Linguali a mis la clef sous la porte dès le 1er avril. Un mois après avoir vu l'intégralité de sa clientèle et de son modèle économique centrés sur l'évènementiel s'effondrer en seulement quinze jours. Cette liquidation d'une startup bordelaise est-elle la première d'une longue série en 2020 à cause de la crise économique du Covid-19 ? "Il ne faut pas se faire d'illusion : toutes les entreprises corrélées aux secteurs les plus impactés par le confinement - hôtellerie-restauration, tourisme, événementiel, aéronautique, aéroport - doivent revoir leur business plan, leur plan de trésorerie et faire plusieurs hypothèses en fonction du degré de redémarrage de l'économie. Pour ces sociétés, oui, il y a un vrai risque", répond Cyril Texier, le président de French Tech Bordeaux et de l'entreprise Do You Dream Up.
Pour Stéphane Rochon, directeur de l'incubateur Unitec qui accompagne actuellement 123 startups, les jeunes pousses les plus vulnérables sont en effet celles qui se frottent au marché avec une offre commerciale déjà validée et une masse salariale importante :
Sa collègue Martine Espiet, qui pilote l'accélérateur UpGrade, avec des entreprises déjà structurées et en phase de forte croissance, est un cran moins inquiète : "il n'y a pas de crash pour l'instant. Nos startups sont bien armées et continuent à travailler à l'accélération tout en gérant les risques qui sont réels. Mais même celles qui ne sont pas impactées aujourd'hui, le seront demain inévitablement car il y aura toujours un client ou un maillon de leur chaîne de valeur qui sera touché à un moment ou un autre. Donc, oui il y a des craintes légitimes et sérieuses et il faut envisager des scénarios compliqués." Cette appréhension, palpable chez tous nos interlocuteurs, est bien synthétisée par Corinne d'Agrain, présidente du fonds régional Irdi-Soridec-Gestion : "La question n'est pas de savoir si votre entreprise sera touchée par la crise mais quand elle le sera..."