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Canicules : comment rafraîchir Bordeaux ?

Pierre Cheminade

Publié le 01 août 2019 à 09:18 - Mis à jour le 30 juillet 2020 à 09:12

Les arbres en pot déployés par la mairie place Pey-berland, à Bordeaux, sont plus symboliques qu'efficaces.

Les arbres en pot déployés par la mairie place Pey-berland, à Bordeaux, sont plus symboliques qu'efficaces.

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Alors que les épisodes caniculaires vont se multiplier et s'intensifier à Bordeaux et ailleurs, l'Agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine (A'urba) s'est penchée sur le fonctionnement des îlots de chaleur et sur les moyens à mettre en œuvre contenir les hausses de mercure dans l'agglomération. Espaces verts, eau, formes urbaines, usages, matériaux et revêtements : les pistes à suivre sont multiples.

Avec 41,2°C Bordeaux a atteint un nouveau record absolu de température en journée le 23 juillet dernier quelques heures avant que le record de la nuit la plus chaude ne tombe lui aussi entre le 24 et le 25 juillet avec une température minimale de 25,4°C enregistrée au capteur de Mérignac. Alors que les 5 % de villes les plus peuplées dans le monde "pourraient voir des hausses de températures de 8°C et plus" d'ici à 2100, selon une étude publiée dans Nature Climate Change en mai 2017, la température du cœur des grandes agglomérations est déjà bien souvent supérieure de quelques degrés à celle des territoires voisins. Un atout en hiver qui peut se transformer en calvaire estival. La densité et les formes urbaines combinées à certains matériaux, aux activités humaines et à la raréfaction des espaces verts et des points d'eau contribuent en effet à créer des îlots de chaleur en attisant la chaleur de l'air le jour et en en ralentissant le rafraîchissement nocturne.

Un climat sévillan à Bordeaux en 2050 ?

Alors que le Giec (groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) juge possible que Bordeaux soit confronté au climat de Séville (Andalousie) dès 2050, il devient urgent de résoudre cette question des îlots de chaleur urbains. L'Agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine (A'urba) s'est saisie du sujet début 2018.

"Sur les cartographies thermiques de l'agglomération bordelaise réalisées par satellite par la Métropole en 2013, on identifie clairement des zones plus chaudes telles que l'aéroport, les zones commerciales et industrielles et les quartiers très denses. A l'inverse, les parcs, bois, la Garonne et les Bassins à flot sont des zones plus fraîches. Nous avons voulu comprendre comment ce phénomène d'îlots de chaleur fonctionne pour pouvoir y apporter des correctifs efficaces le cas échéant",explique Bob Clément.

Urbaniste spécialiste de l'environnement, il pilote l'étude de l'A'urba "Adapter les tissus urbains de la métropole bordelaise au réchauffement climatique" qui sera publiée en septembre 2019. Celle-ci s'est concentrée sur deux tissus urbains spécifiques : le centre-ville de Bordeaux autour de la rue Fondaudège et de la place Charles Gruet, d'une part, une zone pavillonnaire de Saint-Médard-en-Jalles avec des parcelles de 400 m2 en moyenne, d'autre part. Objectif : relever les différents facteurs qui influent sur la température urbaine. Il s'agit en particulier de l'inertie thermique et de l'effet d'albédo (pouvoir réfléchissant) propre à chaque matériau, de la forme et de l'orientation du bâti et des voiries, de la perméabilité des sols, de la présence d'eau et de végétaux et, enfin, des activités humaines.

Matériaux et formes urbaines

En centre-ville, l'A'urba a listé les facteurs permettant de limiter la hausse des températures. Et, bonne nouvelle, Bordeaux n'en manque pas. Par exemple, la pierre blanche bordelaise - à condition qu'elle soit ravalée puisque des relevés établissement des écarts d'une dizaine de degrés entre un mur ravalé et un autre non ravalé - mais aussi la cale bordelaise (pavé d'argile couleur brique) et les dalles en calcaire ou en granit utilisées pour la rénovation du centre-ville vont dans le bon sens : "Ce sont des matériaux clairs et plutôt lisses qui stockent peu de chaleur contrairement aux revêtements en asphalte qui, eux, ont une forte inertie si bien qu'ils diffusent la nuit la chaleur accumulée pendant la journée", observe Bob Clément. Dans les immeubles neufs, la tôle ou le bois présentent aussi des qualités thermiques limitant la diffusion de la chaleur la nuit.

