ENTRETIEN - En 2023, l’Université de Montpellier aura son école de santé numérique, baptisée ESNbyUM : un campus numérique dématérialisé et interdisciplinaire innovant, l’un des 16 lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) "Compétences et métiers d’avenir" lancé par l’État dans le cadre du programme d’investissement d’avenir (PIA) 4 France 2030. Avec ce pôle d’excellence en santé numérique, l’université veut faire entrer des domaines jusqu’alors peu ou pas enseignés, comme les données de santé,...LA TRIBUNE - Vous êtes professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montpellier et praticien hospitalier au CHU. Quel rôle avez-vous joué dans la création de la future école de santé numérique, l'ESNbyUM ?
Maurice HAYOT - Pour ce projet, nous avons créé un consortium composé de l'Université de Montpellier et de 12 autres partenaires* : des établissements de soins, des organismes de formation et des entreprises privées. Mon rôle a été de mobiliser ces acteurs autour de la création d'une école de santé numérique. Ces dernières années, l'Université de Montpellier a mis en place plusieurs masters et diplômes d'université dans le domaine de la santé numérique, dont j'ai été responsable ou co-responsable, ce qui explique que j'ai été choisi pour porter ce projet.
Pourquoi cette école de santé numérique ? Il y avait des manques à combler ?
Avec l'université de Montpellier, nous avons déjà mis en place des formations pionnières en santé numérique pour un nombre restreint d'étudiants. Car jusqu'à présent, les professionnels de santé, les paramédicaux et les travailleurs sociaux n'avaient pas de formation initiale dans le domaine. Nous avons aussi mené un travail de formation dans des formats limités à destination d'autres professionnels : les spécialistes du numérique, les ingénieurs, les spécialistes des sciences technologiques ou de gestion de projet... Et élargi notre réflexion aux juristes et aux spécialistes des affaires réglementaires. Tous ces besoins, nous les avions clairement identifiés. L'AMI (l'appel à manifestation d'intérêt, NDLR) "Compétences et métiers d'avenir" lancé par l'Etat est arrivé au bon moment : nous n'avons pas hésité un instant à nous lancer dans ce projet aussi vaste qu'ambitieux. C'était une occasion historique.
Qu'est ce qui est novateur dans ce projet : la diversité du public visé ou le contenu des formations ?
Effectivement, le public est très large et correspond réellement, dans la pratique, aux professionnels concernés par le sujet, c'est-à-dire les professions de santé qui ont l'usage des outils numériques et des données. Autour des professionnels de santé et des patients, il y a également les spécialistes des technologies et du numérique, ceux qui développent les outils. Il y a aussi des besoins en termes juridiques afin de comprendre les droits des personnes et les solutions de certification. En ce qui concerne le contenu des formations, il nous faut faire entrer des domaines qui n'étaient pas enseignés afin de comprendre les données de santé et les questions de cybersécurité ou encore s'intéresser à la télémédecine. En termes d'innovation, bien évidemment, la création d'un campus numérique va faciliter les échanges entre les étudiants et les formateurs. Mais surtout, nous souhaitons faire travailler ensemble des professions destinées à collaborer à l'avenir, et ce dès leur formation initiale. Il n'y a rien de simple en santé, mais il y a des solutions pragmatiques : l'interdisciplinarité, c'est régler les problèmes complexes. Nous souhaitons développer une "pédagogie de précision", soit une pédagogie personnalisée et prédictive afin d'essayer d'aller vers une trajectoire de réussite dans la pratique professionnelle basée sur les preuves - grâce à de la recherche pédagogique - et centrée sur la pratique professionnelle en santé numérique. C'est en cela que notre projet innove : ce n'est pas une innovation technologique, c'est une innovation dans le travail commun que feront les apprenants ensemble et avec les enseignants.