Canicules : comment rafraîchir Bordeaux ?
Pierre Cheminade

Les arbres en pot déployés par la mairie place Pey-berland, à Bordeaux, sont plus symboliques qu'efficaces.
PC / La Tribune
Pierre Cheminade

Les arbres en pot déployés par la mairie place Pey-berland, à Bordeaux, sont plus symboliques qu'efficaces.
PC / La Tribune
Avec 41,2°C Bordeaux a atteint un nouveau record absolu de température en journée le 23 juillet dernier quelques heures avant que le record de la nuit la plus chaude ne tombe lui aussi entre le 24 et le 25 juillet avec une température minimale de 25,4°C enregistrée au capteur de Mérignac. Alors que les 5 % de villes les plus peuplées dans le monde "pourraient voir des hausses de températures de 8°C et plus" d'ici à 2100, selon une étude publiée dans Nature Climate Change en mai 2017, la température du cœur des grandes agglomérations est déjà bien souvent supérieure de quelques degrés à celle des territoires voisins. Un atout en hiver qui peut se transformer en calvaire estival. La densité et les formes urbaines combinées à certains matériaux, aux activités humaines et à la raréfaction des espaces verts et des points d'eau contribuent en effet à créer des îlots de chaleur en attisant la chaleur de l'air le jour et en en ralentissant le rafraîchissement nocturne.
Alors que le Giec (groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) juge possible que Bordeaux soit confronté au climat de Séville (Andalousie) dès 2050, il devient urgent de résoudre cette question des îlots de chaleur urbains. L'Agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine (A'urba) s'est saisie du sujet début 2018.
Urbaniste spécialiste de l'environnement, il pilote l'étude de l'A'urba "Adapter les tissus urbains de la métropole bordelaise au réchauffement climatique" qui sera publiée en septembre 2019. Celle-ci s'est concentrée sur deux tissus urbains spécifiques : le centre-ville de Bordeaux autour de la rue Fondaudège et de la place Charles Gruet, d'une part, une zone pavillonnaire de Saint-Médard-en-Jalles avec des parcelles de 400 m2 en moyenne, d'autre part. Objectif : relever les différents facteurs qui influent sur la température urbaine. Il s'agit en particulier de l'inertie thermique et de l'effet d'albédo (pouvoir réfléchissant) propre à chaque matériau, de la forme et de l'orientation du bâti et des voiries, de la perméabilité des sols, de la présence d'eau et de végétaux et, enfin, des activités humaines.
En centre-ville, l'A'urba a listé les facteurs permettant de limiter la hausse des températures. Et, bonne nouvelle, Bordeaux n'en manque pas. Par exemple, la pierre blanche bordelaise - à condition qu'elle soit ravalée puisque des relevés établissement des écarts d'une dizaine de degrés entre un mur ravalé et un autre non ravalé - mais aussi la cale bordelaise (pavé d'argile couleur brique) et les dalles en calcaire ou en granit utilisées pour la rénovation du centre-ville vont dans le bon sens : "Ce sont des matériaux clairs et plutôt lisses qui stockent peu de chaleur contrairement aux revêtements en asphalte qui, eux, ont une forte inertie si bien qu'ils diffusent la nuit la chaleur accumulée pendant la journée", observe Bob Clément. Dans les immeubles neufs, la tôle ou le bois présentent aussi des qualités thermiques limitant la diffusion de la chaleur la nuit.
A l'inverse, les activités humaines telles que les climatiseurs et les gaz d'échappement favorisent les hausses de température dès lors qu'ils dépassent un certain volume. La forme urbaine avec des rues étroites contribuent également à piéger la chaleur au niveau du sol. "Ces différents éléments contribuent à façonner un quartier dans lequel le rafraîchissement nocturne est compliqué lors d'une canicule créant ainsi un phénomène d'îlot de chaleur", conclut Bob Clément.
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Mais le centre de Bordeaux souffre aussi cruellement de la relative absence de végétal.
De quoi limiter de fait l'utilité des "arbres en pot" déployés par la mairie de Bordeaux place Pey-Berland cet été. Une initiative d'ailleurs raillée par l'opposition. "Ces jeunes arbres en pots sont plus symboliques que réellement efficaces", confirme Bob Clément. En complément, la mairie de Bordeaux a annoncé début juin l'opération Canopée en promettant de planter 20.000 arbres d'ici fin 2025, soit 3.000 par an contre un millier actuellement.
Les recommandations de l'A'urba en zone dense (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Des arbres, et notamment des arbres anciens, les zones pavillonnaires n'en manquent pas et cela participe à limiter la chaleur tout comme la présence relativement plus fréquente d'aménagements dédiés à la captation et à la gestion alternative des eaux pluviales. Bordeaux Euratlantique a d'ailleurs décidé d'en inclure dans l'aménagement du futur jardin de l'Ars.
En revanche, les zones de stationnement et les voiries recouvertes d'enrobé contribuent au réchauffement tout comme les toits en ardoises ou tuiles noires, plutôt à la mode aujourd'hui y compris au sud de la Loire. Pour limiter le phénomène, Bob Clément préconise plutôt l'utilisation de tuiles de couleur claire, de pavés enherbés pour les zones de stationnement et les cheminements piétons, de béton poreux clair plutôt que de l'asphalte pour la chaussée et les pistes cyclables ou encore la généralisation des dispositifs de rétention des eaux pluviales et des ombrières végétalisées.
Les recommandations de l'A'urba en zone pavillonnaire compacte (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
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Certaines de ces recommandations pourraient être reprises prochainement dans le plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole bordelaise. D'ici là, l'A'urba poursuivra son travail de terrain en se concentrant sur les zones de bureaux, les grands ensembles et les zones commerciales. Limiter le recours aux climatiseurs, repeindre les façades en blanc, végétaliser les toits et recourir à des pavés enherbés pour les parkings sont d'ores et déjà des pistes à suivre.
Pierre Cheminade