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Business - La Tribune Bordeaux

Valorem : "Le développement des énergies renouvelables est un combat"

Hélène Lerivrain

Publié le 30 septembre 2019 à 07:00 - Mis à jour le 30 septembre 2019 à 07:15

Grandidier

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Valorem

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Valorem, qui célèbre ses 25 ans cette année, comptera 300 collaborateurs à la fin de l’année. Avec 60 embauches en 2019, la société productrice d’électricité à partir d’énergies renouvelables (ENR), basée à Bègles, est en bonne santé. Mais en 1994, "il fallait être un peu fou pour se lancer" reconnait Jean-Yves Grandidier, le président fondateur de Valorem qui, face à la prégnance du nucléaire, revient sur les étapes de "son" combat et les enjeux pour la filière des ENR.

La Tribune - Vous êtes particulièrement impliqué dans le débat sur la transition énergétique. Quelle est votre vision ?

Jean-Yves Grandidier : Nous pensons, au niveau de l'entreprise, qu'il est possible d'avoir un mix électrique de 100 % renouvelable à l'horizon 2050 et qu'il sera constitué de 80 % d'éolien et de solaire, complémentaires. Il s'agit des deux énergies les moins chères du marché pour produire de l'électricité, l'hydraulique étant une 3e énergie renouvelable précieuse. Les enjeux sont de flexibiliser les systèmes de production en développant le stockage mais aussi de flexibiliser la consommation en incitant les gens à décaler leurs usages au moment où la production est la moins chère et à acquérir des équipements qui permettent de stocker dans les usages.

Quelles sont vos attentes pour parvenir à changer d'échelle ?

Reconnaissons que les choses vont dans le bon sens pour l'éolien depuis la loi Brottes en 2012 puis la loi de transition énergétique. Il faudrait en revanche réussir à libérer l'espace, en particulier l'espace aérien, et que l'on soit libéré d'un certain nombre de contraintes liées notamment aux radars militaires ou de Météo France. 50

 

% du territoire est aujourd'hui exclu. Or ce sont des parties de territoire ou les impacts pour les riverains seraient moindres. Pour le photovoltaïque, l'idée est d'aller installer des panneaux sur des terrains qui ont eu, à une époque, un usage agricole mais sont désormais à faible valeur agronomique, et plutôt en zones de reconquête.

C'est une sonnette d'alarme que vous tirez ?

Je dis simplement que le manque d'ambition actuelle de la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui veut prolonger la durée de vie des centrales nucléaires au delà de 40 ans, va coûter beaucoup plus cher que d'arrêter toutes les centrales et de booster le développement des énergies renouvelables. Ce que je retiens de mes 25 ans d'exercice, c'est que le développement des ENR est un combat, une lutte acharnée. Il faut en dépenser de l'énergie ! Il y a beaucoup de vicissitudes politico-administratives car il y a un manque de volonté politique pour y aller fortement, un manque de culture industrielle également, ce qui fait que l'on rate des trains. Avec l'éolien offshore, nous avons l'occasion de raccrocher les wagons.

En 25 ans, vous avez tout de même réussi à développer une ETI...

Effectivement, mais il y a eu des étapes et si j'ai créé Valorem, c'est grâce à l'Europe qui a accepté un projet d'étude de faisabilité d'un parc éolien en Gironde. Dès que j'ai décroché un financement de l'Europe, l'Ademe et la Région ont suivi. A ses débuts, en 1994, Valorem était un bureau d'étude spécialisé dans les ENR et, avec la prégnance du nucléaire, il fallait être un peu fou pour se lancer ! Jusqu'à la fin des années 90, nous avons vécu sur des niches de marché. En 1996, avec la création de France Energie Eolienne, nous avons fait du lobbying auprès des pouvoirs publics pour mettre en place un cadre réglementaire en France. Finalement, c'est en juin 2001, avec l'obtention des tarifs d'obligation d'achat, que la filière a pu se lancer. Valorem a alors changé de modèle d'affaire en devenant développeur de projets, puis producteur. Désormais, en plus de l'éolien, nous nous sommes diversifiés dans le photovoltaïque et l'hydraulique. Nous construisons actuellement notre premier projet en Finlande et nous sommes les premiers a avoir installé des éoliennes cycloniques en Guadeloupe en 2018.

En quoi Valorem est aujourd'hui une société en bonne santé ?

Nous avons fait une très bonne année 2018 qui ne se mesure pas dans le chiffre d'affaires mais dans l'excédent brut d'exploitation qui est passé de 29 M€ en 2017 à 36 M€ en 2018. Nous avons gagné des projets dans le cadre d'appels d'offre et avons enclenché la vente partielle de notre parc finlandais dont nous démarrons la construction (17 machines). Enfin, nous avons acheté un parc de centrales hydrauliques en Guadeloupe (Force hydraulique antillaise) pour continuer à nous développer dans cette zone. Il a donc fallu embaucher. Nous avions prévu de recruter 40 personnes cette année. Nous allons finalement monter à 60 (ingénieurs, juristes, comptables, chargés de maintenance...), dont 20 pour notre filiale Valemo. Nous serons 300 fin 2019.

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Nous pensons que c'est possible mais nous sommes effectivement moins armés que les grands groupes sur la question du financement notamment. Quand on voit qu'Engie réussit à emprunter 750 M€ d'euros à 0%, il est évident que les banques ne nous proposent pas ces conditions. En revanche, nous avons des atouts, notamment un portefeuille de projets très important. Cela fait longtemps que nous sommes sur le terrain et nous avons tissé des relations de confiance avec les parties prenantes sur le territoire. Car avec les ENR, ce qui est important, c'est tout ce que l'on peut créer autour : protéger la biodiversité, redynamiser des territoires ruraux. Nous avons mis en place dès 2011 différentes formes d'investissement participatif et en 2018, Valorem a confirmé sa place de 1er opérateur citoyen avec près de 5 M€ récoltés sur l'année pour ses projets d'énergies renouvelables. Nous avons également intégré des clauses sociales d'insertion pour nos chantiers. Mais le combat continue en effet !

Hélène Lerivrain

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