"On est en plein dans le calme avant la tempête" Jean-Marie Picot
Propos recueillis par Pierre Cheminade
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Jean-Marie Picot préside le tribunal de commerce de Bordeaux depuis décembre 2019.
Agence Appa
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Jean-Marie Picot préside le tribunal de commerce de Bordeaux depuis décembre 2019.
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LA TRIBUNE - Après le déconfinement, vous expliquiez vous attendre à une fin d'année "très dure" sur le plan économique. Où en est-on à la mi-octobre ?
JEAN-MARIE PICOT - Depuis le mois de juin, j'ai constaté à Bordeaux, comme dans tous les tribunaux de commerce de France, une évolution mais dans le sens contraire. C'est-à-dire qu'on a le sentiment d'être en plein dans cette période calme avant la tempête. On a moins d'instances en contentieux général, moins en référés et moins en dépôts de bilan. L'activité décroît statistiquement, ce qui est aussi lié au fait au fait que l'Urssaf n'assigne plus. Aujourd'hui, on est donc plutôt autour de douze litiges en référé par semaine contre 45 après le déconfinement. Comme si le Covid avait amélioré la situation générale... Mais nous savons qu'il n'en est rien. Cela signifie donc que, pour l'instant, les mesures qui ont été prises permettent aux entreprises, au moins en trésorerie, de continuer à survivre.
Est-on dans une forme de gel de l'économie, de mise sous perfusion ?
Nous savons qu'un apport de trésorerie ne fait pas une survie d'entreprise, en tous les cas pas durablement. Nous sommes donc obligés de constater que des entreprises qui sont nécessairement en difficultés, comme c'est le cas chaque année, ne se précipitent pas en ce moment pour venir tirer les conséquences de leurs difficultés économiques. Elles seraient probablement venues nous voir l'an dernier mais parce que l'an dernier elles n'auraient pas eu de prêt garanti par l'Etat ni les autres aides publiques liées au Covid. Mais quand vous ne pouvez plus payer vos fournisseurs et vos charges vous êtes en général amenés tôt ou tard à déposer le bilan et à entrer en procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. Cette année ce n'est pas le cas ! Nous avons moins d'entreprises qui considèrent être en cessation de paiements et qui viennent se mettre sous la protection du tribunal.
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L'année 2020 sera en France, pour tous les tribunaux de commerce, beaucoup moins chargée que d'ordinaire. Les entreprises ne considèrent pas qu'il est nécessaire de constater tout de suite leur état de santé réel. C'est un défaut d'anticipation qui m'inquiète énormément. Les entreprises viennent souvent au tribunal de commerce trop tard, quand elles sont en état de coma avancé...
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