LA TRIBUNE - La filière observe une percée de l'intérêt pour la propulsion par voile depuis le début de l'année. Les armateurs ont-ils attendu d'être contraints par la réglementation pour considérer la décarbonation ?
LISE DETRIMONT - Oui, clairement. Les technologies coûtent cher, pour eux il n'y a pas d'intérêt à avancer sans être contraint. Cette contrainte réglementaire devient de plus en plus forte : arrivent les quotas carbone et les pénalités à payer. Les navires ont accueilli de premières installations, mais à date le marché n'est pas suffisamment porteur. Les premiers qui testeront auront une avance sur les autres. Mais les quelques expérimentations restent trop peu nombreuses. Les néo-armateurs sont plus réceptifs que les anciens. Ce n'est pas de la timidité, c'est que les incertitudes sont encore énormes : on ne connait pas le coût et la disponibilité du carburant demain. Il y a beaucoup d'inconnues qui ralentissent les prises de décision des armateurs.
Le développement de la filière vélique repose pourtant sur eux...
Il va reposer avant tout sur les chargeurs qui doivent décarboner [les entreprises manufacturières, ndlr]. Si ces chargeurs sont des industriels et décident de le faire, alors ils devront considérer le vélique car il n'y a pas d'autres solutions immédiatement. Ces commandes là vont changer la donne et entrainer les armateurs. L'enjeu de la décarbonation pour les industriels, c'est que d'un coup ils sont amenés à regarder comment le transport de leurs produits se passe. Tout transite par les mers mais le monde maritime est un domaine inconnu, fermé