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Business - La Tribune BordeauxTourisme et loisirs - La Tribune Bordeaux

Et si 2020 ouvrait la décennie d’un tourisme lent, de proximité et de sens ?

Tribune de Sandrine Larrouy Castera, Co-fondatrice et directrice du développement de Com&Visit

Publié le 07 mai 2020 à 06:22 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:04

Audrey Oranger et Sandrine Larrouy-Castera, les deux cofondatrices de l'entreprise Com&Visit.

Audrey Oranger et Sandrine Larrouy-Castera, les deux cofondatrices de l'entreprise Com&Visit.

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OPINIONS. Sandrine Larrouy Castera, cofondatrice et directrice du développement de l'entreprise bordelaise Com&Visit, s'interroge sur l'avenir du tourisme en Nouvelle-Aquitaine dans ce contexte de pandémie et de déconfinement progressif. Elle signe dans nos colonnes une tribune pour promouvoir "un tourisme fait par et pour ses habitants, avec l'ensemble de ses acteurs économiques et les associations de protection de l'environnement".
Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d'Etat au Tourisme l'a annoncé la semaine dernière, "le tourisme ne pourra reprendre que de façon concentrique dans un premier temps, avec une clientèle d'ultra-proximité". Quand on sait que le secteur du tourisme représente 10 % du PIB français et 12 % des emplois

(1)

, que la France attire chaque année 90 millions de visiteurs étrangers, on comprend combien cette annonce fait l'effet d'un choc, d'autant plus que les prévisions d'un "retour à la normale" n'est pour l'heure pas envisagée, si ce n'est envisageable ! Cette annonce a une résonnance toute particulière chez nous en Nouvelle-Aquitaine puisque le tourisme représente 8 % du PIB régional et est la 2e région la plus visitée par les français.

Dans ce contexte, à quoi pourraient ressembler nos vacances, ou du moins pour ceux qui auront la chance de pouvoir en prendre ? Quelles seront les propositions des opérateurs de tourisme et de loisirs ? Quelles seront les demandes et les envies des vacanciers, touristes et habitants ? Et si ce voyage en terres intérieures était l'opportunité de revisiter le tourisme « domestique », de créer de nouvelles dynamiques territoriales ?

Et si 2020 ouvrait une nouvelle ère du tourisme en France, celle du tourisme lent, de proximité, de sens, non seulement parce que les nouvelles contraintes sanitaires nous y obligent mais surtout parce que c'est peut-être la seule voie possible pour continuer à concilier solidarité et développement équilibré des territoires, bien être et qualité de vie des populations et préservation des ressources.

Déjà qu'entend-on par tourisme de proximité et slow tourisme ? Le premier est un tourisme comme son nom l'évoque qu'on pratique près de chez soi. Le second est un tourisme alternatif, qui s'inspire du mouvement gastronomique Slow Food, mouvement incitant les gens à ralentir leur rythme de vie, à renouer avec le plaisir de manger, avec le goût et la santé par l'équilibre alimentaire. Le slow tourisme (2) ou tourisme lent vise lui à découvrir un territoire en prenant son temps, en se laissant imprégner de la nature environnante, en privilégiant les rencontres. Apparue au début des années 1990, cette tendance se confirme depuis 2010 et propose une approche plus écologique et solidaire du voyage ou des vacances.

Si les deux termes ne sont pas synonymes, ils sont pour le moins très complémentaires.

Le slow tourisme permet sans aucun doute de redécouvrir son territoire, de réinventer notre rapport à la proximité, de changer de point de vue et de donner un sens à ses vacances, jusqu'à même nous permettre de devenir touriste chez soi, à quelques kilomètres de son domicile.

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Et si cet été, au lieu de ce périmètre de 100 km qui nous sera peut-être autorisé à partir du 11 mai, nous ne devions pas quitter la Nouvelle-Aquitaine, nous serions bien chanceux de tous les atouts que nous offre notre belle Région, qui fait la taille, ne l'oublions pas, de l'Autriche !

Prendre le temps d'en apprécier la diversité des paysages et d'en mesurer la vulnérabilité pour être à même de mieux la protéger, c'est un beau programme et surtout une impérieuse nécessité.

Car comme nous l'a très bien démontré Hervé Le Treut et la mission Néo Terra, entre océan, montagnes et campagnes, la région Nouvelle-Aquitaine est l'une de celles où le réchauffement climatique est le plus marqué et les défis d'adaptation qui sont les nôtres réclament une mobilisation de tous. Au cœur du programme d'actions se placent l'engagement citoyen et la sensibilisation à la préservation de l'environnement.

Quel est le rôle et la responsabilité du secteur du tourisme dans ce nécessaire travail de sensibilisation et de transformation de la société ? L'office de tourisme de Bordeaux Métropole s'engage dans la certification ISO 20121 « destination internationale durable ». Le Région Nouvelle-Aquitaine a placé l'exemplarité environnementale et l'équilibre territorial au cœur de sa stratégie tourisme et entend devenir la 1ère destination touristique durable de France.

