Comment Natec conjugue fabrication composite et transformation numérique

Pierre Cheminade

Philippe Moine Natec
Thibaud Moritz / Agence APPA

Pierre Cheminade

Philippe Moine Natec
Thibaud Moritz / Agence APPA
Lauréate du prix de la transformation numérique lors de l'édition 2018 de Biznext Bordeaux, organisée par La Tribune, Natec est installée au Pian-Médoc (Gironde) sur la zone d'activité du Luget. Cette TPE de dix salariés est spécialisée dans la conception et la fabrication de pièces en matériaux composites pour des industriels du transport, de l'aéronautique et de la téléphonie. Elle équipe notamment le nez des tramways du réseau bordelais et compte parmi ses clients le producteur girondin de lasers Amplitude Systèmes, l'entreprise de travaux autoroutiers Aximum et l'opérateur de transport Keolis. Natec commercialise également des pédaliers de vélo en carbone sous la marque Mythic Carbon.
"En 2012, quand j'ai racheté l'entreprise à son fondateur qui partait à la retraite, il n'y avait pas un seul ordinateur dans les locaux, seulement un fax. Tout se faisait sur papier à 100 %", se souvient Philippe Moine, 46 ans, l'actuel directeur général au profil d'industriel. Créée en 1989, Natec pesait alors 70.000 € de chiffre d'affaires et employait un unique salarié. "Le fonds de commerce était attractif et je savais que le secteur des composites était prometteur", poursuit Philippe Moine, dont le premier chantier est alors d'informatiser son entreprise (armoire informatique, postes de travail, câblage) et de se doter d'un logiciel EBP pour suivre la comptabilité et la gestion commerciale (bons de livraisons et factures).
Finalement, Philippe Moine organise le passage au tout numérique au 1er janvier 2017 en basculant le suivi dématérialisé et en temps réel des factures, des stocks, des livraisons, des temps de productions, des horaires, etc.)
Tout cela a représenté un investissement de 30.000 € dont 10.000 € de subventions de la Région Nouvelle-Aquitaine. Concrètement, chaque salarié, grâce à une "scannette" et une tablette indique en temps réel ce qu'il fait, permettant au chef d'entreprise d'avoir une idée à un instant T de tout ce qu'il se passe de l'entreprise, de l'approvisionnement à la livraison en passant par la fabrication et le suivi des retours.
Philippe Moine (crédits : Thibaud Moritz, Agence Appa)
Résultat, en 2018, Natec devrait atteindre 460.000 € de chiffre d'affaires et un résultat positif. Et pourtant l'entreprise revient de loin puisqu'elle s'est retrouvée en redressement judiciaire deux ans plus tôt, en 2016, après avoir atteint un effectif de vingt salariés et un chiffre d'affaires de 500.000 €. Mais aussi 70.000 € de pertes.
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Aujourd'hui, l'entreprise compte neuf CDI et l'exercice 2017 s'est achevé sur un chiffre d'affaires de 430.000 € permettant de dégager 30.000 € de bénéfice. Mais rien n'est oublié par Philippe Moine et surtout pas les neuf années de dette qu'il reste à rembourser. Le chef d'entreprise vise donc désormais "une croissance maîtrisée de son activité autour de 10 à 15 % maximum car au-delà ce ne sera plus gérable". Le chiffre d'affaires devrait donc se situer autour de 600.000 € en 2019.
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L'entrepreneur garde néanmoins d'autres projets en tête. Un partenariat a été noué avec le bureau d'études CMP Composites, basé au Porge, pour développer la R&D, le prototypage et les calculs structures des matériaux composites. "Nous sommes complémentaires : on apporte la capacité de production, ils apportent leur capacité de calcul", souligne Philippe Moine. Enfin, un investissement conséquent dans une cellule robotisée de fabrication additive et d'impression 3D de matériaux composites est aussi dans les tuyaux, si possible en 2019/2020. Il reste à en boucler le financement car le montant est loin d'être anodin : entre 400.000 et 600.000 €.
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