Le 12 février dernier, un peu plus d'un mois avant le début du confinement en France pour cause de coronavirus, Daniel Harari, PDG du groupe Lectra, leader mondial de la conception et de la fabrication de systèmes de découpe de matériaux souples (cuir, tissus...), estimait que les fermetures d'usines allaient se répandre dans le monde plus vite que le coronavirus. Daniel Harari a pu se livrer à ce pronostic parce que Lectra est implanté en Chine, où il a des clients mais pas son centre de recherche et développement ni son appareil de production, qui sont restés à Cestas, en Gironde, où est né le groupe, dont le siège social est désormais à Paris.
Et en Chine, ses systèmes de découpe, des robots ultra perfectionnés qui communiquent entre eux en continu, ont suivi le mouvement impulsé par les autorités. Quand les ateliers ont dû fermer, les systèmes ont cessé de découper.
Malgré le choc, pas question pour le PDG de couper les moteurs. L'activité du groupe n'a jamais été à l'arrêt. Lectra a ainsi poursuivi la fabrication des équipements, des consommables et pièces détachées et continué à les livrer dans le monde entier. Le service après-vente de ses solutions a également été assuré auprès de ses clients toujours en activité.
"Cette crise nous a obligé à mettre toutes nos équipes sous protection. C'est ainsi que 85 % des salariés, ceux qui n'avaient pas besoin d'être sur le terrain, ont été mis en télétravail. Nous n'avons appliqué aucune mesure de mise en chômage partiel et aucun licenciement n'aura lieu. La priorité est d'assurer une absolue continuité de tous les services et activités du groupe", martèle Daniel Harari, qui emploie près de 1.800 salariés, dont 700 à Cestas.
L'entreprise est en plein virage pour développer de façon prioritaire la vente de matériels et de logiciels en tant que services (Saas). Ce qui revient à créer des abonnements qui génèrent à leur tour des revenus récurrents, qui sont essentiels pour sécuriser l'activité de l'entreprise.