LA TRIBUNE - Les dix plus grosses levées de fonds de 2021 en Nouvelle-Aquitaine totalisent plus de 250 millions d'euros, un montant quatre fois supérieur aux années précédentes. Comment expliquez-vous ce millésime 2021 hors-normes ?
François CAVALIÉ - L'intensité capitalistique des projets évolue considérablement à la hausse en même temps que la valeur capitalistique de ces entreprises. Et c'est la combinaison de ces deux phénomènes qui explique cette hausse soudaine. Dans le domaine des biotechnologies et de la santé, comme Treefrog Therapeutics, Fineheart ou Valbiotis, les développements en laboratoire, les essais cliniques et l'obtention du marquage CE coûtent très chers. Ces entreprises ont donc besoin de beaucoup d'argent. Pour le cas d'Ultra Premium Direct, de Valorem ou d'Asobo Studio, c'est la valeur de ces entreprises, leur positionnement sur leur marché respectif et la nécessité de continuer à investir qui expliquent ces montants en hausse. Tout cela conduit à des opérations de plus en plus grandes. C'est pour cela que nous avons lancé le fonds Naci doté de 100 millions d'euros pour accompagner ce mouvement. Et je me félicite d'ailleurs qu'Aquiti Gestion soit présent dans plus de la moitié des plus grosses opérations de l'année !
La Nouvelle-Aquitaine est-elle en train de rattraper un certain retard en matière de levée de fonds par rapport, par exemple, à l'Occitanie ou à Auvergne-Rhône-Alpes ?
Je ne parlerai pas forcément de retard puisque les montants en jeu sont, en réalité, directement liés à l'intensité capitalistique des secteurs concernés. A Toulouse, les startups du spatial nécessitent beaucoup de capital comme c'est le cas du côté de Lyon pour des startups industrielles ou biotechnologiques. Donc plus qu'un retard c'est plutôt l'éclosion d'entreprises qui arrivent à maturité et poursuivent leur chemin, souvent après plusieurs levées de fonds successives. Ces entreprises ont validé des étapes impressionnantes dans la structuration de leurs équipes, dans la défense de leur propriété intellectuelle et dans le développement de leur produit. Si bien qu'elles sont aujourd'hui capables de passer clairement à la vitesse supérieure. D'où l'importance d'être un partenaire dans la durée : pour Treefrog Therapeutics, par exemple, nous avons investi moins de 100.000 euros au tout premier tour de table. Aujourd'hui, cette startup est allée chercher 64 millions d'euros et nous sommes encore autour de la table !