Les tracteurs sont déjà à l'œuvre dans le vignoble bordelais depuis le printemps dernier pour arracher et brûler des vignes. 8.000 hectares devraient disparaître dès cette année dans le cadre du plan d'arrachage financé par l'Etat et l'interprofession des vins de Bordeaux et validé par Bruxelles l'an dernier. Mais au total, les vignerons girondins devraient arracher autour de 20.000 voire 30.000 hectares en deux ans sur un total d'environ 100.000 hectares pour le premier vignoble AOC de France. Un véritable changement d'époque pour s'adapter à la baisse continue de la consommation qui frappe aussi d'autres vignobles tricolores comme à Cognac, dans le Languedoc et les Côtes du Rhône où le sujet est désormais aussi sur la table.
Pour accompagner la filière, la Commission européenne vient d'approuver « un régime d'aides français d'un montant de 120 millions d'euros visant à soutenir les viticulteurs dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine ». L'aide prendra la forme de subventions directes aux exploitations viticoles qui devront s'engager à arracher définitivement les parcelles concernées, précise Bruxelles.
La guerre en Ukraine a affecté les viticulteurs français en raison notamment de la pénurie des bouteilles en verre fabriquées par des usines ukrainiennes qui ont fermé, l'augmentation des coûts de la production et des perturbations des chaînes d'approvisionnement. Ces éléments se sont ajoutés dans certains bassins de production viticole au désamour croissant pour le vin rouge, aux difficultés d'exportation vers la Chine et les États-Unis, au Covid-19 et à l'inflation.
Résultat : la France, actuellement premier producteur mondial de vin avec 48 millions d'hectolitres en 2023, connaît un déséquilibre entre l'offre et la demande. Au total, de 60.000 à 100.000 hectares en France, selon les estimations, pourraient faire l'objet d'un arrachage d'ici la fin 2025. En 60 ans, la consommation de vin des Français a chuté de 70 %, passant de plus de 120 litres par an et par habitant en 1960 à moins de 40 litres en 2020. Ce phénomène de déconsommation touche particulièrement les nouvelles générations et le vin rouge.