Jusqu'où peut-on aller avec son patron ?

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20% des Français pensent que l'on peut être ami avec son patron, selon un sondage CSA réalisé en octobre 2012 / Reuters.
20% des Français pensent que l'on peut être ami avec son patron, selon un sondage CSA réalisé en octobre 2012 / Reuters. (Crédits : Backbuilder)
La Cour de cassation a condamné une entreprise à verser 215.859 euros à l'un de ses anciens salariés qu'elle avait licencié pour harcèlement sexuel et moral. Un jugement qui pose la question des limites à ne pas dépasser avec ses collègues et son patron.

Il a fini par obtenir gain de cause. La cour d'appel d'Aix-en-Provence et la Cour de cassation ont condamné une entreprise à verser 215.859 euros à l'un de ses anciens employés, licencié pour harcèlement moral et sexuel, révélait jeudi 26 septembre le site Ouest-France Entreprises. L'homme en question était accusé d'avoir harcelé une de ses collègues subalternes. Il avait tout de même fini par l'embrasser sur la bouche, l'inviter à dîner et lui dire qu'ils formeraient "un joli couple".

 

Les juges ont estimé que les accusations ne tenaient pas debout, au regard des mails envoyés par la victime à son supérieur hiérarchique, qui finissaient par "bises" ou "bisous". La Cour de cassation a ainsi jugé qu'ils étaient trop proches pour que le harcèlement sexuel et moral soit retenu...

 

"Nous devons protéger les personnes qui ne veulent pas être embrassées"

 

Cette jeune-femme a-t-elle été trop loin en signant ses courriels ainsi ? Des bises pourtant, les Français s'en échangent des tonnes. Deux, trois, quatre... Avec la famille, les amis et les collègues de bureau bien sûr. Et parfois même avec leur chef. En 1999 déjà, le magazine L'Express consacrait un article à ce phénomène franco-français, "L'Art de la bise", dans lequel le psychologue Gérald Cahen déclarait qu'elle "était d'abord un signe d'égalité. On se fait face".

 

Une habitude qui n'est pas répandue partout et n'est pas du goût de tout le monde. En avril 2011, une société allemande de conseil sur les bonnes manières réclamait tout bonnement son interdiction au bureau outre-Rhin afin d'éviter toute ambigüité, rapportait alors la BBC. "Nous devons protéger les personnes qui ne veulent pas être embrassées", expliquait à l'époque son patron, Hans-Michael Klein, à la radio britannique.

 

Le bisou du matin... à distribuer avec modération

 

Embrasser, pas embrasser ? C'est souvent l'une des premières questions que l'on se pose lorsqu'on rencontre ses collègues pour la première fois. Tout dépend de la taille de l'entreprise et de sa localité. Faire la bise à tout un open-space risquerait de nuire à la productivité !

 

Les bisous matinaux semblent aussi avoir moins la cote à Paris qu'en province.

 

"L'important, c'est de dire non, lorsque l'on n'est pas à l'aise", estime Eric Rocheblave, avocat spécialiste du droit du travail. "Les salariés n'ont pas tous la même culture. De simples gestes comme la bise, ou mots tels que les blagues un peu grivoises, peuvent être très gênants pour certaines personnes."

 

Vient ensuite la question du tutoiement ou du vouvoiement. Le tutoiement, très à la mode dans les médias ou la communication, tend à se généraliser, rapportait Le Figaro en octobre 2012. D'après une étude de la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), 73% des hommes tutoient leur chef, contre 51% des femmes.

 

"Les hommes tutoient leur chef sans tenir compte de son sexe, alors que les femmes tutoient beaucoup moins souvent leur chef si c'est un homme", remarquaient alors les auteurs de l'étude. "En principe, c'est au supérieur hiérarchique de proposer le tutoiement puisque c'est lui qui est responsable de l'image de son entreprise et de l'engagement de son équipe. Le faire à sa place pourrait signifier lui prendre sa place", notait, en novembre 2012, la psycho-sociologue Dominique Picard, interrogée par le site Atlantico.

 

Un tiers des cadres croient en l'amitié avec leur chef

 

Et qu'en est-il de l'amitié ? Selon un sondage CSA, réalisé en octobre 2012, pour le site Terra Femina, un Français sur cinq pense que l'on peut être ami avec son patron. 71% jugent qu'il "est possible de bien s'entendre avec son chef, son patron, mais sans être ami". Les cadres (36%), les jeunes (27%) et les employés de petites entreprises (25%) croient davantage en l'amitié.

 

Des liens qui naissent parfois lors des sacro-saints pots d'entreprise. Selon un sondage Ifop, réalisé en novembre 2011, pour l'association Promotion et suivi de la sécurité routière en entreprise (PSRE), 9 salariés sur 10 participent au moins à un apéro par an dans leur société. 27% trinquent même plusieurs fois par mois.

 

"Ces pots permettent de ressouder les équipes, d'effacer les barrières hiérarchiques et de relâcher la pression", commentait à la sortie du sondage le journal Le Parisien.

