
Étudiants étrangers : l'administration Trump exige de contrôler leurs réseaux sociaux
Les réseaux sociaux des demandeurs de visas étudiants seront passés au crible par les États-Unis. Les rendez-vous en ambassade vont pouvoir reprendre.
« J'aurais dû suivre mon instinct de femme dès le départ, celui qui me disait "N'y vas pas" », regrette aujourd'hui Anna*, jeune femme de 36 ans. L'an dernier, l'ingénieure logicielle a été débauchée de son entreprise par l'équipe dirigeante d'une startup : deux hommes, respectables en apparence, quadragénaires et affichant une importante carrière.
Si Anna hésite à quitter son travail pour rejoindre la startup, elle accepte finalement le poste, étant intéressée par le challenge que représentait le projet pour sa carrière. « C'est bête mais c'était de l'égo. J'ai été mise sur un piédestal. » S'en suivent de longues semaines de travail, de développement de l'entreprise. Anna ne compte pas ses heures. Lors de son entretien de milieu de période d'essai, ses supérieurs la félicitent, la flattent sur son travail.
Doucement pourtant, les remarques sexistes commencent à fleurir de la part de son directeur technique, son supérieur hiérarchique direct, mais aussi de la part du président de l'entreprise.
| Lire aussi Harcèlement sexuel au travail : la nécessité d'agir
Le malaise arrive à son paroxysme un midi durant lequel Anna profite de la pause déjeuner pour aller courir, accompagnée par son directeur technique. Dans la ville où elle travaille, « le jogging entre collègues est très courant », explique-t-elle. C'est la deuxième fois qu'ils y vont ensemble mais c'est la fois de trop. En effet, souhaitant aller se changer dans les vestiaires après que son directeur technique a libéré les lieux, il la surprend.
« Dans ma tête tout s'est bousculé. » Désorientée, Anna ne sait quel comportement adopter. Elle a peur de perdre son travail alors qu'elle construit une maison avec son fiancé. « Je m'étais tellement idéalisé cette société. Je m'étais dit que je voulais y progresser. Avec mon mari, on voulait avoir des enfants, on s'était planifié des projets. Et financièrement, avec la maison, le mariage approchant, je ne pouvais pas cesser de travailler... » Ce jour-là, Anna reste bloquée à son bureau, muette alors que le directeur technique affiche la plus grande indifférence à l'égard de ses propres méfaits.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Une semaine après, le directeur technique d'Anna l'interpelle à son bureau pour lui demander si elle veut retourner courir avec lui. « Suite à ce refus, les journées ont commencé à devenir un enfer », témoigne-t-elle. « J'avais des flatteries sur mon travail, qui étaient immédiatement suivies de reproches. » Les invitations au jogging continuent et Anna les refuse systématiquement. « Il dévalorisait mon travail au quotidien. » L'ambiance est étouffante. Anna se retrouve avec des mails de reproches à toute heure du jour et de la nuit.
Anna décide d'en parler au président de l'entreprise. « J'ai vraiment eu confiance en lui et j'ai vu qu'il intervenait auprès du directeur technique. J'ai eu quelques semaines de répit », concède-t-elle. Les missions sont alors départagées, Anna devient responsable de l'équipe de développement et ne se retrouve confrontée au directeur technique deux heures par semaine seulement. Mais, là encore, ce sont deux heures de trop. « Celui-ci ne se gênait pas pour me caresser l'épaule, les bras. Il cherchait continuellement le contact avec moi et plus je bougeais ma chaise, plus il se rapprochait. » Stylo, souris d'ordinateur, tout est prétexte à s'approcher d'Anna.
Par la suite, le directeur technique utilise un nouveau moyen de pression en surchargeant Anna de travail avant de s'approprier les mérites. La jeune femme alerte une nouvelle fois le président mais cette fois, « c'est le coup de poignard » :
La santé d'Anna se détériore au fil des jours. Elle reprend la cigarette « pour trouver des moments de répit au quotidien ». Elle rencontre des soucis gynécologiques, perd ses cheveux... « Mon corps a réagi pour moi. » Son médecin traitant lui pose des questions mais elle préfère les éluder. Elle prend 10 kilos. Anna essaie de se cacher derrière son corps. Elle porte des vêtements amples, des gilets, ne se maquille plus :
Anna s'offre une parenthèse pour se marier puis démarre une nouvelle descente aux enfers :
« J'avais tellement peur de me retrouver avec le directeur technique. J'en avais mal au ventre, j'avais la nausée tous les matins. » Les réflexions sexistes se multiplient encore et, avec ça, les critiques sur son travail. Anna se retrouve exclue de certains projets et ses capacités sont remises en question.
Un matin, son directeur technique lui ordonne, énervé, de rester avec lui le soir pour régler des soucis techniques et c'est la fois de trop.
Anna n'ira pas jusque-là. Après plusieurs heures, elle décide de rentrer à la maison et de tout raconter à son époux. Pour la première fois. Elle retourne ensuite voir son médecin traitant qui la met en arrêt maladie. Elle passe le test Hamilton pour déterminer son niveau de dépression : les résultats lui donnent 30, soit des symptômes très sévères. S'ensuivent les antidépresseurs, somnifères, anxiolytiques et une psychothérapie.
Après trois semaines de soin, il est temps de se battre. Anna se renseigne auprès de la CFDT et rédige une main courante avec la police. Elle avertit le président de l'entreprise qu'elle engagera des menaces si son arrêt maladie n'est pas requalifié en accident de travail.
Anna monte un dossier en regroupant le discours de son médecin, le témoignage de sa collègue - celle-ci a été licenciée pour « inaptitude à tout poste dans l'entreprise » depuis -, les témoignages d'anciens collègues, de ces ex-supérieurs hiérarchiques aussi. Elle porte l'affaire à la commission de recours de la sécurité sociale pour que son arrêt maladie soit reclassé en accident de travail. Elle doit recevoir la réponse d'ici à quelques jours.
Après cette étape, Anna attendra le verdict des prud'hommes pour la résolution judiciaire de son contrat de travail. Il devrait tomber en février, soit plus de huit mois après le début de la procédure. « Ce n'est pas juste de devoir démissionner », assure-t-elle. Pour avancer, l'ingénieure dit avoir besoin de reconnaissance des faits.
Elle pourra ensuite aller au pénal pour harcèlement sexuel, agression sexuelle et non-assistance à personne en danger pour le président de l'entreprise. « Je me dis que je ne suis sans doute pas la seule à avoir subi cela. Le directeur technique a travaillé dans de grosses entreprises auparavant. » Pour l'heure, si elle possède la volonté de poursuivre le combat, elle n'est pas encore sûre de trouver la force de le faire.
Face à la libération de la parole actuelle, Anna tire plusieurs conclusions, en demi-teinte : « Si je me dis que je ne suis pas seule, je me dis aussi qu'il y a un bon nombre de tarés ! » La jeune femme attend une action du gouvernement, espère que le président de la République s'expliquera sur le sujet :
À lire également
Elle-même a interpellé dans une lettre le ministère de la Santé et la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes. Sans réponse. Pour autant, lorsqu'on la questionne sur les conseils qu'elle donnerait à des femmes dans la même situation qu'elle, elle répond :
__________
*Le prénom a été modifié afin de préserver l'anonymat de la personne.