Intelligence artificielle et connectivité : Thales Avionics esquisse l'aéronautique de demain

Pierre Cheminade

Giel Michielin Bruno Nouzille
Agence APPA

Pierre Cheminade

Giel Michielin Bruno Nouzille
Agence APPA
64.000 salariés dans 52 pays pour un chiffre d'affaires de près de 15 Md€ en 2016 : le groupe Thales est un géant mondial de l'aéronautique. Sa division avionique, forte de 11.500 employés, est implantée en Gironde depuis 40 ans et son nouveau site de Mérignac, opérationnel depuis 2016, rassemble désormais 2.600 collaborateurs.
"Le cœur de notre métier est d'apporter des solutions techniques et technologiques à nos clients, civils et militaires, pour leur permettre de prendre les bonnes décisions dans des situations complexes, souvent critiques, sur terre, dans les airs, sur mer, sous les océans et dans l'espace et le cyberespace", résume Gil Michielin, DGA des activités avioniques de Thales, bordelais depuis toujours. Avec son collègue Bruno Nouzille, directeur technique avionique, il était invité, jeudi 1er mars, du petit déjeuner La Tribune Bordeaux, animé par Jean-Philippe Déjean, organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, à l'Intercontinental Bordeaux - Le Grand Hôtel.
L'occasion de revenir sur les profondes transformations de l'aéronautique liées à la révolution numérique :
Mais, malgré toutes les informations mises à disposition en temps réel grâce à l'électronique embarquée, le dirigeant de Thales Avionics insiste : "C'est le pilote qui doit rester le seul maître à bord !"
C'est aussi le principe des dispositifs "tête haute" qui permettent de superposer des informations synthétiques sur le paysage réel dans les phases critiques. Des outils utilisés dans les avions militaires depuis les années 1960/1970 et aujourd'hui diffusés dans le civil. "Cela se fait aujourd'hui via une lame de verre et ça se fera demain via des lunettes optiques de type Google glass", précise son collègue. Les interfaces digitales et la reconnaissance vocale ont également pris place aux côtés du pilote.
Les évolutions du pilotage seront encore renforcées demain par les outils relevant de l'intelligence artificielle (IA). Une IA pourrait-elle piloter, seule, un avion ? Un sujet qui occupe activement les équipes de Thales Avionics tant les enjeux sont complexes au regard de l'impératif de garantir la sécurité des vols via le respect de certifications et de normes très précises et durcies régulièrement.
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Gil Michielin, Jean-Philippe Déjean et Bruno Nouzille (Crédit : APPA)
Néanmoins, dans un futur plus proche, les systèmes d'IA, utilisés notamment dans le secteur des drones, permettent déjà "d'alléger la tâche de l'équipage lors de certains phases du vol et d'imaginer, par exemple, des vols avec un seul pilote au lieu de deux, à condition que ce dernier puisse reprendre les commandes à tout moment", complète Gil Michielin.
Il rappelle que Thales a investi un milliard d'euros ces dernières années dans le digital et l'IA. Cela s'est notamment traduit par les acquisitions récentes des entreprises LiveTV (2014, connectivité), Vormetric (2015, sécurisation des transaction), Guavus (2017, big data), Cortaix (2017, IA) et le rapprochement, officialisé fin 2017, avec Gemalto en matière de sécurisation des objets connectés dans le domaine industriel. "Nous investissons également 150 M€ en trois ans dans notre digital factory en Ile-de-France et nous sommes un sponsor actif de la Station F, à Paris, sur l'activité de cybersécurité. Cela nous permet de repérer et d'accompagner les startups françaises et internationales innovantes dans ce domaine", ajoute Gil Michielin. La cybersécurité est en effet un axe stratégique pour Thales qui revendique "la sécurisation de 80 % des transactions financières dans le monde et du cloud de Microsoft."
L'innovation est aussi l'un des principes qui ont présidé à l'investissement de 200 M€ consentis par Thales Avionics pour l'installation de son siège à Mérignac en 2016. "L'objectif était de renforcer notre ancrage en Nouvelle-Aquitaine et au sein de l'écosystème aéronautique très riche de la région bordelaise", note le DGA, qui souligne que "36.000 avions volent aujourd'hui.avec des équipements produits par Thales à Bordeaux". Le site de Mérignac, présenté comme un "campus", réunit 2.600 salariés dans quinze métiers très différents : ingénieurs et chercheurs, ingénieurs R&D, chimistes, opticiens, électroniciens, mécaniciens, informaticiens, cogniticiens et médecins, etc. "On a embauché 80 personnes sur le site en 2017 et on devrait rester sur un rythme comparable cette année", ajoute Bruno Nouzille.
L'espace de travail lui-même fait la part belle aux procédures dématérialisées et aux espaces collectifs plutôt qu'individuels, pour favoriser le travail collaboratif et l'innovation. "Nous avons des espaces communs avec certains de nos clients, tels que Dassault ou Airbus, pour développer le co-design, la co-conception, la co-certification", détaille le directeur technique. 1.500 m2 sont ainsi dédiés à un "hub innovation" avec les partenaires et clients civils et militaires, y compris des PME et ETI locales. S'y ajoute un "design center" pour encourager et faciliter la créativité et l'innovation. Un "fab lab" vient compléter le dispositif : "Concrètement, c'est notre capacité de prototypage rapide pour savoir s'il faut continuer ou au contraire abandonner telle idée ou tel concept innovant", traduit Gil Michielin.
Le siège de Thales Avionics, à Mérignac (Crédits : Thales Group).
Le site de Mérignac se distingue aussi sur ses activités de défense puisque le radar qui équipe les Rafales y est entièrement produit. "L'industrie aéronautique militaire sert bien souvent de précurseur à l'industrie civile et les ponts entre les deux sont nombreux", note le dirigeant.
Le DGA des activités avioniques de Thales revient aussi sur l'impact de la connectivité sur les possibilités offertes en termes de services proposés aux clients des compagnies aériennes, notamment pour la clientèle premium et fidélisées :
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Autant de possibilités, aussi enthousiasmantes pour les uns qu'inquiétantes pour les autres, qui sont évidemment potentiellement payantes, offrant une nouvelle source de revenus non négligeables aux compagnies aériennes.
Pierre Cheminade