INTERVIEW. "Le prêt garanti par l'Etat n'a pas été intégré dans une logique de restructuration des entreprises alors qu'il aurait dû l'être !" Dans un entretien à La Tribune, Vincent Méquinion et Alexandra Blanch, deux administrateurs judiciaires bordelais, s'alarment de l'aveuglement de certains chefs d'entreprise quant à la logique du PGE, dont les montants sont parfois déjà à moitié consommés. Ils craignent un réveil très douloureux si ces entreprises n'anticipent pas leurs difficultés.
VINCENT MÉQUINION - D'ordinaire déjà, les chefs d'entreprise ne sont pas bien informés sur les démarches à suivre en cas de difficulté. C'est une donnée structurelle. Si bien qu'ils arrivent en procédure collective où il faut mettre en œuvre un traitement de choc qui ne donne pas toujours les effets espérés. Avec la crise Covid-19, cela se vérifie puisqu'ils ne viennent pas chercher des solutions en amont avec des procédures comme la conciliation ou le mandat ad hoc. Donc ce qu'on constate aujourd'hui, c'est un attentisme très prégnant de la part des chefs d'entreprise. L'activité de notre cabinet, qui est spécialisé dans les procédures de conciliation, est inférieure de -40 à -50 % par rapport à l'an dernier.
ALEXANDRA BLANCH - Ce sont autant d'entreprises qui risquent de se rendre compte trop tard de leurs difficultés quand il n'y aura plus tout de trésorerie. Cela aboutira alors quasiment à des situations de liquidations judiciaires. A titre de comparaison, pour les dossiers qu'on prend en conciliation ou en mandat ad hoc, les entreprises sont sauvées dans 85 % des cas ! Le problème c'est qu'actuellement, beaucoup de chefs d'entreprises considèrent le PGE [prêt garanti par l'Etat] comme de la trésorerie à consommer jusqu'à ce que l'orage passe. Or, ce n'est pas du tout le cas !
Ces chefs d'entreprises ne sont-ils pas conscients que le prêt garanti par l'Etat est un prêt qui devra être remboursé ?
VM - Non, pas tous... Notamment parce que ce n'est pas comme ça que le PGE leur a été présenté. Ces PGE ont été obtenus si facilement que certains considèrent que finalement c'est juste de la trésorerie qui permet d'attendre sans traiter les difficultés. Mais, oui, évidemment, il faudra bien le rembourser un jour même si la date et le taux ne sont pas encore précisément connus. Le problème c'est que le PGE n'a pas été assorti de conseils ou même de contraintes sur ce à quoi il doit servir. La seule chose c'est qu'il ne devait pas servir à rembourser des encours antérieurs ni dépasser un quart du chiffre d'affaires annuel.
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