Numérique : Salwa Toko, l'éloge du temps long

Mikaël Lozano

Salwa Toko, présidente du Conseil national du numérique, de passage à Bordeaux lors du French Tech Day
Agence Appa

Mikaël Lozano

Salwa Toko, présidente du Conseil national du numérique, de passage à Bordeaux lors du French Tech Day
Agence Appa
Drôle de dualité. Les noms des membres nouvellement nommés du Conseil national du numérique doivent systématiquement être validés par l'Etat. Mais malgré ce constat qui pourrait laisser planer un vent de subordination, l'instance consultative n'a pas souvent épargné la politique numérique française par le passé, faisant preuve d'un esprit libre certain. Ce rôle à la fois constructif et d'aiguillon, Salwa Toko entend bien le pérenniser. La présidente de l'actuel Conseil national du numérique, ressuscité cet été après une mise en sommeil faisant suite au psychodrame précédent, a du pain sur la planche. Pour autant, elle et les 29 autres membres revendiquent leur liberté de prendre le temps :
Sur le bureau du CNNum figure notamment le dossier des Etats généraux des régulations numériques lancés par l'Etat et pour lesquels la structure collecte les propositions. Sujet crucial tant certaines plateformes (Airbnb, Uber, Deliveroo... pour n'en citer que quelques-unes) ont bouleversé les règles préétablies. "Nos lois sont obsolètes, relève Salwa Toko. Le Règlement européen pour la protection des données personnelles (RGPD) a été un premier pas mais il nous faut aller plus loin. Je doute d'ailleurs que tout le monde comprenne exactement ce que l'on entend par donnée personnelle. Nous voulons cristalliser les Etats Généraux autour de thèmes forts, comme la législation qui encadre les travailleurs des plateformes. Mais je veux qu'on prenne le temps. Qu'on étudie le champ social, sociétal, économique, les modes de régulation... On peut déjà être assez fier d'avoir mis autour de la même table les acteurs, les administrateurs... qui gravitent autour du sujet des plateformes. Je veux un véritable dialogue, pas juste du coercitif. Je veux aussi inclure la jeunesse à cette réflexion."
Salwa Toko fixe l'inclusion numérique au rang des priorités de son mandat de présidente.
Un temps long qui peut entraîner des crispations. Le Conseil national du numérique n'a ainsi pas pris position sur le projet de règlement européen sécuritaire, dit "antiterroriste", adopté et dont la France a été le principal promoteur. Dans un texte commun, près d'une soixantaine d'organisations ont dénoncé ce texte, telles que Framasoft, Wikimedia, la Quadrature du Net, le Syndicat national de la magistrature, le Syndicat national des journalistes... Leurs craintes : que ce règlement, destinée à limiter la portée des contenus à caractère terroristes et son apologie, renforce encore la position dominante des plateformes telles que Google et Facebook, seules capables de répondre aux nouvelles exigences dans la modération des contenus. Et que les échanges privés sur des messageries sécurités comme Telegram ou ProtonMail soient écoutés.
Autre combat porté par Salwa Toko, qu'elle a détaillé en soirée sur la scène de French Tech Bordeaux : la place de la femme dans les entreprises numériques.
À lire également
Pour la présidente du CNNum, "il est urgent de casser les stéréotypes. Je ne suis pas une forcenée de l'apprentissage du code au collège mais la sensibilisation aux métiers du numérique peut y débuter. L'Education nationale est partante : il faut l'accompagner plutôt que systématiquement lui taper dessus. Les entreprises doivent aussi comprendre qu'elles sont responsables de l'accueil de profils féminins. Certaines ont fait l'effort de se former, intègrent une entreprise sur la base de leurs compétences technologiques et l'on constate régulièrement qu'elles basculent rapidement vers du support. Les entreprises doivent savoir mieux les accueillir."
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Mikaël Lozano
L'État lance la mission sauvetage des papeteries de Condat
Flying Whales : la future usine de dirigeables XXL reçoit un nouvel avis favorable
Everwatt liquidée : la plus grande toiture solaire urbaine de France cherche un repreneur
Métaux critiques : la raffinerie près de Bordeaux décrétée in extremis d'intérêt public majeur