L'agrivoltaïsme, qui consiste à combiner activité agricole et production d'électricité, s'installe un peu plus dans le paysage. Alors que les "énergiculteurs" se structurent avec la création d'une Fédération nationale, sénateurs et députés se saisissent du sujet, proposant quelques pistes pour encourager son développement.C'est désormais en fédération que les "énergiculteurs" avancent groupés : 200 agriculteurs producteurs d'électricité photovoltaïque ont créé le 3 décembre dernier la FFPA (Fédération française des producteurs agrivoltaïques), lors de l'assemblée générale constitutive organisée à Mont-de-Marsan (Landes). Leur point commun : tous sont engagés dans un projet agrivoltaïque en partenariat avec l'énergéticien GLHD, qui impulse leur mouvement.
"Nous voulons être reconnus au niveau national pour que nos projets soient mieux compris", explique à La Tribune le vice-président de la fédération Laurent Duclavé, membre du collectif béarnais Patav à l'origine du projet Terr'Arbouts (1).
"L'agrivoltaïsme n'en est qu'à ses débuts en France, le sujet est encore peu connu et source de polémiques : les agriculteurs qui s'engagent dans cette voie le feraient pour basculer leur modèle économique et tirer tous leurs revenus de la production électrique. Or, ce n'est pas l'idée, l'activité agricole reste notre activité principale. Il ne faut pas non plus oublier dans quel contexte travaillent aujourd'hui les agriculteurs : entre les problématiques sanitaires, les enjeux qui pèsent sur l'irrigation, la menace du réchauffement climatique, les difficultés de transmission des exploitations... L'agrivoltaïsme nous permet de générer un revenu complémentaire pour tenter de pallier ces problèmes."
C'est donc pour déconstruire les a priori et clarifier le sens de leur démarche que les membres de la FFPA s'apprêtent à rencontrer élus et préfets, avec la ferme intention, aussi, d'impulser une évolution de cadre réglementaire, jugé pour l'heure trop contraignant. "Aujourd'hui, il faut modifier le PLU [plan local d'urbanisme] pour pouvoir installer des panneaux, et de nombreuses contraintes administratives mettent à mal certains projets", pointe Laurent Duclavé.
Les sénateurs partisans d'un cadre réglementaire plus précis
Le sujet semble d'ailleurs faire mouche au Parlement : le 4 janvier dernier, les sénateurs ont adopté une résolution pour encourager le développement de l'agrivoltaïsme en France, saluée par la FFPA. La Chambre haute y formule quatre propositions : "inscrire une définition de l'agrivoltaïsme au sein du code de l'énergie et en tirer les conséquences législatives", "sortir les projets agrivoltaïques des appels d'offres 'solaire innovant' de la CRE [commission de régulation de l'énergie] afin de créer une famille dédiée au sein des appels d'offres", faire en sorte que les projets agrivoltaïques "puissent bénéficier des financements européens de la PAC [politique agricole commune]", et enfin, "envisager un cadre réglementaire uniforme favorisant les pratiques de compensation agricole".