Aux commandes de la marque de vêtements de surf de Saint-Jean-de-Luz pendant près de dix ans, Bernard Mariette estime que c'est en cédant aux sirènes de la grande distribution que Boardriders a perdu son âme. « Jamais je ne serais allé chez Decathlon ou Intersport, j'aurais préféré crever », lâche sans ambage le « serial » chef d'entreprise qui vit aujourd'hui au Canada.Il a vécu les meilleures années. Aujourd'hui installé à Montréal, au Canada, l'Avignonnais Bernard Mariette a dirigé tout le groupe Boardriders, incluant Quiksilver, Roxy, mais aussi Billabong ou DC Shoes de 2001 à 2008. Annoncée avant-hier, la reprise par Beaumanoir (Cache Cache, Morgan, Caroll, Sarenza, La Halle...) ne se fera pas sans casse. 120 emplois sur 700 devraient être supprimés au siège de Saint-Jean-de-Luz, qui devrait être conservé.
« Après mon départ, le groupe s'était retrouvé face à une concurrence féroce des "mass markets" (marchés de masse, ndlr) comme Zara ou H&M, affirme Bernard Mariette. Pour augmenter les ventes, les dirigeants de l'époque s'étaient lancés dans la grande distribution eux aussi. Mais quand une marque vend la moitié de sa production en solde, c'est perdu, c'est comme si Louis Vuitton se mettait à brader ses sacs et ses parfums. Avec Quiksilver, on n'était pas dans le luxe mais dans l'exclusivité inclusive. Jamais je ne serais allé chez Decathlon ou Intersport. J'aurais préféré crever. Ça ne pouvait que mal finir ».
« Ce sont des gens sérieux »
En 15 ans, Boardriders va donc passer du fonds de pension américain Oaktree au groupe Authentic Brands puis à la bannière d'un groupe familial de prêt-à-porter de Saint-Malo, en Bretagne. « C'est une très bonne nouvelle, se réjouit Bernard Mariette. Beaumanoir, ce sont des gens sérieux qui savent ce que signifie le mot authentique et qui respectent le produit, les marques et les hommes. À mon époque, vous alliez partout dans le monde, Quiksilver, ça vibrait ! Les mecs se faisaient tatouer du Quiksilver, c'était hallucinant. Mais ça, on ne le retrouvera pas. »