Au nord de Bordeaux, le pari de locaux artisanaux en zone urbaine

Maxime Giraudeau

En bas à droite avec les toitures vertes, la zone artisanale développée par La Fab au Bouscat.
Alexandre Dupeyron / La Fab

Maxime Giraudeau

En bas à droite avec les toitures vertes, la zone artisanale développée par La Fab au Bouscat.
Alexandre Dupeyron / La Fab
Quatre bâtiments en tôle, une place centrale, des ateliers entourés d'arbres et aux usages réversibles illuminés par de grandes ouvertures vitrées. Ce que l'on pourrait qualifier de zone artisanale bien léchée. Mais rien de révolutionnaire. Tout l'intérêt est dans la localisation. « Ici, on parle de la place de l'artisanat et de l'industrie en ville alors que ces activités sont souvent reléguées en-dehors. » À proximité du tramway, d'une voie verte et des boulevards, l'architecte Chloé Bodart présente la nouvelle zone d'activités Godard sur la commune du Bouscat, au nord-ouest de Bordeaux, à l'occasion de son inauguration ce 20 juin.
Sur 4.500 m2 de bâtiments, la zone d'activités va loger sept entreprises artisanales et industrielles, dans le domaine de l'embouteillage, la mode ou l'alimentaire notamment. « Au Bouscat, on n'a pas d'espace. On doit travailler dans la dentelle, explique Patrick Bobet, le maire de la commune. On veut permettre aux entreprises du Bouscat d'y rester plutôt que de s'installer dans des communes limitrophes. » Et éviter l'éloignement entre lieu de vie et lieu de travail des personnes salariées. Un enjeu de plus en plus pressant pour la collectivité à l'heure où la déraison foncière et l'étalement urbain tentent d'être contenus.
« Nous avons fait le choix de maintenir ce foncier en tant que zone d'activité et d'en conserver la maîtrise foncière pour le céder aux conditions déterminées, avec une insertion dans son environnement et des prix de sortie adaptés aux petites structures pour conserver de l'emploi local non délocalisable », invoque Christine Bost, la présidente de Bordeaux Métropole, en soulignant que « des opportunités comme celle-là, il n'y en a pas pléthore ».

L'extension de la zone artisanale a été entreprise en 2019 et livrée au printemps 2024. (crédits : Alexandre Dupeyron / La Fab)
Les surfaces commerciales sont proposées à prix de vente compris entre 1.100 et 1400 euros du m2, soit bien en-dessous du marché bordelais qui tourne en moyenne entre 2.000 et 3.000 euros pour les surfaces commerciales. Un prix très compétitif permis par la cession des terrains par la Métropole à 40 euros du m2 pour la parcelle d'origine. Tout en portant un intérêt architectural au bâti, La Fab, société publique locale et aménageuse du projet, est parvenue produire l'opération à un coût de 900 euros du m2, pour un budget global de 5,8 millions d'euros.
« Ce projet voit le jour car il y a une forme de renoncement de la Métropole à ne pas urbaniser ce foncier, salue Jérôme Goze, directeur général délégué de La Fab. On arrive par petites poches à construire des quartiers en trouvant des équilibres entre les usages. C'est un travail de petite couture. » Le foncier tertiaire s'est raréfié sous la pression des aménagements immobiliers sur le territoire métropolitain. Les opérations se font au compte-goutte pour La Fab, mais elle parvient à travailler sur plusieurs communes périurbaines avec des projets de zones artisanales et mixtes en cours sur Bruges, Carbon-Blanc et Bordeaux nord.
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Des opérations qui peuvent parfois envisager une mixité des usages, où cohabitent ateliers d'activités et logements dans des mêmes immeubles. Une attention particulière qui s'observe dans projets d'aménagement malgré la séparation stricte opérée à travers l'urbanisation des 50 dernières années en France, montre le groupe de réflexion La Fabrique de l'industrie.
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« À Bordeaux, comme probablement ailleurs, les grands projets urbains prennent place sur des secteurs historiquement productifs. Et, pour attirer des activités économiques comme pour afficher un maintien des surfaces d'activités, les nouveaux bâtiments intègrent souvent un socle dit actif où sont imaginées des activités productives. Ainsi, le projet urbain ne figure pas comme un quartier résidentiel mais comme un quartier mixte d'où les emplois d'hier n'ont pas tous disparu », lit-on dans l'ouvrage Aménager la ville productive. Ce qui cause aussi parfois quelques tensions dans des quartiers où cohabitent divertissement, activités économiques, habitations et lieux de vie. Un mélange pas toujours évident à concilier.
Maxime Giraudeau