Au vu de l'urgence climatique, sociale et économique, et des nouvelles contraintes sanitaires qui s'imposent à nous, ne serait-ce pas le moment pour les opérateurs de tourisme et de loisirs de réinventer leurs offres à l'aulne de ce nouveau paradigme, elles n'en seront certainement que plus résilientes.

Quand on voit comment nous plébiscitons les plateformes de commerce en circuit-court depuis le début du confinement, nul doute que nous avons envie d'utile, de sincérité, de transparence, de nous sentir solidaires. Le tourisme de proximité c'est un peu le circuit-court du tourisme.

C'est le moment d'aller à la rencontre de tous ces acteurs qui ont « le made in Nouvelle-Aquitaine » chevillés au corps, qui défendent un savoir-faire d'exception, qui se battent au quotidien pour le mieux manger, engagés dans des modèles de production plus respectueux des hommes et de la planète.

Et vous entrepreneurs, ouvrez vos portes ! Derrière le touriste, il y a un consommateur mais surtout il y a un citoyen, peut être votre futur collaborateur, qui a soif d'en savoir plus sur la manière dont les biens et services qu'il consomme au quotidien sont fabriqués. Oui bien sûr le Covid 19 et les mesures barrières sanitaires qui l'accompagnent ne facilitent la relation, mais il y a mille et une manières d'ouvrir ses portes !

Je vous propose quelques pistes qui m'inspirent au quotidien, et qui permettront aux visiteurs de passer au scope de cette nouvelle tendance leurs vacances et aux professionnels du tourisme et du loisir, leur proposition de valeur :

  • Prenons le temps de la découverte en tant que visiteur et le temps de l'accueil et du dialogue en tant que professionnel,
  • Expliquons notre raison d'être, soyons sincères et authentiques dans notre démarche et donnons envie aux visiteurs et clients de s'engager à nos côtés,
  • Reconsidérons notre rapport au voyage à l'aulne de nos vrais besoins, n'est-ce pas le chemin plus que la destination qui fait le voyage !
  • Proposons en tant que professionnels, un autre récit du voyage, faisons évoluer les représentations sociales pour sortir du tourisme de masse et favoriser un équilibre territorial et la préservation du cadre de vie des habitants,
  • Arrêtons de vouloir visiter le Top 5 des lieux incontournables quel que soit le lieu où nous nous trouvons, soyons curieux... Ayons l'envie et donnons l'envie de découvrir les multiples facettes de la France et de la Nouvelle-Aquitain (en ce qui nous concerne), qui regorge de lieux encore isolés et jouissant d'une biodiversité incroyable !

Bref, les ingrédients d'un tourisme de proximité, de sens, solidaire, lent et engagé ! Oui à un tourisme fait par et pour ses habitants, avec l'ensemble de ses acteurs économiques et les associations de protection de l'environnement notamment. Les initiatives et les labels existent mais sont encore trop confidentiels. Soyons plus nombreux à emboîter le pas de cette transformation (3) et donnons plus de visibilité à toutes ces démarches. Visiter pour comprendre et protéger, voilà un beau programme d'été !

Et peut être qu'un jour, pour décrire la place du tourisme dans notre société dans une tribune comme je viens de le faire, nous n'indiquerons plus le PIB comme indicateur repère, mais un ou des indicateurs d'impact qui nous en diront bien plus de l'apport du tourisme dans notre qualité de vie.

/////////////////////

Après près de 20 ans à des postes de communication dans le public et dans le privé dans les secteurs des transports et de l'environnement, Sandrine Larrouy Castera a cofondé à l'entreprise sociale bordelaise Com&Visit, dont la raison d'être est de rendre accessible à tous la visite d'entreprises, et en particulier les entreprises à impact, engagées pour la transition écologique. Elles ont notamment développé Bienvenues en coulisses, la 1ère billetterie en ligne pour des visites d'entreprises : 13.000 visiteurs accueillis en moins de trois ans.

(1) Déclaration à l'Assemblée Nationale le 29 avril 2020

(2) Ghislain Dubois, « le long chemin vers le tourisme lent » dans Tourisme Espaces - mars 2009 .

À lire également

  • Tourisme : les guides néo-aquitains frappés de plein fouet par la crise
  • Bordeaux Métropole : pour sortir de la crise, le tourisme d’affaires va jouer collectif et local
  • Tourisme : la Nouvelle-Aquitaine favorable à l’expérimentation d’une ouverture maitrisée
  • Au Front : "Le tourisme, ressort de la reprise et base de la confiance"

(3) Lire à ce sujet le manifeste pour un plan de transformation du tourisme, proposé le 28 avril 2020 par les Acteurs du tourisme durable

Tribune de Sandrine Larrouy Castera, Co-fondatrice et directrice du développement de Com&Visit

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