 

Mon collègue, mon amour

 

Et quand ce n'est pas de l'amitié, qu'en est-il de l'amour ? "On ne peut pas empêcher les gens de tomber amoureux au travail", sourit Eric Rocheblave. "L'amour au travail, exercice de haute voltige", titrait, en août 2010, le journal Le Monde, en rapportant une étude de Monster affirmant que 30% des couples se rencontraient au boulot.

 

Le secret et la transgression sembleraient, en effet, avoir des effets aphrodisiaques... Mais ils ne sont pas toujours réciproques. "Si un collègue ou un supérieur a des gestes déplacés, il ne faut pas hésiter à le dire. Il faut absolument en parler avec son entourage ou avec un représentant du personnel sans attendre", note Eric Rocheblave.

 

L'avocat désapprouve, d'ailleurs, le jugement rendu par la cour d'appel d'Aix-en-Provence et par la Cour de cassation. "Je ne sais pas ce qu'il s'est vraiment passé entre ces deux salariés. Mais ce qui est inquiétant, c'est que la justice a estimé qu'il n'y avait pas eu harcèlement sexuel, parce qu'ils avaient échangé des mails un peu familiés. Quel message cela fait-il passer ?"

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a écrit le 30/09/2013 à 16:01 :
« Je ne sais pas ce qu il s est vraiment passé entre ces deux salariés. Mais ce qui est inquiétant, c est que la justice a estimé qu il n y avait pas eu harcèlement sexuel, parce qu ils avaient échangé des mails un peu familiers. Quel message cela fait-il passer ? » Moi non je ne connait pas le fond de leur relation..Mais le début idyllique d une aventure ne préfigure pas de la fin et le harcèlement sexuel sera souvent postérieur à un refus de poursuivre peut importe ou l on est arrivé dans l intimité. Une frustration n autorise pas la vengeance. A Berlin un type avait cru bon de porter plainte contre son invitée qui avait refusée de coucher après un diner en tète à tête La femme n est pas un objet de consommation sur lequel on peut fixer une caution. Si le harcèlement ne peut être établi faute de témoignage ce n est que justice Mais ce genre d alibi me parait digne d une justice patriarcale. Dans la plupart des viols, les victimes connaissent leurs agresseurs. Il est facile de parler de puritanisme quand l assurance d une protection n est pas réelle. On veut être des employées, ni putain, ni bonne s?ur. Certain codes méritent une adaptation à la mixité du monde professionnel qui n est pas celui de la chasse. Pour cela il faut repérer les attitudes, comportements, gestes, paroles?, le marquage des corps et des attitudes selon le sexe, c est-à-dire repérer toute forme de communication qui maintient les femmes et les hommes dans des rôles « assignés » en rapport avec leur appartenance à l un ou l autre sexe, et qui s inscrit dans des stéréotypes marqués par les rapports sociaux de sexe, le plus souvent hiérarchisés et inégalitaires Alors faut-il voir des pervers partout ? Sans tomber dans ce travers, on peut s interroger sur ce qui dans la société d aujourd hui, et en particulier dans les entreprises, favorise ce type de comportement, pour ne pas dire de déviance. En faisant de la performance et de la compétitivité des équipes, l alpha et l oméga du management des vingt dernières années, les entreprises ont encouragé sans le savoir l émergence d un individu froid, sans aucune empathie ni culpabilité, enclin à mettre en état d infériorité son interlocuteur, véritable petit kapo qui exerce une pression sur ses subordonnés ravalés au rang de fonction
a écrit le 29/09/2013 à 15:25 :
Cette fois et à chaque nouvelle fois un peu plus, on marine en plein puritanisme amerlok!
Réponse de le 30/09/2013 à 1:38 :
Déjà on dit pas amerlok mais américain, votre xénophobie est nulle. Ensuite, dire la vérité ça vous dérange ? La vérité est la promotion canapé est très répandue en France. Choqué? Tant mieux.
a écrit le 29/09/2013 à 13:51 :
Non mais on croit rêver de lire de telles aventures... les gens en sont-ils au niveau zéro de ne savoir dire non à une bise? Il y a toujours eu des gens qui n'y tenaient pas et cela n'a jamais posé de problème à personne. Rien à voir avec l'entreprise tout ça.
a écrit le 29/09/2013 à 7:05 :
ne mange pas la où tu ch..
a écrit le 28/09/2013 à 20:20 :
Des mails un peu familiés ????
a écrit le 28/09/2013 à 18:31 :
La prudence est la mère de toutes les vertus. La familiarité est une prise de risque avec des collègues de travail, mieux vaut garder ses distances. Se faire la bise, si c'est la coutume dans l'entreprise est une chose, c'est aussi mécanique que se serrer la main. Dire "bisous" ou "bises" sur un message écrit ou non, est réservé aux amis, à la famille et aux relations amoureuses. De même, les réflexions grivoises ou déplacées sont à bannir, si on sourit en remerciant parce qu'on vous dit que vous êtes bien habillée, la prochaine fois, ce sera autre chose, donc on dit merci froidement, cela évite les mal-entendus...
a écrit le 28/09/2013 à 14:59 :
Ne jamais chasser dans sa paroisse...!

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