les chambres de commerce et d'industrie (Poitou-Charentes, Vienne, Touraine, Centre, Loiret, Brest, Puy-de-Dôme, Amiens) avec un appui financier déterminant de collectivités territoriales, notamment du Département de la Vienne et de la Ville de Poitiers, déjà présents dans le syndicat mixte au cœur de l'Escem.
Autorisé par la Commission d'évaluation des formations et des diplômes de gestion (CEFDG) a délivrer un diplôme visé pour le programme grande école (Bac +5), FBS s'est vu interdire par la même commission le droit d'attribuer le grade de master. D'où l'aggravation de la chute des inscriptions d'étudiants, dans un contexte de rupture pédagogique qui avait déjà impacté les effectifs. Dans son étude de cas très fouillée, une véritable autopsie, la CRC insiste en particulier sur l'échec de la gouvernance.
"Le statut associatif de France Business School était caractérisé par une surreprésentation des chambres de commerce et une absence de représentation des collectivités territoriales pourtant financeurs et des autres parties prenantes (enseignants, élèves, personnalités qualifiées). L'échec de France Business School étant une conjonction d'erreurs de gestion et de problèmes de contrôle, les responsabilités effectives du président, du directeur général et des membres du conseil d'administration sont difficiles à distinguer" : on pourrait croire que le rapport veut noyer les curieux dans le brouillard mais ce serait une erreur.
La CRC porte ensuite l'estocade au directeur général, qui voulait développer à FBS une pédagogie de rupture et qui a visiblement eu plus que les pleins pouvoirs pour y arriver, le président lui ayant délégué jusqu'au droit d'ester en justice.
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La Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine reconnaît toutefois que les membres de l'association France Business School ont réagi assez vite, au terme de deux années, "pour éviter un bilan encore plus désastreux". Mais au bout du compte le résultat de cette malheureuse affaire a tout d'un accident industriel qui a consommé sa part de fonds publics.
Avant de signaler la dégringolade consécutive à cet épisode de l'école supérieure d'Amiens et la régression de l'Escem (Orléans, Poitiers, Tours) « en une école de type bac +3 alors que cette dernière disposait, avant la fusion, d'accréditations et d'une réputation solides ». Pour Jean-François Monteils, cet épisode catastrophique met en lumière de gros enjeux.
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Mais cette affaire va au-delà de son périmètre régional et devrait interpeler Pierre Goguet, tout nouveau président de CCI France, l'instance nationale des CCI. En tant qu'ex-président de la CCI de Bordeaux, Pierre Goguet a mené avec succès la fusion de Bordeaux Ecole de Management (ex-Sup de Co Bordeaux), qui était un service de la CCIB, avec Euromed, à Marseille, pour former la nouvelle école Kedge Business School. Au vu de la catastrophe de France Business School le rapport de la CRC émet en effet un souhait à l'adresse de CCI France, qui "devrait, dans l'exercice de ses missions de valorisation et d'information, faire connaître les conditions nécessaires et suffisantes des fusions entre écoles, notamment en matière de plan de financement, de projet pédagogique et de procédure de contrôle". Un souhait qui finalement ressemble davantage à un bon conseil.
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