Space Cargo rapatrie son vin de l'espace en vue d'une publication scientifique

Pierre Cheminade

Nicolas Gaume, le CEO de Space Cargo Unlimited, dans les salons de la mairie de Bordeaux, le 24 mars 2021.
Thibaud Moritz / Agence Appa

Pierre Cheminade

Nicolas Gaume, le CEO de Space Cargo Unlimited, dans les salons de la mairie de Bordeaux, le 24 mars 2021.
Thibaud Moritz / Agence Appa
Quand le monde du new space rencontre celui du vin ça donne naissance à Space Cargo Unlimited. Une startup née en 2014 au Luxembourg avec le projet fou d'envoyer du vin de Bordeaux dans la Station spatiale internationale alors même que l'alcool et les contenants en verre sont interdits à bord de l'ISS ! Une ambition portée par le Bordelais Nicolas Gaume, figure locale du jeux vidéo et désormais directeur monde des partenariats stratégiques de Microsoft, installé aux Etats-Unis, et Emmanuel Etcheparre, qui a fondé (déjà avec Nicolas Gaume) le réseau social Wine Alley. Objectif : étudier l'impact que l'environnement spatial (microgravité et exposition aux rayonnements spatiaux) peut avoir sur les composants majeurs du vin.
Ce tour de force se concrétise en novembre 2019 lorsqu'une caisse de douze bouteilles de Petrus, millésime 2000, est envoyée vers l'ISS avec le soutien du Cnes, de l'ESA, de la Nasa, de Thales Alenia Space et de l'entreprise américaine Nanoracks. 438 jours plus tard et après un voyage en apesanteur à 450 km d'altitude long de 300 millions de km, les précieuses bouteilles sont revenues sur Terre le 14 janvier dernier à bord d'une capsule Dragon, affrétée par SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk. Elles ont depuis rallié Bordeaux où l'une d'entre elles a fait l'objet d'une dégustation en bonne et due forme au sein de l'Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV) en comparaison d'une même bouteille restée sur Terre.

L'une des douze bouteilles de Petrus 2000 parties dans l'espace avec son contenant spécialement conçu pour l'occasion (crédits : PC / La Tribune).
Ces premiers résultats ont été partagés ce 24 mars dans les salons de l'Hôtel de ville de Bordeaux en présence du maire écologiste Pierre Hurmic :
"J'ai constaté des variations : le vin ayant séjourné dans l'espace présentait une robe plus profonde, des tanins un peu plus soyeux, un peu plus évolués, le côté aromatique est devenu un peu plus floral. Avec mon expérience du château Petrus 2000, je peux même dire que j'aurais donné deux ou trois ans de plus à ce vin qui a voyagé dans l'espace. Bien sûr, ce n'était qu'une bouteille et tout cela mérite d'être confirmé", témoigne également l'œnologue Jane Anson.
Car l'idée de Space Cargo Unlimited, qui compte six salariés et une vingtaine de chercheurs partenaires en France (Bordeaux et Toulouse), en Italie (Turin) et en Allemagne (Erlangen), est bien la publication d'une étude scientifique dans une revue internationale de référence. "Nous n'en sommes qu'au début de l'histoire et de nos recherches chimiques et génétiques. Nous voulons étudier l'intégralité du cycle de la vigne et du vin, du plant de vigne à la dégustation en passant par la fermentation. Il est donc bien trop tôt pour tirer des conclusions de nos premières observations", éclaire Nicolas Gaume.
La startup n'en est pourtant pas à son coup d'essai puisque cette expérience spatiale est la troisième du genre qu'elle pilote après l'envoi de cellules de vins puis de 320 sarments de vignes revenus sur Terre. "Ces sarments sont aujourd'hui plantés au sein de l'Inrae et de l'ISVV à Bordeaux et des pépinières du groupe Mercier. Il faut laisser la nature faire son œuvre mais on observe que les plants ayant séjourné dans l'espace poussent beaucoup plus vite, vraiment beaucoup plus vite que leurs jumeaux terrestres. Avec beaucoup plus de feuilles et des débuts de fruits. Est ce qu'on peut en tirer des conclusions ? Aucune", explique Nicolas Gaume.
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A plus long terme, l'ambition de ce programme privé de recherche spatiale, baptisé Wise (vitis vinum in spatium experimentia), est de développer la biologie spatiale pour en tirer des applications bien terrestres dans les domaines de l'agriculture et de la viticulture, de la santé et de l'alimentation.
Une ambition et un allant qui trouvent écho chez le maire écologiste de Bordeaux. "J'aime être là où on ne m'attend pas forcément", glisse-t-il avant d'apporter son soutien au projet. "Je suis très heureux de recevoir un entrepreneur bordelais qui porte un programme privé de recherche appliquée. Tout ce qui concerne le vin de Bordeaux concerne la ville de Bordeaux et nous regardons de près tout ce qui touche à la recherche et à l'expérimentation pour aller vers davantage de résilience des vignes face au changement climatique et davantage d'indépendance des vins de Bordeaux face aux intrants chimiques."
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Quant au coût d'un tel programme spatial, Nicolas Gaume ne se montre guère bavard, se contentant de souligner que les partenariats avec le Cnes, l'ESA, la Nasa, Thales et SpaceX "permettent d'accéder à des capacités techniques et de transport qui ne s'achètent pas". La prochaine mission de Space Cargo Unlimited est prévue pour 2022 et devrait porter sur le processus de la fermentation du vin "qui pose beaucoup de questions liées aux micro-organismes et à la génération de gaz carbonique et autant d'enjeux de sécurité à bord de l'ISS", sourit Nicolas Gaume.
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