On les croise dans l'immense jardin de l'hôtel Casa Grande, face à l'Atlantique, le matin affairés sur leur ordinateur et l'après-midi de retour d'une série de longueurs dans les vagues de l'océan. C'est la nouvelle clientèle que Marie Bordenave chouchoute depuis la pandémie de Covid-19.
"Ce sont des gens qui travaillent à distance et souvent à leur compte, comme autoentrepreneurs dans l'e-commerce ou comme coachs par vidéo", témoigne-t-elle. "Ils se lèvent très tôt, vers cinq heures du matin à cause du décalage horaire avec la France. Et à midi, ils ont quasiment fini leur journée. Ensuite, ils font beaucoup de sport, se baignent. Ces personnes-là ont une vie vraiment saine et ne sont pas ici que pour faire la fête par exemple !"
A plus de 7.000 kilomètres de Paris, ces nomades numériques viennent en République dominicaine chercher la chaleur et le soleil toute l'année, les grands espaces et la tranquillité. "Dès que les frontières ont un temps soit peu rouvert, ils se sont engouffrés dans un avion et ont fui la France", témoigne Marie Bordenave. "Ici, ils se sentent libres et en sécurité. Tout est ventilé et ils ne sont pas les uns sur les autres. Et puis il y a bien un couvre-feu mais les hôtels avec restaurant comme le nôtre n'y sont pas soumis, on vit normalement, tout est ouvert le soir."
La condition sine qua non pour accueillir cette nouvelle clientèle très courtisée, car souvent à fort pouvoir d'achat, c'est de lui offrir une connexion internet à haut débit, indispensable cordon ombilical pour rester en ligne en permanence avec le reste du monde. Par chance, la Française âgée de 42 ans s'était équipée il y a deux ans de la fibre optique et la République dominicaine dispose généralement d'un excellent réseau informatique. L'hôtel Casa Grande est un petit établissement de charme et dispose de dix chambres au bord de la plage, louées 70 à 80 dollars la nuit. Il est situé à Las Terrenas, dans le nord-est encore sauvage du pays, un coin d'ailleurs déjà très prisé de longue date par les expatriés français venus y couler une paisible retraite sous les cocotiers.