Urbanisme : Franck Raynal brandit le "slow building" pour défendre la qualité de vie à Pessac

Pierre Cheminade

Franck Raynal
PC / La Tribune

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Franck Raynal
PC / La Tribune
Alors que la population de la Gironde (+1,3 %/an) et de Bordeaux Métropole (+1,4 %) ne cesse d'augmenter depuis plusieurs dernières années, la ville de Pessac et ses 62.000 habitants fait désormais figure d'exception. Après un gain de +1,5 % depuis 2014, "en 2017, nous avons perdu environ 250 habitants", a ainsi indiqué Franck Raynal, le maire (divers droite) de la 3e ville de Gironde, lors d'une rencontre au Club de la presse de Bordeaux, mercredi 12 septembre. Un repli de l'ordre de -0,4 % qui n'est pas vraiment anecdotique tant il ne doit rien au hasard et tout à "une politique parfaitement assumée d'urbanisme modéré", selon le maire élu en 2014.
En clair, à l'instar de nombre de ses collègues maires de la première couronne bordelaise, Franck Raynal a les deux pieds sur le frein en matière de construction neuve. Il se targue ainsi "d'avoir diminué de plus de moitié le nombre de permis de construire délivrés à Pessac en 2016 par rapport à 2015". Concrètement, la commune, desservie par le tram B et accueillant une partie du campus bordelais, a ainsi "autorisé seulement 323 logements neufs en 2016 quand Mérignac et ses plus de 70.000 habitants en autorisait 828, soit 2,5 fois plus". Le rythme de construction à Pessac est désormais identique à celui de Bègles qui compte moitié moins d'habitants et a également initié une politique restrictive en la matière pour "préserver le village urbain béglais".
A Pessac, les mots sont différents mais le message est le même :
"Slow building", un autre mot pour désigner le phénomène "not in my backyard" ? "Non, nous ne disons pas que nous ne construirons pas mais que nous le ferons au rythme qui nous convient", répond Franck Raynal. S'il refuse le terme malthusianisme, les chiffres sont néanmoins éclairants : sur les 37 projets de dix logements ou plus présentés en 2016 à la commune, seuls sept ont été acceptés. Parallèlement, les prix des appartements à Pessac ont bondi de +12,2 % entre juillet 2017 et juillet 2018, à 2.951 €/m2, plaçant la ville, aux côtés de Mérignac et Bordeaux, parmi les cinq plus fortes hausses de France.
Pour pérenniser cette politique, une charte urbaine et paysagère sera présentée au prochain conseil municipal pour contraindre les promoteurs immobiliers à "préserver les arbres et les espaces verts, l'identité des quartiers et la qualité de vie". A l'instar de Bruges ou encore de Mérignac, ce document viendra s'ajouter à la "charte du bien construire" élaborée par Bordeaux Métropole.
A Floirac, Mérignac, Bègles, Bruges, Eyzines ou Pessac - toutes limitrophes de Bordeaux centre et desservies par des transports en commun - le discours sur la baisse du rythme de constructions est peu ou prou le même. Une somme d'égoïsmes communaux qui a des conséquences en termes d'étalement urbain à la lisière de l'agglomération avec son lot de nuisances environnementales dont la consommation d'espaces naturels et agricoles et la hausse du trafic automobile. Le tout dans une agglomération encore relativement peu dense et qui compte deux fois mois d'habitants que Lyon métropole pour une superficie équivalente.
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Interrogé sur l'impact environnemental à l'échelle métropolitaine de sa politique communale de construction au compte-goutte, Franck Raynal, qui prône pourtant l'écologie de proximité, assume... et renvoie la balle à Bordeaux et à la Métropole :
Quant à l'évolution de l'empreinte urbaine de l'agglomération bordelaise dans son ensemble, c'est une autre histoire.
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Si Pessac freine la construction de nouveaux logements, ce n'est pas le cas pour les équipements publics. Le maire a ainsi fait le point sur les nombreux projets livrés, en chantier ou devant démarrer prochainement. C'est notamment le cas de la forêt du Bourgailh, du complexe sportif Bellegrave, du Cosec de Saige, de la piscine Caneton, de la maison des associations au sein de la ville Clément V et de la rénovation du théâtre Le Royal. Un grand projet de rénovation urbaine est désormais acté avec Domofrance à Saige : une des huit tours sera dévolue partiellement à l'activité économique, quatre seront rénovées et trois détruites. Les logements locatifs sociaux correspondants seront répartis sur la commune qui compte 31 % de logements sociaux. Enfin, c'est l'entreprise Serma Technologies qui s'installera à la fin de l'année sur les 11 hectares de l'ancien site de Thales, à Pessac-Bersol géré par la SEML Route des lasers. 12.000 m2 supplémentaires seront disponibles à l'horizon 2020 à l'issue des travaux de rénovation et de démolition-reconstruction.
(*) Bordeaux compte environ 5.000 habitants au km2 tandis que ce chiffre n'est que de 1.580 hab/km2 à Pessac dont environ 4% du territoire est dévolu au Domaine universitaire.
Pierre Cheminade