Image de marque, choix stratégiques, stand up paddle : comment Oxbow a traversé la tempête

Pierre Cheminade

Bruno Delaporte
Agence APPA

Pierre Cheminade

Bruno Delaporte
Agence APPA
Il n'est pas surfeur et n'a même jamais pratiqué. Il n'habite pas dans la région bordelaise mais à Paris. Il a plus d'expérience dans le secteur des télécoms et de l'industrie que dans celui de la mode et de l'habillement. Et pourtant c'est bien Bruno Delaporte, qui fêtera ses 60 ans en 2018, qui a été appelé en 2013 pour prendre la direction générale d'Oxbow, première marque de surfwear française créée en 1985 et dont le siège social est situé à Mérignac, en Gironde, depuis 1987. Répondant aux questions de Jean-Philippe Déjean, lors du Petit déjeuner de La Tribune organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, à l'Intercontinental Bordeaux - Le Grand Hôtel, mercredi 30 mai, Bruno Delaporte est revenu sur la restructuration d'Oxbow en 2013 et sur les choix stratégiques qui ont permis à l'entreprise d'éviter le naufrage.
Le nouveau dirigeant a mené une analyse financière rapide, "en quinze jours", pour fixer un "chiffre d'affaires cible garanti et adapter la structure de l'entreprise à ce nouvel objectif". S'en est suivi un plan de licenciements de juin 2013 à début 2014. "Cela n'a pas été le plus plaisant mais c'était nécessaire bien que pas suffisant. Il a aussi fallu mener beaucoup de renégociations commerciales et des changements de stratégie. On a trié nos clients pour ramener notre chiffre d'affaires à 23 M€. Il faut aussi rendre hommage à nos clients qui nous ont soutenu en participant financièrement au renouveau d'Oxbow, notamment les adhérents d'Intersport et de Sport 2000", précise Bruno Delaporte.
Cinq ans plus tard, le profil d'Oxbow a bien changé. En 2017, l'entreprise a enregistré un chiffre d'affaires de 26,5 M€ pour un EBITDA [bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement] de 4 % et une marge opérationnelle de 5,6 M€. L'effectif, qui avait fondu à 90 salariés en 2014, est actuellement de 117 personnes. Depuis 2016, Oxbow a même renoué avec une croissance annuelle de 8 à 10 % et espère maintenir ce rythme dans les trois ans qui viennent.
"En 2013, il nous restait le mythe Oxbow et ça nous a permis de reconstruire sur l'image. Sans ça, on aurait disparu c'est évident", reconnaît, lucide, Bruno Delaporte, qui a tenu à fixer une stratégie et à s'y tenir pour éviter les revirements successifs menés par ses cinq prédécesseurs. Une relance multicanale a été décidée assortie d'un volet retail qui compte aujourd'hui 31 boutiques en France (13 boutiques en propre, 7 outlet et 11 boutiques franchisées) dont la plus grande est à Paris 10e, rue Beaurepaire, et s'étend sur 105 m2. "C'est un investissement de 600.000 € qui va se rentabiliser en deux ans. La boutique est centrée sur notre collection premium", indique le directeur général, qui se montre très précautionneux dans l'attribution de ses franchises : "Je ne veux pas confier Oxbow à des gens qui ne savent pas s'en servir. Il y a notre image à préserver !"
Actuellement, Oxbow,qui écoule 700.000 t-shirts par an, propose 70 références sur le créneau de "la mode accessible avec un bon ratio qualité-prix comme argument commercial principal vis-à-vis du grand public." L'enseigne cherche aussi à rajeunir sa clientèle dont l'âge moyen a atteint la cinquantaine pour cibler, notamment avec sa gamme 1985, les catégories socio-professionnelles supérieures autour de 35 ans. En 2015, l'entreprise a mis fin à sa gamme snowboard et les vêtements d'hiver ne pèsent plus que 45 % de l'activité.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

(Crédits : Agence Appa).
L'entreprise réalise 90 % de son chiffre d'affaires en France et les 10 % restants en Allemagne, Espagne et dans le Bénélux.
Quand à la fabrication, elle est essentiellement effectuée en Asie (Inde, Bangladesh, Vietnam, Chine, Indonésie, Myanmar et Ile Maurice) mais aussi au Portugal, en Bulgarie, au Maroc et en Tunisie. Seuls une ceinture en cuir et les maillots de bain féminins sont fabriqués en France. Quant à l'hypothèse de se convertir au made in France, elle ne séduit pas Bruno Delaporte : "Ce serait mentir de dire que l'on pourrait produire en France compte tenu des coûts prohibitifs qui multiplieraient par deux ou trois nos coûts de fabrication", assure-t-il. Même raisonnement pour le recours au coton bio :
"On a existé par le sport, c'est notre ADN, même si les produits purement sportifs ne représentent plus que 10 % de notre activité. Notre histoire est intimement lié au surf et à l'océan et on mise aujourd'hui sur le stand up paddle, un sport familial et convivial qui nous ressemble", poursuit le directeur général. Oxbow développe ainsi une gamme technique et textile autour de la pratique du paddle. Un accord a également été conclu avec Bic sport, à Vannes, pour la conception de planches de surf et de paddles aux couleurs d'Oxbow. 2.500 planches ont trouvé preneurs au deuxième semestre 2017 et l'objectif est d'atteindre 5.000 planches sur l'année 2018.
"Le sport nous permet de faire beaucoup d'images et de contenus. C'est une constante de la marque. Tous nos athlètes sponsorisés ont un double contrat sportif et de mannequinat. Ils sont tous Français", précise Bruno Delaporte. La société dépense en marketing environ 5 % de son chiffre d'affaires et envisage de monter en gamme. "Le segment premium est évidemment un marché de conquête à moyen terme", confirme ainsi Bruno Delaporte qui considère désormais qu'il peut bâtir sur des bases saines : "Je suis un DG serein. Le retournement est derrière nous. Tous les signes sont plutôt bons et je peux me consacrer pleinement au développement et à la croissance."
À lire également
Avec un objectif de chiffre d'affaires de l'ordre de 37 à 38 M€ à l'horizon 2021, Oxbow pourrait être amené à recruter une quinzaine de personnes en fonction du développement à l'export et du retail.
Pierre Cheminade
L'État lance la mission sauvetage des papeteries de Condat
Flying Whales : la future usine de dirigeables XXL reçoit un nouvel avis favorable
Everwatt liquidée : la plus grande toiture solaire urbaine de France cherche un repreneur
Métaux critiques : la raffinerie près de Bordeaux décrétée in extremis d'intérêt public majeur