En Nouvelle-Aquitaine, le tourisme de masse est-il un mythe ou un début de réalité ? (2/8)
Mikaël Lozano et Jean-Philippe Déjean

Bordeaux et son emblématique Miroir d'eau, site le plus visité de la ville
Agence Appa
Mikaël Lozano et Jean-Philippe Déjean

Bordeaux et son emblématique Miroir d'eau, site le plus visité de la ville
Agence Appa
Trois exemples parmi d'autres : victime de son succès avec 19 millions de visiteurs, Amsterdam a pris des mesures pour limiter l'afflux touristique et les Pays-Bas s'apprêtent à changer radicalement leur marketing territorial en abandonnant la promotion de sa capitale au profit d'autres destinations. A Barcelone, les sites touristiques deviennent payants, leur fréquentation plafonnée, et les banderoles "Tourist go home" fleurissent aux balcons. A Venise, une "taxe de débarquement", dont les touristes devront s'acquitter pour découvrir la Cité des Doges, sera bientôt mise en place et devrait rapporter entre 40 et 50 millions d'euros mis à profit pour gérer la propreté de la ville notamment. Ces trois villes sont des exemples extrêmes du tourisme de masse, pour des raisons différentes : les deux premières attirent un public plutôt jeune et avide de fiesta à bas prix, la troisième séduit par sa dimension patrimoniale.
Bordeaux et la Nouvelle-Aquitaine sont-ils concernés par ces phénomènes ? Assis dans son bureau de la mairie de Bordeaux en ce lundi matin pluvieux de mai, Stéphan Delaux se lève, se rapproche de la fenêtre et désigne de la main la place Pey-Berland. Celle-ci est vide ou presque.
Comment alors ne pas subir ?
L'élu juge qu'il existe un "effet de mode où l'on parle beaucoup de sur-tourisme" mais que dans la région bordelaise ou ailleurs en Nouvelle-Aquitaine, il ne repose sur rien de concret. En revanche il pointe qu'il s'agit d'un marché d'offres et incite au travail collectif : "Ce qu'attend un touriste, c'est la dune du Pilat, moins l'éco-tour de la rive droite. A nous d'être en accord avec les différents acteurs locaux pour construire et orienter les messages pour promouvoir nos pépites inattendues, à passer plus de temps à les promouvoir."
Le sujet du tourisme de masse, Michel Durrieu le maîtrise parfaitement. Pendant 27 ans, il a œuvré à Barcelone au sein d'un opérateur privé et s'y est donc frotté de près. Aujourd'hui, il assure la direction générale du Comité régional de tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Lui aussi déconstruit complètement l'hypothèse d'une saturation, démonstration méthodique à l'appui :
A la tête du cabinet d'étude et de conseil en tourisme Protourisme, dont il est le directeur général associé, Didier Arino ne croit pas non plus qu'il y ait le moindre risque de "sur-tourisme" en France. Il voit plutôt le danger du côté du « sous-tourisme » même s'il admet que cette activité ne peut pas se répartir de façon homogène selon les territoires:
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Dans sa publication "Cahiers de la métropole bordelaise" parue au 2e trimestre 2019, l'agence d'urbanisme métropolitaine A-urba évoque le phénomène. Elle aussi conclut que la situation bordelaise est sous contrôle, ce que semble également témoigner l'absence de mouvements de contestation de la population locale envers le tourisme. Ce qui n'empêche pas d'avoir des points de vigilance, notamment sur la question immobilière, étroitement lié, et sur le transport. Mais on parle là d'effets secondaires.
La Nouvelle-Aquitaine vise le tourisme durable
"Nous n'avons pas de problème de tourisme de masse comme on peut le voir à Barcelone, Amsterdam, ou Saint-Sébastien mais il faut être vigilant aux effets de saturation sur certains sites, et leur impact concret sur le paysage, et à la volonté croissante des touristes d'avoir davantage de place, de temps, de calme", réagit Sandrine Derville. La vice-présidente du conseil régional en charge du tourisme promeut ainsi un tourisme plus durable et plus "lent" à travers des itinérances cycliste ou fluviale, de l'œnotourisme et des hébergements plus écologique. "Bordeaux, Biarritz, La Rochelle, Lascaux ou Sarlat doivent être des portes d'entrées sur le territoire pour diffuser les touristes ailleurs, dans l'intérieur des terres", ajoute-t-elle.
La Région accompagne donc les entreprises et les créations d'activités touristiques en bonifiant ses aides financières dans les territoires moins visités. Elle mise aussi sur la complémentarité entre destinations en aidant ces territoires à se structurer et à se mettre en avant : formation des professionnels du tourisme et de l'hôtellerie-restauration à l'accueil, à l'anglais, à la biodiversité et à l'écotourisme notamment. 75 hébergements touristiques sont déjà éco-labellisés. Enfin, le Comité régional du tourisme et la Région accompagnent aussi les sites touristiques et petits opérateurs à monter en gamme, à investir et à rénover. A plus longue échéance, la Nouvelle-Aquitaine vise la neutralisation carbone des activités touristiques pour revendiquer le titre de première région française du tourisme durable.
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Les paquebots, miroirs de la croissance
En 2019, l'estuaire de la Gironde accueillera une petite soixantaine de paquebots, un nombre record. Un peu moins de cinquante jetteront l'ancre à Bordeaux et chacun déversera quelques centaines de visiteurs dans les rues de la ville. Entre avril et novembre 2019, 40.000 croisiéristes sont ainsi attendus, une cible prisée. Certains cavistes évoquent ainsi des achats de bouteilles de vin, souvent livrées ensuite au domicile de ces croisiéristes au fort pouvoir d'achat, dépassant allégrement le millier d'euros... La trajectoire est spectaculaire : entre 2018 et 2019, Bordeaux aura gagné 12 escales supplémentaires. En 2012, on n'en dénombrait qu'une trentaine... Parmi ces visiteurs, on dénombre en très grande majorité des Américains, Anglais et Allemands. La progression impressionne, certes. Mais on reste encore très loin des standards marseillais, qui a dépassé les 1,7 million de croisiéristes en 2018.
Cet article est le 3e volet de notre enquête sur les mutations du tourisme parue en kiosques dans l'Edition Bordeaux de l'hebdomadaire La Tribune. Vous pouvez vous abonner ici. A lire aussi :
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