New Space : HyprSpace en ordre de marche pour son premier vol suborbital

La start-up bordelaise a fabriqué un mini-lanceur à propulsion hybride qui fera l'objet d'un premier tir en 2026 sur un site de la Direction générale de l'armement.
HyprSpace

La start-up bordelaise a fabriqué un mini-lanceur à propulsion hybride qui fera l'objet d'un premier tir en 2026 sur un site de la Direction générale de l'armement.
HyprSpace
Terminator, OB1 (Obiwan), Baguette One. Ces noms ne résonnent pas dans les allées d'un ciné-club mais dans les ateliers d'HyprSpace à Eysines, près de Bordeaux, où ils désignent un moteur et des lanceurs spatiaux. Des ingénieurs travaillent d'arrache-pied pour réussir la prochaine épreuve de cette jeune pousse à la trajectoire de start-up presque chimiquement pure.
Loin des premiers essais plus ou moins acrobatiques menés dans leur jardin par Alexandre Mangeot, Sylvain Bataillard et Vincent Rocher en 2019 et 2020, les trois fondateurs d'HyprSpace sont aujourd'hui à la tête d'une centaine de salariés. Mais, surtout, ils s'apprêtent à effectuer leur premier lancement spatial depuis la France métropolitaine.
Volontiers qualifié d'« historique », cet évènement a été préparé main dans la main avec les équipes de la Direction générale de l'armement - essais de missiles. C'est en effet un site de la DGA qui accueillera le premier tir suborbital d'HyprSpace prévu mi-2026 soit à Biscarosse en Gironde, soit sur l'île du Levant, dans le Var.
« On développe une fusée donc on s'attend évidemment à rencontrer des difficultés mais, a priori, il n'y a plus de problème technique non anticipé, souffle Sylvain Bataillard, le directeur de la stratégie d'HyprSpace. Le principal verrou technologique a été levé par les trois campagnes d'essais moteur menées avec succès depuis juillet 2024. »
Baptisé Terminator, le moteur en question est un tube en matériau composite de six mètres de long sur un mètre de diamètre. HyprSpace a breveté un système de propulsion hybride qui combine de l'oxygène liquide et du PEHD solide, le thermoplastique utilisé pour les canalisations d'eau. Un positionnement à part dans le paysage du New Space français et européen davantage penché vers la propulsion liquide. « Notre force, c'est la robustesse et la simplicité de notre architecture moteur qui compte trente fois moins de pièces. L'absence de turbo pompes nous permet ainsi de diviser par deux le coût d'un lancement spatial en termes de prix au kilo », avance l'ingénieur bordelais.
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Car avec l'essor de SpaceX et d'une myriade d'acteurs du renouveau du spatial, la question du coût de l'accès à l'espace est devenue un sujet à part entière. Une poignée d'entreprises se sont positionnées sur cette technologie ces dernières années avec notamment les Norvégiens de Nammo et les Allemands d'HyImpulse mais aussi des acteurs nord-américains et asiatiques. « Les détracteurs de la propulsion hybride sont toujours là mais sont de moins en moins nombreux car cette technologie revient sur le devant de la scène, tant pour le civil que pour le militaire », appuie Sylvain Bataillard.
Pour financer son développement, la jeune pousse a déjà sécurisé une dizaine de millions d'euros auprès de ses financeurs historiques, obtenu une enveloppe de 35 millions d'euros de France 2030 avec ses partenaires Telespazio France et CT Ingénierie. HyprSpace a également pré-vendu son premier lancement au Centre national d'études spatiales. « Nous visons désormais une série A de 15 millions d'euros fin 2025 auprès d'acteurs français et européens avant une série B d'une trentaine de millions d'euros par la suite », précise le cofondateur.
Quant au modèle économique, il se projette à terme sur 12 à 15 lancements orbitaux annuels combinés à une offre de tirs suborbitaux. Ces derniers correspondent à des vols au-delà de 100 kilomètres d'altitude mais pas suffisamment hauts ni rapides pour une mise en orbite. De quoi offrir cinq à dix minutes de micro-gravité permettant de tester en conditions réelles toute une palette de systèmes spatiaux. « Aujourd'hui, très peu d'acteurs proposent du vol suborbital mais on constate pourtant un très fort intérêt du marché, tant chez les institutionnels que chez les start-up et les acteurs de la défense », assure Sylvain Bataillard.
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Doté d'un seul moteur, Baguette One est capable d'emporter jusqu'à 500 kilos à 250 kilomètres d'altitudes tandis que la fusée complète, Orbital Baguette One (OB1), dotée de sept moteurs au premier étage et d'un huitième au second, pourra mettre en orbite basse emporter une charge de 250 kilos maximum. Avec ce premier tir prévu mi-2026, HyprSpace se positionne bien parmi les jeunes pousses françaises puisque Maïa Space, Latitude, Sirius Space Services ou encore Opus Aerospace envisagent également des lancements l'an prochain. De son côté, l'entreprise girondine emménagera mi-2026 dans ses nouveaux locaux de 3 000 m2 en région bordelaise.