INTERVIEW. "Pour pouvoir redémarrer leur activité tout en remboursant le Prêt garanti par l'Etat, ces entreprises vont devoir afficher un chiffre d'affaires équivalent à 120 % ou 130 % de celui de 2019... On se demande bien comment ça pourrait arriver !", observe Stéphane Regnier, le directeur général de RCA Consulting, qui ne croit pas au scénario d'une reprise euphorique. Ce spécialiste de la trésorerie des TPE et PME analyse pour La Tribune l'équation particulièrement dangereuse de la sortie de crise pour 15 à 20 % des petites et moyennes entreprises. "Ça sent le roussi...", prévient-il.LA TRIBUNE - Quelles sont les problématiques financières rencontrées par vos clients dirigeants de TPE et de PME ?
STÉPHANE REGNIER, directeur général de RCA Consulting - Le contexte que nous traversons aujourd'hui est très particulier et pourrait devenir explosif quand le gouvernement donnera un calendrier crédible de sortie de la crise sanitaire et des aides qui vont avec. Beaucoup d'entreprises ne savent tout simplement pas comment elles vont faire pour effectivement redémarrer leur activité ! Leur problématique c'est notamment de savoir comment sortir du PGE (prêt garanti par l'Etat) : est-ce qu'il faut le rembourser ou est-ce qu'il vaut mieux le garder et, si oui, avec quelles modalités ?
Le problème c'est que pour prendre une bonne décision, dans des situations qui peuvent être extrêmement différentes, il faut s'appuyer sur des simulations fiables. Or, les TPME et PME disposent de très peu d'outils de gestion prévisionnelle de la trésorerie. Elles sont donc très nombreuses à se retrouver dans le brouillard à bidouiller des tableaux Excel qui ne leur apportent pas de réponses !
Quels sont les principaux paramètres à prendre en compte avant de décider vis-à-vis du PGE ?
Le PGE concerne 670.000 entreprises, soit environ une entreprise sur six. Nombre d'entre elles sont aujourd'hui en demeure de prendre une position sur le PGE sans avoir les bonnes cartes en main. D'autant que, déjà avant la crise, les entreprises françaises souffraient d'une rentabilité moyenne inférieure à celles constatées dans la plupart des pays européens. Cela peut être lié à la fiscalité importante en France et à des besoins en fonds de roulement élevés à cause de structures lourdes. Mais cela signifie surtout que pour être en mesure de redémarrer leur activité tout en remboursant le PGE, ces entreprises vont devoir afficher une rentabilité plus élevée qu'avant la crise. En d'autres termes, il va leur falloir afficher un chiffre d'affaires équivalent à 120 % ou 130 % de celui enregistré 2019, et ça on se demande bien comment ça pourrait arriver !
Propos recueillis par Pierre Cheminade