Crise au Conseil national du numérique : la présidente Marie Ekeland démissionne

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Marie Ekeland démissionne du Conseil national du numérique (CNNum)
Marie Ekeland démissionne du Conseil national du numérique (CNNum) (Crédits : DR)
Une semaine après avoir annoncé la composition de son collège d'experts, Marie Ekeland, la nouvelle présidente du Conseil national du numérique (CNNum), démissionne. En cause : les pressions du gouvernement pour écarter la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo.

Après une semaine de crise, Marie Ekeland claque la porte. La nouvelle présidente du Conseil national du numérique (CNNum), a refusé de revoir sa copie et de remplacer au moins une de ses 29 nominations, la militante féministe Rokhaya Diallo, dans le collège de l'organe consultatif, suite à la polémique de la semaine dernière.

Dans un texte posté sur le site du Conseil national du numérique, l'entrepreneure et investisseuse explique ne pas être parvenue à trouver un terrain d'entente avec le gouvernement.

"L'enseignement de cette semaine est clair : le projet que j'ai porté d'ouverture, d'indépendance de pensée et de diversité, a été mis à l'épreuve dès le démarrage. Je ne vois pas aujourd'hui, comment continuer à le porter en maintenant son essence et de bonnes chances de réussite".

Indépendance de façade du CNNum

Tout avait pourtant si bien commencé. Lors de l'annonce de la composition du nouveau collège, le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, s'était glorifié de l'indépendance totale de l'organe consultatif, y compris pour la nomination de ses membres. L'objectif était de mettre fin aux critiques qui ont régulièrement pollué le CNNum sur l'indépendance de ses avis, en grande partie motivées par le fait qu'il est écrit dans ses statuts que ses membres sont nommés par le Premier ministre.

"La présidente du Conseil a pu -ce qui est inédit- composer son équipe, en intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement", soulignait avec fierté Mounir Mahjoubi.

Mais l'opération de communication s'est retournée contre le ministre. En réalité, les 29 noms proposés par Marie Ekeland avaient bien été soumis à un circuit de validation au gouvernement, comme nous l'expliquions. Mais celui-ci est ensuite revenu sur sa position suite à la polémique concernant les déclarations controversées de la nouvelle membre Rokhaya Diallo sur le "racisme d'Etat", et sur certains propos, dans ses chansons, du rappeur et entrepreneur Axiom. La polémique a été alimentée par la députée LR Valérie Boyer, mais de nombreuses personnes se sont plaintes auprès du gouvernement et de Marie Ekeland, à commencer par certains acteurs de l'écosystème du numérique et par certains membres du nouveau collège eux-mêmes.

Retour à la case départ

Le 13 décembre, Mounir Mahjoubi avait donc demandé à Marie Ekeland de revoir sa copie. Six jours plus tard, Marie Ekeland lui adresse une fin de non-recevoir, préférant se ranger du côté de Rokhaya Diallo:

"Nous avons beaucoup travaillé de concert cette dernière semaine avec Mounir Mahjoubi et les membres du CNNum à trouver une solution qui permette d'en conserver son intégrité et son entièreté. Nous n'y sommes pas arrivés. J'ai donc présenté aujourd'hui ma démission à Mounir Mahjoubi afin de laisser la place à une autre vision au CNNum", explique-t-elle.

La cofondatrice du fonds d'investissement Daphni indique également avoir été "choquée par les caricatures auxquels Rokhaya Diallo et Axiom ont été réduits" car "elles n'ont rien à voir avec ce qu'ils sont vraiment". "La nomination de certains membres, alors que la liste avait été préparée par mes soins, a été interprétée à tort par certains comme une prise de position politique du gouvernement", précise Marie Ekeland. Qui en tire deux enseignements:

"D'une part, il est indispensable que des instances comme le CNNum existent pour protéger des espaces de discussion, d'échanges, longs, complexes et contradictoires, dégagés du jeu médiatique. D'autre part, la forme actuelle de nomination et de fonctionnement du CNNum portent à confusion et ne peuvent pas garantir son indépendance."

Contacté par La Tribune, le secrétariat d'Etat au Numérique indique qu'un nouveau président, chargé de composer un nouveau collège, sera nommé "le plus tôt possible", c'est-à-dire en janvier. Il devra comporter davantage de membres issus des quartiers populaires et de la ruralité et sera composé uniquement d'experts.