"Enfin, la présence d'eau, de bassins, de fontaines, de brumisateurs voire même l'arrosage des chaussées sont utiles pour limiter les hausses de température mais cela pose la question de la ressource en eau qui est limitée et de la règlementation", remarque l'urbaniste.

A l'inverse, les activités humaines telles que les climatiseurs et les gaz d'échappement favorisent les hausses de température dès lors qu'ils dépassent un certain volume. La forme urbaine avec des rues étroites contribuent également à piéger la chaleur au niveau du sol. "Ces différents éléments contribuent à façonner un quartier dans lequel le rafraîchissement nocturne est compliqué lors d'une canicule créant ainsi un phénomène d'îlot de chaleur", conclut Bob Clément.

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Planter des arbres ? Oui, mais en pleine terre

Mais le centre de Bordeaux souffre aussi cruellement de la relative absence de végétal.

"Le caractère minéral de Bordeaux est historique et il faut y ajouter le poids du parti pris d'aménagement centré sur le patrimoine et la pierre. Développer le végétal est une solution parce que les arbres permettent d'éviter le réchauffement en journée par leur double action d'ombrage et d'évapo-transpiration", considère l'urbaniste de l'A'urba avant de nuancer :"Pour être efficace il faut planter intelligemment dans les zones les plus exposées au soleil et il faut privilégier la pleine terre et les sujets d'un certain gabarit, ce qui est loin d'être évident avec les sous-sols urbains qui sont très encombrés."

De quoi limiter de fait l'utilité des "arbres en pot" déployés par la mairie de Bordeaux place Pey-Berland cet été. Une initiative d'ailleurs raillée par l'opposition. "Ces jeunes arbres en pots sont plus symboliques que réellement efficaces", confirme Bob Clément. En complément, la mairie de Bordeaux a annoncé début juin l'opération Canopée en promettant de planter 20.000 arbres d'ici fin 2025, soit 3.000 par an contre un millier actuellement.

Aurba
Photo d'illustration (Crédits : Aurba)

Les recommandations de l'A'urba en zone dense (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Entre les pavés, de l'herbe

Des arbres, et notamment des arbres anciens, les zones pavillonnaires n'en manquent pas et cela participe à limiter la chaleur tout comme la présence relativement plus fréquente d'aménagements dédiés à la captation et à la gestion alternative des eaux pluviales. Bordeaux Euratlantique a d'ailleurs décidé d'en inclure dans l'aménagement du futur jardin de l'Ars.

En revanche, les zones de stationnement et les voiries recouvertes d'enrobé contribuent au réchauffement tout comme les toits en ardoises ou tuiles noires, plutôt à la mode aujourd'hui y compris au sud de la Loire. Pour limiter le phénomène, Bob Clément préconise plutôt l'utilisation de tuiles de couleur claire, de pavés enherbés pour les zones de stationnement et les cheminements piétons, de béton poreux clair plutôt que de l'asphalte pour la chaussée et les pistes cyclables ou encore la généralisation des dispositifs de rétention des eaux pluviales et des ombrières végétalisées.

Aurba ilot de chaleur
Photo d'illustration (Crédits : Reuters)

Les recommandations de l'A'urba en zone pavillonnaire compacte (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

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Certaines de ces recommandations pourraient être reprises prochainement dans le plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole bordelaise. D'ici là, l'A'urba poursuivra son travail de terrain en se concentrant sur les zones de bureaux, les grands ensembles et les zones commerciales. Limiter le recours aux climatiseurs, repeindre les façades en blanc, végétaliser les toits et recourir à des pavés enherbés pour les parkings sont d'ores et déjà des pistes à suivre.

Pierre Cheminade

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