Lectra coopte le président de Safran, Ross McInnes

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Le groupe Lectra, à Paris et Cestas (Gironde), commune girondine où se concentrent l'outil de production du groupe coté en bourse, ses services en recherche et développement et son show-room international, continue, malgré quelques à-coups marqués au 3e trimestre, sur une dynamique de croissance entamée début 2017, dans le prolongement d'une année 2016 très réussie.
Et c'est sans doute aussi pour surligner cette bonne santé presque insolente, malgré quelques difficultés sur le marché automobile au Mexique et en Corée du Sud, que Lectra a annoncé hier lundi la cooptation en tant qu'administrateur indépendant d'une super pointure internationale : Ross McInnes, président du conseil d'administration du groupe Safran ! Cooptation qui vient après la départ à la retraite du président de Lectra : André Harari, frère de Daniel. Ce dernier, qui était directeur général de Lectra, en est ainsi devenu le PDG.
Dire que Ross McInnes, diplômé de l'université d'Oxford, a un CV impressionnant n'est pas exagéré. En plus de présider le conseil d'administration de Safran, ce Franco-Australien a ainsi été nommé en 2015 par le ministre des Affaires étrangères Représentant spécial pour les relations économiques avec l'Australie. Puis en novembre 2016 le Premier ministre en a fait "l'ambassadeur" du Guichet unique destiné à accueillir les entreprises étrangères désireuses de s'implanter en Ile-de-France. Avant que l'Afep (Association des entreprises privées) et le Medef (Mouvement des entreprises de France) ne proposent sa candidature au Haut comité de gouvernement d'entreprise, qui s'intéresse aux sociétés cotées en bourse.
Ross McInnes est également administrateur d'Eutelsat. Cerise sur le gâteau, qui piquera peut-être certains palais sensibles, en octobre dernier le Premier ministre Edouard Philippe a nommé Ross McInnes coprésident du comité "Action publique 2022", chargé de proposer des pistes de réformes sur les politiques publiques. Hier lundi après la clôture des marchés Daniel Harari a précisé à La Tribune que c'est bien le niveau de commandes engrangé par Lectra au 4e trimestre 2017 qui fera le succès du début de l'année 2018. Lectra, dont les résultats financiers sont depuis des mois plus impeccables les uns que les autres, a enregistré au 3e trimestre 2017 des turbulences qui ne risquaient pas de passer inaperçues.
En hausse de +4 % (à données comparables) le chiffre d'affaires s'est élevé à 67,2 M€ à l'issue de cette période, tandis que le résultat opérationnel du groupe atteignait 10,6 M€, à +3 % (idem). La surprise vient de l'évolution du résultat net qui, à 7,3 M€ enregistre une baisse de -9,8 % (idem). Le cash-flow libre de Lectra accuse de son côté un choc marqué à la baisse, à 2,9 M€ au 3e trimestre 2017 contre 9,1 M€ à la même période en 2016.
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Le groupe Lectra, leader mondial dans la découpe de matériaux souples (cuir, tissus, matériaux composites...) pour la mode et l'habillement, l'automobile (airbags, sièges...), l'ameublement, etc., emploie 1.600 salariés dont plus de 600 à Cestas. Les deux premiers problèmes rencontrés par Lectra sont clairement politiques puisqu'ils sont liés à la stratégie anti-mexicaine de Donald Trump et à la guerre commerciale déclenchée par le leader chinois Xi Jinping à l'encontre de la production automobile de Corée du Sud.
"Nos clients attendent. Les sous-traitants automobiles américains n'osent plus investir au Mexique. Et le savoir-faire industriel américain qui est passé au Mexique n'en bouge pas. Parce que personne ne sait ce que va faire ou ne pas faire Donald Trump. Le marché est miné par l'incertitude" éclaire Daniel Harari. La situation est sans doute encore moins réjouissante en Corée du Sud. Alors que la Corée du Nord enchaine les provocations, à coup de tirs de missiles nucléaires au-dessus de l'archipel nippon, la République populaire de Chine, qui réprouve officiellement les agissements de son allié nord-coréen, sanctionne en réalité la Corée du Sud qui essaie de protéger son espace aérien.
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Ces crises diplomatiques ont perturbé le groupe sans le déstabiliser, en raison de la diversification de ses marchés. L'autre problème est monétaire et concerne l'évolution de l'euro par rapport au dollar. L'euro est fortement monté cet été par rapport au dollar. Avec une pointe jusqu'à 1 euro pour 1,21 dollar, avant que la monnaie européenne redescende à 1,16 dollar. "C'est dangereux pour nous, précisait hier soir Daniel Harari. Ceci étant, nous sommes en ligne avec notre plan de marche stratégique pour 2018".
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