Le chantier s'annonce complexe, tant l'affaire Diallo a mis en lumière le paradoxe entre l'indépendance dont a souvent fait preuve le CNNum dans ses rapports, et ses liens avec le gouvernement quant à sa composition. Une position délicate, que le gouvernement semble ne pas vouloir toucher. Dans une réaction publiée par Le Figaro, Mounir Mahjoubi a déclaré : "Le CNNum doit être proche du gouvernement pour nous orienter. Ce n'est pas une force d'opposition, même si conseiller peut signifier dire quand ça ne va pas", a-t-il expliqué. Un "équilibre subtil" qu'il a jugé "cassé" par le collège composé par Marie Ekeland... qu'il avait pourtant validé.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2017 à 19:00 :
Les propos tenus par Rokhaya Diallo , et par le rappeur axiom , relèvent plus d'une mise en examen pour incitation à la haine raciale ,qu'à une "promotion" ,dans une instance chargée de conseiller le gouvernement.
a écrit le 20/12/2017 à 21:04 :
Il faut supprimer tout ce CNNum, cela fera des économies
a écrit le 20/12/2017 à 17:34 :
C'est bien dommage. Nous avons cruellement besoin de femmes dans le numerique. Rokhaya Diallo n'a qu'aller faire ministre en Afrique.
a écrit le 20/12/2017 à 13:20 :
C'est avec des épisodes comme celui ci que l'on prend conscience de l'ambiguité de Macron certainement proche des convictions procommunautaristes de Justin Trudeau mais qui ne veut pas l'assumer alors il lance des ballons d'essai comme celui. il y a donc danger et il faut être vigilant sous peine de voir les revendications communautaires et identitaires progresser.
a écrit le 19/12/2017 à 19:22 :
Les présidents se succèdent, les gouvernements se succèdent les ministres se succèdent les élus à l'assemblée et au sénat se succèdent mais le système reste le même ou on plait ou on plie. En France la démocratie est un mot couvert par le dicta d'état politique que l'on soit de droite de gauche de LREM, des Insoumis du FN et autres caricatures de la démocratie. On remet M. Poutine à sa place en le traitant de non démocrate mais nos dirigeants sont ils différents hors façade???. Le despotisme sous différentes formes plus ou moins soft est aussi la gouvernance de notre pays.
a écrit le 19/12/2017 à 18:57 :
Question: à quoi sert le CNNum ?
Cordialement
a écrit le 19/12/2017 à 18:45 :
On verra donc un fonctionnaire à ruban non mérité, trôner dans un bureau luxueux tout étonné de sa bonne fortune, et prêt à manger tous les chapeaux qu'il faudra pour conserver les privilèges de sa place, et devançant les désir de ses maitres, avec la reconnaissance servile, d'un animal sorti de fourrière. C'est beau la France.
a écrit le 19/12/2017 à 15:46 :
Avec le CNNum, Macron cherche un cénacle pseudo-indépendant pour appuyer et valider ses lubies techno-administratives, pas un organe de conseil au sens premier du terme.

De plus, sur le fond et chacun a pu le constater, dans la gestion de l'état comme celle de LREM, Macron n'aime ni l'indépendance ni la diversité. Et pour ce qui est de penser, il estime le seul à en être capable...

Ce qui est arrivé à Mme Ekeland arrivera encore à d'autres.
a écrit le 19/12/2017 à 15:28 :
On ne peut pas vendre au public un conseil comme indépendant et commencer par désavouer publiquement sa présidente. Macron, une fois de plus, s'est tiré une balle dans le pied en laissant cours à sa manie de vouloir tout contrôler.

C'est d'autant plus stupide que Mme Diallo n'était qu'un membre parmi les 30 de ce conseil dont le rôle n'était que consultatif. L'expulsion d'une femme, noire, musulmane et engagée dans la lutte contre le racisme ne peut que conforter ceux qui affirment l'existence d'un racisme d'état et faire douter les autres.
Réponse de le 20/12/2017 à 23:19 :
Engagée dans la lutte contre le racisme ? Comme le CRAN alors ! Un anti racisme raciste en résumé... Et c'est bien ça le problème et non pas qu'elle soit noire, femme et musulmane. Elle est seulement victime de ses idées nauséabondes.
a écrit le 19/12/2017 à 13:38 :
le CnNum est l'une de ces danseuses dont l'état a la spécialité. Et franchement en vertu de quelle compétence en matière de numérique y retrouvait-on R. Diallo et le rappeur Axiom ?
Car "Le Conseil national du numérique est chargé d'étudier les questions relatives au numérique, en particulier les enjeux et les perspectives de la transition numérique de la société, de l'économie, des organisations, de l'action publique et des territoires. "
Réponse de le 19/12/2017 à 16:50 :
Ce que ne dit pas l'article c'est que 25 des 30 membres ont démissionné à la suite de Mme Ekeland. Ce qui semble indiquer qu'ils ont trouvé à Mme Diallo quelques vertus, n'en déplaise à Bruno_bd qui aurait dû se renseigner avant de dénigrer.

En tout cas, cette démission collective est une sacré gifle publique pour Macron... Va être mauvais ce soir.
Réponse de le 22/12/2017 à 23:00 :
25 membres ont démissionné ? Excellente nouvelle, il n'en reste plus que 5 à pousser dehors pour en finir avec cette enième institution complètement inutile.
a écrit le 19/12/2017 à 13:36 :
Cela n'est pas très étonnant de voir cette dame démissionner et elle a raison. Le président veux tout contrôler. Ne nous cachons pas cela vient de l'Élysée. Le Roi parle son peuple doit suivre sans broncher. C'est beau la nouvelle démocratie Macron (LNDM)

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