Comment Brainify renaît de ses cendres

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
"Développer l'empathie des sites e-commerce." Jamais avare d'une belle tournure, Eric Sénéchal résume par cette formule le point de départ de Brainify, startup né en 2014 à Talence, juste à côté de Bordeaux, et installée depuis sur le campus de l'Ecole nationale de cognitique. Le cofondateur, avec Pawel Visor et Sébastien Bruhat, de la jeune pousse, dresse un constat lucide du e-commerce et du faible taux de conversion enregistré par les acteurs du secteur :
Plus précisément, l'outil développé par Brainify détecte les interactions de l'internaute avec le site, traque les mouvements de la souris et les clicks par exemple, détermine s'il cherche un produit en particulier, une offre de réduction, s'il découvre le site ou s'il est un habitué... L'objectif est donc d'aider l'e-commerçant à mieux comprendre et à analyser ses performances à partir des données enregistrées, et ensuite de lui proposer d'activer les bons leviers pour ensuite booster son efficacité commerciale et donc son chiffre d'affaires. "Le diagnostic est gratuit et le médicament payant", résume là encore Eric Sénéchal.
Seul problème :
Et quelques mois plus tard, tout s'est dégradé. Procédure de redressement judiciaire enclenchée en juillet, suivi d'une liquidation prononcée en septembre. Voici comment six mois de R&D en plus peuvent mettre à bas une entreprise. La suite, c'est Jean-Paul Lieux, cofondateur avec Denis Olivier de la PME bordelaise Dolist, spécialiste du e-marketing (55 emplois), qui la raconte :
Reste que Brainify a tapé dans l'œil du duo d'entrepreneurs au point de les convaincre d'impliquer Digitalmoon dans sa première prise de participation majoritaire :
Dans la foulée de la liquidation, Digitalmoon a donc repris en septembre Brainify à la barre du tribunal de commerce de Bordeaux. "Les actionnaires historiques sont restés, ce n'est pas un rachat, on croit plutôt au renforcement, on apporte notre vision et notre savoir-faire", complète Jean-Paul Lieux. L'opération a permis de sauver l'équipe en intégralité, la marque, les actifs technologiques, de pérenniser les clients actuels. Jean-Paul Lieux, Denis Olivier et Eric Sénéchal, directeur des opérations de Brainify, ont bâti un nouveau plan d'actions incluant un repositionnement de l'offre tout en gardant ses fondamentaux : permettre aux e-commerçants d'analyser le comportement de l'internaute et de personnaliser leur site en temps réel.
Jean-Paul Lieux annonce également "de nouveaux produits pour démocratiser ce type d'outils auprès des petits commerçants". Rappelant qu'en France "94,5 % des e-commerçants réalisent moins d'un million d'euros de chiffre d'affaires annuel", qu'un tiers évoluent mais qu'un tiers stagne et qu'un autre tiers aura du mal à survivre. Ce n'est donc pas un seul médicament mais toute une gamme de remèdes que Brainify veut développer. "Il ne s'agit pas d'intégrer Brainify à Dolist mais dans un premier temps, de lui permettre de trouver son autonomie et de décoller avec son offre. Dans un 2e temps, nous arriverons peut-être à créer des synergies avec les entreprises dans lesquelles nous avons des participations."
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

À lire également
Entre temps Brainify a remporté il y a quelques jours le prix de l'innovation décerné lors du Salon Data marketing de Paris et vient d'embaucher Jean-Pascal Jaouen, ex-directeur des opérations du groupe bordelais Actiplay / ConcoursMania, qui prendra en charge le développement commercial. La startup envisage de doubler de taille en un an avec des recrutements de profils techniques, marketing et commerciaux.
Mikaël Lozano